ALLIANCE A N G L O - E S P A G N O L
l'annuité devait être continuée pendant toute la vie d'Henri VIII, et, au cas où, ce prince étant décédé sans enfant mâle, les descendants du Dauphin et de la Princesse Marie lui succéderaient en Angleterre, une contribution annuelle de 100-000 francs serait due à perpétuité par le Royaume de France à ces descendants et à leurs successeurs (1).
L'insuccès des conférences d'Ardres n'a rien qui doive étonner : Henri VIII avait déjà une entente secrète avec Charles-Quint; sur le conseil de Wolsey, devenu favorable à l'alliance espagnole, l'Empereur avait prévenu François I'-'^ et avait vu le roi d'Angleterre à Douvres, à la fin de mai ; cette courte visite lui avait suffi pour gagner complètement Henri VIII et surtout son ministre, auquel il avait assigné une pension de 7.000 ducats sur les évêchés de Païen ce et de Tolède, en même temps que laissé espérer le secours de son influence dans le Sacré-Collège lors de la prochaine vacance du Saint-Siège (2). — L'accord anglo-espagnol dont le traité fut conclu à Calais le 14 juillet 1520, quelques jours à peine après l'entrevue du Camp du Drap d'Or, ne fut pas rendu public (3). Henri VIII s'attacha même à rassurer le roi de France : il lui fit dire par ses ambassadeurs que l'Empereur s'était efïorcé de l'entraîner dans son alliance, mais qu'il avait résisté à ses instances et qu'il était déterminé à persister dans cette attitude aussi longtemps que lui-même resterait fidèle à ses engagements (4).
A peu de temps de là, les hostilités commencèrent dans le Luxembourg et dans la Navarre : devant les protestations contradictoires du Roi de France et de l'Empereur qui se prétendaient attaqués tous le& deux, Henri VIII déclara qu'il ne savait pas de quel côté se trouvaient les premiers torts et qu'il était de son devoir de s'en assurer (5) ; il en profita pour essayer de jouer un rôle qui souriait à son ambition, celui de médiateur entre les deux princes et d'arbitre de leurs difïérends; il proposa la réunion de confé-
(1) Rymer, xni, 719-721.
(2) MiGNET, Rlcalitc.. , i, 229 et 235. — Busca, 71-73 et 77-81.
(3) Cette convention, que Rymeu n'a pas publiée, se trouve au B. M. vas. Cotton. Vespas. C i, f°» 307 et 308 ; il y était stipulé que Charles-Quint ne ferait pendant un cb-lai de deux ans aucun traité de mariage avec le roi de France et on y remettait à plus tard de passer un accord sur les choses dont les deux souverains s'étaient entretenus.
(4) Instructions à sir Rie Wyngteld et sir R. Jernyngham, B. N. ms. Cotton. Calig. D vm, f 5 et B. N. ms. Moreau 711, f'" 293 et suiv.
(5) Rie. Face à Wolsey, 10 juillet 1521, St. Pap. i, 12.
32 MÉDIATION DE l'aNGLETERRE (1521)
rences à Calais. Les belligérants acceptèrent (1) et les conférences s'ouvrirent le 4 août sous la présidence de Wolsey. — Avant de tenter cet arbitrage, les Anglais avaient eu le soin de prendre de sages précautions : un projet de ligue contre le roi de France était déjà arrêté entre le Pape, l'Empereur et le roi d'Angleterre, et, en cas d'échec de sa médiation, le Cardinal avait l'ordre d'en conclure le traité sans plus tarder (2).
Est-ce à dire pour cela que cette tentative d'arbitrage ne fut qu'une pure comédie de la part des Anglais? rien n'est moins certain. Cette idée de médiation, qu'on retrouvera plus d'une fois au cours de ce travail, constitue un des desseins poursuivis avec le plus de constance par la politique anglaise de cette époque. Aussi peut-on croire qu'en dépit du traité déjà convenu avec le Pape et l'Empereur, Wolsey et son maître y mirent quelque sincérité. Leur fierté eût été satisfaite de mener à bien cette médiation, et, à tout prendi*e, ils auraient préféré à la guerre un accord conclu sous leurs auspices et à leur profit. La preuve en est dans les commissions multiples et très diverses dont se chargea Wolsey : deux de ces actes en efïet l'autorisaient à conclure avec Charles-Quint une alliance et un mariage, mais un troisième lui donnait pouvoir de négocier une confédération générale des princes chrétiens, sans en exclure le roi de France; un quatrième enfin était relatif à la conclusion d'une convention de plus étroite amitié avec François pi' (3). La résolution du roi d'Angleterre de rompre avec la France n'était donc pas irrévocable lors de l'ouverture des conférences. Mais, comme il avait des doutes sur le succès de son entreprise, il s'était assuré des alliances au préalable. La parti de Charles-Quint avait eu ses préférences ; il n'est pas facile de démêler les motifs qui l'avaient guidé dans ce choix.
