ÉCHEC DES IMPÉRIAUX EN PROVENCE
qu'on exécutât en Picardie la diversion promise ; même il n'avait pas craint de déclarer à Wolsey que, s'il n'avait point égard à ses prières, il lui imputerait la perte de la couronne de France (1). Ces instances hardies restèrent inutiles ; ni le Cardinal, ni Henri VIII ne s'en laissèrent ébranler : le 17 juillet, Wolsey répondit que le roi était content du serment de Bourbon et qu'il ne traiterait point sans lui en donner connaissance et sans ménager ses intérêts; mais, ajouta-t-il, la saison était trop avancée pour qu'il put conduire en personne une invasion dans le Nord de la France (2), C'est donc en partie aux pourparlers engagés sous le nom de Madame qu'il importe d'attribuer la sécurité dont jouit notre frontière du Nord durant Tété et l'automne de 1524 ; et ce ne fut pas un mince avantage : François I^r, délivré de toute crainte du côté de la Picardie, put concentrer ses troupes dans la vallée du Rhône et faire face avec toutes ses forces à l'armée d'invasion conduite par Bourbon. A la Cour impériale, on donnait pour certain que le roi de France avait reçu d'Angleterre l'assurance que sa frontière du Nord ne serait pas inquiétée (3). — D'ailleurs, les négociations de J. Joachim eurent bientôt une utilité plus directe et des résultats plus positifs.
La fortune n'avait pas été longtemps favorable à Bourbon : après avoir occupé rapidement presque toute la Provence, il s'était vu arrêter par la résistance de Marseille ; à la suite de quarante jours
(1) Pace à Wolsey, 25 juin, St. Pap., vi, 313-314.
(2) Wolsey k Pace, 17 juillet 1524, B. M. ms. Harl. 282, f" 287 et Brewer, IV, 510. — Dans cette lettre, qui est fort longue, Wolsey examine un à un tous les arguments des lettres de Pace du 25 juin : Bourbon, écrit-il, n'a pas la valeur que lui prête l'envoyé anglais ; il n'a d'autre but que de se venger du roi de France et de recouvrer les domaines dont il a été dépouillé ; de plus, il ne peut agir qu'à l'aide des secours que lui fournissent les confédérés et, réduit à ses propres forces, serait incapable d'aucun eSort sérieux; quant à l'invasion de la Provence et du Languedoc, cette opération n'offrait d'avantages qu'aux Impériaux, qui y gagneraient d'assurer leurs communications entre l'Espagne et l'Italie ; une invasion anglaise dans le Nord n'aurait d'autre effet que de favoriser la conquête de ces provinces, en détournant de leur défense une partie des forces françaises; la puissance de l'Empereur se trouverait ainsi démesurément agrandie, au grand danger de l'Angleterre.
(3) Cf. Charles 'V à Praet, 20 octobre, Rec. Of. Bukwer. iv, 752.