LA RÉTROCESSION DE TOUHNAY
cuta les termes de l'accord, c'est-à-dire le prix auquel serait mise la rétrocession de Tournay (1). Il y avait en effet plus d'une difficulté à résoudre. Aussitôt Tournay occupé en 1513, Henri VI 11 y avait ordonné des travaux de fortification; on avait réparé les murailles, construit une citadelle, amené de l'artillerie : tout cela n'avait pas été sans dépense et Henri voulait être remboursé de ses frais. D'autre part, lors de la reddition de la ville, les gens de Tournay s-'étaioit rachetés du pillage au prix d'une lourde rançon ; elle n'était pas entièrement payée en 1518 et leur souverain momentané prétendait n'en rien perdre. De plus, Wolsey était titulaire de l'évêché de Tournay et en percevait les revenus au mépris des droits de l'évêque français Guillart ; il était indispensable de l'indemniser du préjudice que lui causait la perte de ce siège. — Tout bien marchandé, on s'entendit enfin. L'évêché ne valait pas plus de 4.000 ducats ; on promit à Wolsey une pension de 12.000 livres, d'un tiers au moins plus forte (2). Le Roi de France prit à sa charge la dette des gens de Tournay (3). Enfin, pour la ville et ses dépendances, y compris la nouvelle citadelle et le matériel de guerre, on fit prix en bloc à 600.000 écus d'or à la couronne, payables 50.000 francs a la livraison et le surplus par annuités de 50.000 francs aux deux échéances ordinaires (4). Les sommes dues annuellement par la France se trouvèrent ainsi portées à 150.000 livres tournois.
Outre la convention de rachat, deux autres traités furent conclus : l'un, dit de paix et amitié, établissait entre les deux rois une confédération; l'autre stipulait le mariage de la princesse Marie avec le Dauphin de France (5).
A l'occasion de cet accord, M. Brewer entonne un chant de triomphe; il y voit un coup de génie de Wolsey, et célèbre en termes dithyrambiques sa profonde habileté. (( Les ailes de l'ambition française, dit-il, étaient brisées. La roue avait tourné et Wolsey
(1) M. BuscM (pp. 9 et suiv.) .Ut ;\ tort qu'on s'entendit vite. Voy. contrd Brewer, t. ii, Int., pp. cxliii à clix.
(2) Voir ci-dessous et Busch, p. 17.
(3) Voir ci-dessous.
(4) Rymer, Fœdera, xiii, 642-649. — En garantie du paiement des 600,000 écus, François dut livrer à Henri VIII huit gentilhommes français en qualité d'otages. Henri en relâcha quatre, et échangea en février 1521 les quatre autres contre quatre nouveaux otages; ceux-ci, qui se trouvaient encore en Angleterre lors de la rupture, y furent retenus pendant la guerre et ne furent délivrés que par les traités de 1525. Cf. Rvmer, xiii, 738 et ci-dessous. — Le compte des 50,000 1. t. payées à la reddition de Tournay, tenu par Ant. Bohier, est conservé en original à la B. N., ms. fr. 10382.
(5) Rymer, Fœdera, xui, 624-631 et 632-642.
.S(» LE TRAITÉ d'ardre s (1520)
avait tenu sa promesse; il avait uni les deux nations. Une fois de plus, l'Angleterre était l'arbitre des rois de l'Europe, sans avoir donné ni reçu un coup, par la seule force de la politique de Wolsey . Son iriomplie était complet, ses ennemis n'avaient pas un mot à dire (1). » A quoi bon réfuter de pareilles allégations ! L'Angleterre, arbitre de l'Europe, les ailes, puisque ailes il y à, de l'ambition française brisées, ce sont certes là des conséquences passablement inattendues du retour de Tournay à la France et du mariage du Dauphin avec l'héritière du royaume d'Angleterre. S'il était permis, à l'exemple de M. Brewer, de parler par images, voici une comparaison que suggère invinciblement l'étude des rapports de François I«i' et d'Henri VIII : on dirait d'un gros chien d'humeur débonnaire agacé par un méchant roquet et lui abandonnant pour s'en débarrasser un os à ronger.
L'admiration vraiment excessive que M. Brewer a vouée à Wolsey l'a aveuglé. Les traités de 1518 n'ont pas tant d'importance : ce sont simplement des conventions oîi les deux contractants ont vu l'un et l'autre leur compte. L'affaire était bonne pour Henri VIII : on lui achetait à chers deniers une marchandise dont il n'avait que faire. Elle n'était pas mauvaise non plus pour François I^r, auquel 50.000 livres par an ne coûtaient guère. Il n'y faut chercher rien de plus (2).
A la suite do l'élection de Charles d'Espagne à l'Empire, une rupture parut imminente entre le nouvel Empereur et son compétiteur malheureux le roi de France. Sur le point d'en venir aux mains, les deux rivaux s'efforcèrent à l'envi de se concilier l'alliance anglaise. Conformément à un article encore inexécuté du traité de 1518, François I^r insista auprès d'Henri VIII pour qu'il lui accordât une entrevue. Elle eut lieu en juin 1520, entre Ardres et Guines, mais sans amener aucun résultat politique important. Le traité d'Ardres du 6 juin ne fut guère que la reproduction de celui de 1518. Toutefois, il compléta les conventions pécuniaires précédemment intervenues entre les deux royaumes en rendant connexes le traité d'obligation de 1514 et le traité de mariage de 1518, aux termes duquel le Dauphin de France devait épouser la Princesse Marie, fille unique du Roi d'Angleterre. François l'^^' accorda que l'annuité de 100.000 francs due pour le paiement du million du traité de Londres serait payée jusqu'à l'époque du mariage, même au cas où le million serait achevé d'acquitter auparavant ; bien plus, ce mariage conclu,
(1) Ut sup., t. n, p. cLxx.
(2) V. l'appréciation de Buscu, p. 18, aussi trop favorable à Wolsey.