L. — 18 JANVIER
chrostienté, èsquelz si promptement n'y est remédyé,est à doubteret craindre que la liberté, quechascun doibtplus extimer que la mort, sera en brief estaincte et que les (que les) roys, princes, seigneurs et communaultez seront subjuguez et ruynez par celuyque,non content du sien, veult occuper l'aultruy et se faire monarque. Et sur ce, fault avoir regard qu'il tient en ses mains le roy de France très chrestien, lequel n'a voulu deslivrer, quelques offres que on luy aitsceu faire, qui monstre assez à quelle fin il tend. D'autre part, il a tasclié par tous les moiens à luy possibles rompre la ligue qui se devoit faire en Ytallye et tendoità la paix universelle, d'autant qu'il veult et entend tousjours entretenir la guerre. Et quant a veu qu'il ne pourroit entièrement rurapre icelle ligue, l'a subtillement dilayée de deux moys, afïîn que, durant iceulx, pourveust d'un chef à son armée, la renforçast de gens et d'argent, qu'il espère avoir de son mariage de Portugal. Et, si auxdictes fins n'est remédyé, se chascun s'endort, ayant lui Milan et Napples etfaignant de s'en aller couronner, esta croyre qu'il emportera et subjuguera l'Ytallye, et, icelle eue, ne cessera jusques aura le demeurant de la chreslienté.
Madicte Dame et icelle Seigneurie de Venise considèrent et ont regard es choses susdictes. Mais quepeuvent-ilz faire seuls? Icellui seigneur et roy d'Angleterre et ledit cardinal d'Yorc prévoient pareillement et sagement ce que dessus, ainsi que Madame a congneu, tant par la dépesche de Casai envoyée auxdictes fins à Romme, que par les lectres que ledit seigneur Cardinal a escript présentement aux ambassadeurs dudit roy d'Angleterre à Romme. Et par ainsi, si leur plaisir estoit que, ayans à cueur la protection et la liberté de la chres- . tienté, désirant la paix universelle d'ycelle, la deslivrance du Roy très chrestien, et afïîn que la guerre se feist avec les infidelles,et que par succession de temps mesmes ne tumbast es raez et filé où promptement vont tumber les autres, et pour plus facilement recouvrer dudit Empereur ce que luy doit, que son plaisir soit entrer en ladicte ligue et contribuer pour ung tiers, est à croyre et espérer certainement que facilement ledit Empereur, pour conserver son propre^ perdra la voulenté de prendre l'aulruy et, par ce moien, sera contrainct parvenir cà une paix universelle, deslivrera le Roy très chrestien avec honnestes condicions, et se pourra prendre quelque conclusion pour la guerre des infidelles; et mesmement que le Pape et autres potentatz d'Ytallye sans nul doubte se mectront en ladicte ligue s'ilz voient que ledit seigneur roy d'Angleterre s'y soit mys.
Ne fault qu'il doubte cà se déclairer contre l'Empereur, d'autant que la cause pour laquelle le fait est tant justilfiée et raisonnable