‹ La politique extérieure de Louise de SavoieChapitre 182 sur 225 · XXXIII. — 25 OCTOBRE · texte numérisé non relu

XXXIII. — 25 OCTOBRE

quelque propoz que je luy ouyz tenir, monstroit avoir une très grosse paeur.

A quoy sa Saincteté m'a respondu que ledict ambassadeur et les Véniciens monstroyent avoir plus grosse paeur qu'ilz n'avoyent, afin de le faire entrer en quelque baise ; qu'il n'avoit guarde de faire, ne voyant de vous, Madame, aultre délibération et que ne vinssiez à faire par efïect ce que dernièrement vous a esté escript. Et que au reguard de luy, il avoit délibéré mander au Légat, pour aussi gaigner quelque temps, faire entendre à l'Empereur de sa part, faignant Sa Saincteté estre plus asseurée de luy que les aultres, qu'il l'advertissoit que la manière que tenoyent ses gens en Italie ne lui sembloit pas à propoz pour sa Majesté; et que chacun potentat et aultres d'Italie jugeroyent par cela qu'il se vouldroyt enseigneurer d'icelle et qu'ilz ne seroyent pour l'endurer ; et que^, quant bien il s'en feroyt seigneur, il ne la pourroit longuement tenir ne posséder^ et qu'il seroit forcé tenir tousjours grosse armée au duché de Millan, qui luy seroit une despence grande et insupportable; et que, s'il persévéroit en ceste sorte, que les Véniciens faysoyent bien compte que les vouldroyt defïaire et prendre leur Estât, à quoy iroit le temps de plus d'ung an, et que, quand ilz verroyent cela, ilz seroyent contrai nctz de prendre avec le Turc le •party qu'ilz refusèrent l'an passé, qui est de cinq cens mil ducatz qu'il leur vouloit payer constant, luy laissans quelque terre en ses pays, qui est de peu d'importance, et au surplus leur ayder de cinquante voilles par mer et une armée de trente mil combatans par terre là où il leur plairoit, et qu'ilz vouldroyent trop myeulx estre amys du Turc que subgectz de luy et l'Empire ; et que à sa Saincteté sembloit qu'il ne scauroit mj^eulx faire, pour demeurer en bonne opinion de toute l'Italie et y estre maintenu et aydé en ce qu'il y tient, que de laisser ledit duc de Bar à Millan et faire que dedans les chasteaulx de Millan et de Crémonne les chastellains fussent mys fidèles et qu'ilz feissent serment audit duc de Bar et aussi à l'Empereur; et^ au cas que ledit duc de Bar ne se déportast envers luy fidèlement, que des gens d'ordonnance que ledict duc de Bar tiendroit feust faict ung chief ; eu pareil cas où le duc de Bar ne seroit agréable à sa Majesté qu'il y mist ung aultre pour Duc qui fust agréable à toute l'Italie; et que cela luy sembloit estre plus à son propoz que de s'en vouloir faire seigneur et en estre tousjours en paine, doubte et despence, pour autant que chacun se tiendroit tousjours armé pour le doubte que on auroit, ce que oudict cas on ne seroit.

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J'ay bien dict quelque chose, Madame, à sa Saincteté suz cela au mains mal que j'ay peu. A quoy il m'a respondu qu'il seroyt bien advertir le Roy de tout et l'intention à quoy sa Saincteté tendoit par cela, que selon (son) son dire n'est que bonne. Mais, Madame, vous scaurez très bien consydérer suz ce discours les pars d'icelluy qui pevent estre procédées de l'invention de l'archevesque de Capua, qui, soubz umbre de charité, ne cherche que la ruine de son maistre et de tout le monde, pour faire grant cest Empereur, qu'il espère, selon que tiennent aulcuns, le debvoir faire Pape et déposer son maistre.