Quoi qu'il en soit, Wolsey ne put bientôt garder le moindre espoir d'accorder les prétentions inconciliables des Français et des Espagnols. Abandonnant alors toute idée de médiation, il se tourna sans arrière-pensée du côté de l'Empereur. Les conférences furent rompues le 22 novembre après trois mois de discussions sans résul-
(1) 1" juillet 1521, trêve de six semaines à compter du 4 août suivant convenue entre François I" et Charles 1", roi de Castille, pendant laquelle leurs diSérends seront soumis à l'arbitrage du roi d'Angleterre, Rvmer, xiii, 748.
(2) Brewer m, 1443 donne l'analyse d'une commission de Henri à Wolsey, datée du 29 juillet, autorisant ce dernier à agir de la sorte.
(3) Brewer, m, 1443, et Rvmer, xni, 749. — Cf. Busch, chap. iv tout entier, surtout à partir de la p. 109.
DÉCLARATION DE GUERRE d'MENRI VIII 33
tat (1). Ces longs pourparlers avaient donne à Wolsey le temps de s'entendre sur tous les points avec les Impériaux. Le surlendemain 24 novembre, fut signé à Bruges un traité de ligue entre le Pape, l'Empereur et le roi d'Angleterre. Charles avait promis d'indemniser ce dernier des pertes que lui causerait sa rupture avec la France: il prit donc à sa charge les dettes françaises dont il garantit le remboursement intégral ; en revanche, on lui accorda la main de la princesse Marie auparavant promise au Dauphin. Une invasion combinée de la France pour le mois de mars 1523 fut également stipulée. Jusque-là, les conventions de Bruges devaient être gardées secrètes (2).
La confédération ne demeura pas longtemps complète : avant même d'en apprendre la conclusion, le pape Léon X mourut. — Son successeur fut le cardinal Adrien Florisse sous le nom d'Adrien VI (3). Le nouveau pape suivit d'abord une politique opposée à celle de son prédécesseur : il déclara qu'il tiendrait la balance égale entre les deux partis et qu'il n'aurait point d'autre ambition que celle de réunir les princes chrétiens dans une alliance contre les Turcs.
Cette défection n'empêcha pas les deux souverains confédérés de donner suite à leurs projets de guerre. — En février 1522, François 1er, qijii j3e doutait plus de l'hostilité du roi d'Angleterre et qui avait cessé dès le mois de novembre 1521 de lui payer les annuités du million de Londres et des 600.000 écus de Tournay, tenta auprès de lui une démarche décisive : il le somma de le secourir contre l'Empereur qui, disait-il, avait le premier rompu la paix (4). Le roi d'Angleterre répondit en ordonnant à son ambassadeur Thomas Cheyney de lui déclarer la guerre, et, le 29 mai, à Lyon, le héraut Clarence porta le défi de son maître au roi de France (5).
(1) MiGNET, I, 266-272 et 288-289. — Buscii, tout le chap. v, pp. 124 et suiv. — Sur ces couférences, cf. aussi les Positions de la thèse soutenue à l'École des Chartes par M. A. Spont en janvier 1888.
(2) Ce traité n'a pas été publié ; on en trouve une analyse très détaillée dans Herbert, 117-119.
(3) MiciNET, I, 310, et BuscH, 181. — Wolsey aurait désiré poser sa candidature, et il avait demandé à Charles V de l'appuyer ; mais la soudaineté de l'élection déconcerta ses calculs. Adrien Florisse réunit la majorité après quelques jours seulement de conclave et avant l'arrivée à Rome de l'envoyé de Wolsey, Rie. Pace. Sur ce conclave, cf. B. N. mss. italiens 677, f"* 25-32 et 694, s. fol. et Berg., ii, 375.
(4) François 1" à Henri VHI, 23 février 1522, Rvmer, xiii, 764.
(5) MiGNET, I, 330-332, d'après les Instructions de Cheyney de mai 1522 (B. N. ms. Moreau 713, f" 114), la lettre de Cheyney à Wolsey du 29 mai 1522 [ici, ibicL, î" 110) et le Journal de Madame, p. 302.
Jacqueton, Louise de Sacoie. 3