OUVERTURES PACIFIQUES DU PAPE
mois de mars 1525, mais il fut stipulé eu même temps que la France serait attaquée simultanément parla Guyenne et par la Picardie dès le mois d'août 1523 (1). — Effectivement, à cette date, une armée anglo-flamande sous le commandement du duc de Suffolk pénétra en Picardie en même temps que des troupes espagnoles envahissaient la Gascogne: cette double expédition resta infructueuse; l'année 1523 s'acheva sans que les frontières de la France eussent été entamées (2) .
Adrien VI était mort au courant de la campagne, au moment oîi, abandonnant la neutralité, il venait de se joindre avec les Vénitiens et la plupart des États italiens à la ligue formée contre François I«i-. — L'élection de son successeur fut longue et disputée. Wolsey mit tout en' œuvre pour l'emporter : mais il échoua. En dépit des assurances deTEmpereur, qui lui avait promis les voix des cardinaux impérialistes par une lettre de sa main, l'ambassadeur impérial à Rome, sur l'ordre exprès de son maître, ne s'employa pas en sa faveur ; il soutint et fit triompher la candidature du cardinal de Médicis, qui devint pape sous le nom de Clément VII (3). Ainsi repoussé du trône pontifical, Wolsey en garda un profond ressentiment contre Charles-Quint, dont les manœuvres ne purent lui rester longtemps inconnues.
Le nouveau pape ne tarda pas à se retirer de la Ligue. Désireux de mettre un terme à la guerre, il fit écrire le'4 janvier 1524 au cardinal d'York et le pria de l'aider à rétablir la paix entre les princes chrétiens (4). Bientôt, le 23 février, il annonça au roi d'Angleterre son intention de garder la neutralité et de ménager une pacification générale : Henri VIII lui répondit le 25 mars en le félicitant de sa résolution et en expédiant cà ses ambassadeurs à Rome une commission pour traiter de la paix ou d'une trêve avec la France sous la médiation du Souverain Pontife et avec la réserve du consentement de Charles-Quint (5). — Ce simple pouvoir de négocier ne nous découvre pas toute la politique du gouvernement anglais : pour la mieux pénétrer, il convient d'avoir recours aux instruc-
(1) Buscii, op. cit., 30.
(2) Cf. MiGNET, I, 414-431, et Buscu, 34-35.
(3) Cf. MiGNET, I, 445-456, et Buscii, 42-43. — Le récit de ce conclave est à la B. N. dans les mss. ital. 677, f'" 33-45 et 694, à la suite de celui du conclave d'Adrien VI.
(4) Giberti à Wolsey, 4 janvier 1524, Rec. Of. Brewer, iv, 6.
(5) Pouvoir à Clerk, Hannibal et Pace du 23 mars 1524, B. M. nis. Cotton. Vitel. B IV, f- (17) 28 et Brewer iv, 177. - Henri VIII à Clément VU, 25 mars 1524, dans Theiner, p. 540.
DISPOSITIONS FAVORABLES d'iIENRI VIII 43
tions que Wolsey adressait à la même date aux représentants anglais. Nous y voyons que ces diplomates ne devaient à aucun prix laisser régler à Rome les difficultés pendantes entre Henri VIII et François I^i'; il fallait que Sa Sainteté pressât le roi de France d'envoyer en diligence un négociateur en Angleterre, afin que les conditions de l'accord anglo-français fussent discutées et convenues à Londres (1). Voilà donc deux points sur lesquels il nous est possible de saisir les intentions du gouvernement anglais et qu'il importe de dégager ; le premier est que les intérêts anglais ne pouvaient être débattus qu'en Angleterre, le second, qu'en mars 1521, Henri et Wolsey ne refusaient pas de recevoir et d'entendre un ambassadeur français.
Ces dispositions n'étaient pas nouvelles et personne ne les ignorait. — Deux mois auparavant, à l'occasion de la mission de l'archevêque de Bari envoyé en Espagne par le Pape pour y exhorter Charles-Quint à la paix, Henri VIII avait manifesté des sentiments semblables. Il avait fait écrire le 24 janvier 1524 par Wolsey qu'il ne refusait pas de poser les armes, mais qu'il désirait qu'en ce qui le regardait l'accord fût négocié en Angleterre par un commissaire français délégué à cet effet (2). Ces déclarations avaient été renouvelées à la date du 25 mars (3), à laquelle Henri VIII et Wolsey avaient écrit dans le môme sens à Rome. En avril, on était persuadé à la cour pontificale que l'Angleterre allait se détacher de la coalition ; une dépêche du duc de Sessa en fait foi : «Le Pape,» y lisonsnous, (( a des avis d'Angleterre du 26 mars portant que le Roi n'a aucune ardeur à la guerre et qu'on attendra la résolution que doit prendre votre Majesté (l'Empereur) ; le Cardinal a dit au nonce que, si le Pape pouvait décider les Français à envoyer quelqu'un en Angleterre pour demander une trêve ou la paix sous quelque honnête couleur, on l'écouterait, et qu'ils sont décidés à ne contribuer sous aucune forme pour la guerre d'Italie (4). » Il paraît d'ailleurs que, depuis plusieurs mois déjà, Charles V et sa tante la Gouvernante des Pays-Bas avaient été mis en garde contre les Anglais par leur ambassadeur à Londres, Praet. Au 25 mars 1524
(1) Wolsey àClerk, Pace et Hannibal, 25 mars 1524, dans St. Pap.. vi, 282-284.