Madame, le Pape m'a encores dict que, combien qu'il trouve l'exécution de la pratique de deczà la plus seure et meilleure chose pour venir aux bonnes fins à quoy l'on tend, encores luy semble-il que la délivrance du Roy est tant nécessaire qu'il n'est possible de plus et que, pour y parvenir, il ne trouveroit poinct maulvais que ledict Seigneur accordast avec l'Empereur, feust en baillant ostaiges ou aultrement, ne se dessaisissant de rien ou que de bien peu ; et encores que le Roy après sa délivrance observast pour quelque temps ce qui auroit esté convenu entre eulx, qu'estant en sa liberté et avoir eu tousjours l'intention bonne et ferme, comme dict sa Saincteté croire que tousjours il aura par la grande prudence et bon entendement, de se bien conduyre avec icelle sa Saincteté, le roy d'Angleterre et les Véniciens, en brief temps on rendroit l'Empereur si très bas et las qu'il auroit de grâce de venir et d'entendre à faire tout ce que l'on vouldroit. J'ay dict à sa Saincteté, Madame, que je le vous escriproye et que, s'il luy plaisoit, je l'escriproye au Roy par quelque bon moyen qu'on a. Sadicte Saincteté m'a respondu que aussi il le fera entendre audict Seigneur et toutes choses bien au long par ledict Légat ou aultrement.

C'est, Madame, la substance de tout le propoz qu'il a pieu à sa Saincteté nous tenir touchant les affaires (1).

Madame, nostredict sainct Père m'a aussi dict avoir lectres de la court d'Espaigne du cinqme^ par lesquelles l'on l'advertit que le Roy se portoit très bien grâces à Dieu, dont sa Saincteté monstre avoir singulier plaisir. Aussi luy escript le Légat Madame la Duchesse avoir visité la royne de Portugal et de la grosse amytié d'entre elles, qui tenoit aucuns en oppinion que cela pourroit causer quelque accord, et mesmement que aucuns aussy tenoient encores que l'Empereur seroit pour se depporler ouabaisser aucunement de

(1) Fin du chiffre.

J AcgL'K'i'oN. [.nuise de Sarole. 24

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son oppinion touchant le duché de Bourgongne. Il y a aussi, Madame, lectres par deçà de grans psi'sonnaiges de ladicte court, qui escripvent que c'est une chose incroyable de l'amour et affection grande que tous les grans seigneurs d'Espaigne et autres monstrent et portent au Roy et du grant honneur qu'ilz luy font, faisant de luy une estime la plus grande du monde. Et, pour ce, Madame, que vous estes de tout trop myeulx informée et des grans démonstrations qu'ilz ont faictes durant la maladye dudict Seigneur, je me déporteray vous en dire autre.

Madame^ pour ce que dernièrement j'ay escript à Mons'' de Tholose touchant l'affaire de sa promotion à la dignité cardinalle et que je suis sceur qu'il vous aura fait entendre le tout, n'est besoing que je vous en face réplicque. J'en ay ce jourdhuy encores parlé à sa Saincteté, qui continue au mesme propoz et de bonne sorte selon sa façon de parler. Je baillay samedi passé à Mons^" le Conte les lectres que escripviez à sa Saincteté à ceste fin, qui les luy présenta. Je luy recorderay vous en escripre par la première dépesche.

Madame, il n'y a pour le présent autre, sinon que je vous supplie très humblement qu'il vous plaise avoir souvenance de mon petit estât et affaire, et, s'il vous plaist, avoir compassion et regard au temps de près de quatre ans qu'il y a que aucune provision n'y a esté myse ne donnée, combien que j'en aye esté icy l'espasse de deux et plus, comme vous, Madame, scavez, quasi tout seul, et en ce temps passé deux conclaves, qui n'a esté sans despens^ danger et travail. Et néantmoins, n'ay laissé de faire aux entretènemens à moy commys et autres choses trop plus que ma débile et petite puissance me portoit, et ainsi continueray tant qu'il me sera au monde possible et que le plaisir du Roy et vostre sera que je le face. A toutes lesquelles choses vous plaira, Madame, avoir considération et faire donner à tout le moings quelque provision, ainsi que vostre bon plaisir sera par vostre grâce et rectitude, qui est tout ce en quoy après Dieu j'ay toute ma fyance. Je me seroyetrès voulentiers déporté, Madame, de vous donner fascherie de ce propoz, mais, comme forcé et contrainct et pour la chasse que l'on me donne, me convient nécessairement le faire, vous suppliant, Madame, estre vostre bon plaisir me pardonner.

Madame, nostre très sainct Père m'a chargé vous escripre qu'il vous prie que vueillez avoir souvenance de Mons^" le bailly de S* Estienne, son chambrier secret et plus près de sa personne, et qu'il vous plaise l'avoir pour recommandé touchant la promesse qu'il

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