XXXIX. — 18 NOVEMBRE
on ne pense point qu'il puisse eschapper longuement qu'il n'aille de vie à trespas.
Madame, allaffaire des Grisons, ceste Seigneurie me dit avoir bessogné de tout leur possyble envers le duc de Bar affîn qu'il s'accordast avec lesdits Grisons, et qu'il eust faict voulentiers, mais qu'il ne pouvoit, car il n'estoit point obéy ; et que cest traicté estoit conduict par le Moron, lequel on extime qu'il ait esté toutjours d'accord avec les Impériaulx et que luy mesmes ayt pourchassé de se faire prendre ; et le chastelain de Chiavennes n'obéyt point audit Duc, mais audit Moron.
Madame, je ne veulx préiermectre de dire avec toute révérence comment je me persuade et suis d'oppinion que, incontinent que l'esleu en Empereur aura entendu qu'il ait esté mise la main aux choses de Millan, aussy tost il traictera nouveaulx traictés et partis d'accord pour la délivrance du Roy. Et ce ne faira pour aultre effect que pour vous faire abandonner cestuy traicté d'Italye et afïin que on le laisse totallement devenir seigneur et maistre du duché dudit Millan, pour pouvoir puis après tant plus nous nuire. Laquelle chose sy luy vient à bien, il est certain que en peu de temps sera seigneur et maistre des toutes Itales ou à tout le moins en disposera à son appétit, laquelle chose de quelle importance seroit à France Vostre Majesté le cognoist. Et vous supplye. Madame, très humblement, que sy cognoissés que es choses passées ne vous ay dit aucune mentirye de ce qui est advenu, que me veuilles croire de ce que ores vous dis et que pensyés que la force et non aucun autre accord a à délivrer le Roy. Ce dis-je selon mon oppinion.
Madame, je retiendray ycy Mons"" de Rabodanges jusques à tant que j'aye la totalle résolution de cest traicté, excepté s'il n'escheust aultre chose de conséquence pour laquelle il faulsist le renvoyer.
Madame, ycy ont print grand plaisir d'avoir entendu la délibération que Vostre Majesté a prinse touchant le passer du duc de Ferrare, et plus grand plaisir prendroyent de voir qu'il fust en sa maison.
Madame, afïin que Vostre Majesté voye que pour luy faire service je n'ay respect à personne, vous envoyé avec cestes ung double des lectres lesquelles ay escriptes et dès hier envoyées à Mons"' le Datai re, affin que il les monstre au Pape. Et Vostre Majesté cuide que je n'en ay dit pas ung mot moins ycy à la Seigneurie.
Madame, après m'estre le plus humbleniciU <|u'il m'est possyble recomandé à Vostre Majesté, supplye à Dieu lu}- donner telle joye qu'elle désire et très bonne et très longue vie.