(2) Wolsey à Sampson et Jerniugbam, 24 jauvicr 1524, St. Pap., vi, 243-244.
(3) Le même aux mêmes, 25 mars, ibicL, 273.
'(4) Sessa à Charles-Quint, 14 avril, B. M. Add. ms. 28574, f" 68 v» et BiiUG., II, 638. — Cf. aussi Lopc Hurtado au môme, 28 avril, Berg., ii, 642.
44 MISSION DE l'archevêque DE CAPOUE
en effet, Wolsey se plaint que ce diplomate envoie (( fréquemment en Espagne et en Flandre des rapports sinistres » (1).
Le Pape ne se contenta pas de négocier avec les ambassadeurs accrédités auprès de lui : afin d'agir plus efficacement sur les princes belligérants, il leur dépêcha un de ses confidents, Nicolas Schomberg, archevêque de Capoue, avec la mission de les décider à une trêve qui serait un acheminement cà une entente définitive. Parti de Rome au courant de mars (2), l'archevêque arriva le 27 du même mois à Blois et proposa au roi de France une trêve d'une année sur la base du statu rjuo ; il se rendit ensuite à Burgos, et de là en Angleterre, où il parvint au milieu de mai (3). Ce voyage n'eut qu'un médiocre succès : l'envoyé pontifical no put accorder les prétentions rivales de Franc;ois ler et de Charles-Quint (4) ; quant à Henri VIII, il se contenta de renouveler le 24 mai la commission qu'il avait déjà donnée deux mois auparavîint à ses représentants à Rome (5). Les Anglais mirent cependant en avant un projet de pacification (6). Ils insistèrent auprès de l'archevêque pour que le roi de France ou sa mère consentît à envoyer à Londres un personnage propre à arrêter les bases d'un accord anglo-français ; on conclurait ensuite, dirent-ils, une trêve dont le Pape serait conservateur et on tiendrait dans une ville située non loin de Calais des conférences pour la négociation d'une paix universelle ;
(1) Let. du 25 mars, td. sup., 277.
(2) Instructions de l'archevêque, 11 mars, dans Berc, ii, 626. — Lettre du collège des Cardinaux à Wolsey, 11 mars, B. M. ms. Cotton. Vitel. B vi, f" (14) 25 et BiiEWER, iv, 153. — Clerk et Haiinibal à Wolsey, 21 mars, i(L, ibicl. f" (19) 30 et n" 170.
(3) Dansle Calcndar of thc Cccil Mss., i, p. 5, on trouve la menlioa de deux pièces relatives à cette mission: 1" 6 avril 1524, articuU fratris NicoLal super hidacusapud Blés assiynatis socundam rnlloquia primo habita ruin Rege christianissimo ; cette pièce se trouve analysée sous le n» 629 dans Bercenhoth. — 2- Réponse de François I" à l'archevêque. — Il paraît aussi que l'archevêque pria le roi de France d'envoyer quelqu'un en Angleterre pour y négocier, mais que ce prince ne fit à cette ouverture qu'une réponse évasive. Cf. Clerk et Hannibal à Wolsey, 16-22 avril 1524, B. M. ms. Cotton. Vitel. B vi, f" (25) 36 et Brewer, iv, 276.
(4) Henri VIII à Clément VII, 22 mai. St. Pap., vi, 287. — Wolsey au même, 24 mai, B. M. Add. ms. 15387, f" 122 et Brewer, iv, 359.
(5) La réponse de l'Empereur à l'archevêque, mentionnée dans le Cal. of. the Cccil Mss., toc. cit., est au B. M. ms. Cotton. Vitel. B ix, f» (119) 133 et analysée dans Brewer, iv, 275 ; une analyse beaucoup plus détaillée, presque une traduction, se trouve dans Gayangos, m, 313 sous la date inexacte de décembre 1525.
(6) Commission à Clerk, Pace et Hannibal, 24 mai, B. x\I. ms. Cotton. Vitel. B VI, f" (54) 67 et Brewek, iv, 360.