‹ La politique extérieure de Louise de SavoieChapitre 36 sur 225 · PREMIERE AMBASSADE DU PRESIDENT DE ROUEN · texte numérisé non relu

PREMIERE AMBASSADE DU PRESIDENT DE ROUEN

Au moment où la venue du président de Rouen en Angleterre va marquer l'ouverture définitive de pourparlers pacifiques, il convient de jeter un coup d'œil sur la situation diplomatique générale et particulièrement sur les négociations pendantes entre les Impériaux et le gouvernement anglais.

La nouvelle de la levée du siège de Marseille avait causé à Londres un très grand mécontentement : Wolsey avait déclaré au Nonce que si les Impériaux évacuaient la Provence sans livrer bataille, son maître refuserait tout nouveau subside (1). Ce fut bien pis lorsqu'une lettre de Robertet vint annoncer l'occupation de Milan par l'armée française : le Cardinal crut que tout était perdu et que François P'' allait se trouver sans coup férir maître de l'Italie entière. Dans son émoi, il enjoignit au Nonce d'expédier en toute hâte un courrier au Pape et de le prier, au nom du roi d'Angleterre, de ne point attendre les Français à Rome et de courir se mettre en sûreté à Venise (2). Une dépêche de l'archevêque de Capoue, qui arriva bientôt après, calma quelque peu ces craintes; toutefois, l'ambassadeur anglais reçut, en même temps que des pouvoirs pour conclure une trêve d'un au avec le roi de France, l'ordre de ne point avancer aux généraux de l'Empereur les 50.000 écus qu'il avait à sa disposition (3).

(1) Sessa à Charles V, 30 novembre 1524, Berg., ii, 699.

(2) /(/., ibld.

(3) /(/., ihid. — Ces cinquante millo. i-cus étaient en Italie depuis le mois d'octobre et les Impériaux, bien qu.-> fort à court d'argent, n'avaient pas encore pu en obtenir livraison. Cf. Carraciolo à Charles V, 19 octobre 1524, et Najera au même, 4 novembre 1524, Berg., ii, 691 et 693.

Jacqueton, Louise de Sacoic 5

OG MISSION 1 N F 1{ U C T U E U s E DE B E A U R A I \

Cependant, dès le début du siège de Pavie, Bourbon et Lannoy s'étaient empressés de faire partir pour Londres M. de Beaurain, afin de solliciter une diversion anglaise dans le Nord de la France ou des secours en argent pour l'armée d'Italie (1). Cette mission n'eut aucun succès : il ne fut pas même permis à l'envoyé du Duc et du Vice-Roi de se présenter devant Henri VIII (2) ; Beaurain ne vit que Wolsey. Celui-ci lui répondit que son maître avait déjà l'ait de grosses dépenses, dont il n'avait retiré aucun avantage, qu'il se souciait fort peu du Milanais et qu'au reste il voyait bien que la puissance de François I«^' était trop grande ])Our qu'on pût jamais espérer la paix sans lui en abandonner la possession (3). Il paraît même qu'il ne se borna point à ce refus et qu'il se permit à l'égard des membres de la famille impériale les appréciations les plus injurieuses. Beaurain sut qu'à l'entendre, « l'Empereur n'était qu'un menteur qui n'observait aucune de ses promesses, M"!'" Marguerite une fille, don Ferdinand un enfant qu'on gouvernait en conséquence, le duc de Bourbon un traître (4). »

Dès lors, il semblait qu'il n'y eût plus rien à attendre de l'Angleterre. Aussi bien, le 20 novembre, Praet mandait-il à Lannoy que l'Empereur ferait bien de s'accorder avec le roi de France, « car », écrivait-il, « si les choses demeurent en ce point, c'est à

(1) Cf. Instructions de Bourbon à Beaurain, 22 'octobre 1524, B. M. ms. Cotton. Vitellius B vi, f" (217) 243 et Buewer, iv, 761 etGiberti au Légat, 26 décembre, Desjardins, n, p. 810.

(2) Si Beaurain eût insisté beaucoup pour voir Henri VIII, il eût peut-être pu y réussir; toutefois il est certain que le roi préférait ne pas lui donner audience et que, s'il l'eût fait, il ne l'eût pas ménagé. Voici, du reste, un passage d'une lettre de Thomas Moore qui nous découvre quels étaient ses sentiments : « If Bewreyn cum to His Grâce (Henri VIII), he wilbe playne with bym, and, if he do not, but fake his dispatche there of your Grâce, which thyng I perceive His Highnes wold be well content he did, except he désire to cum to his présence, His Grâce requyreth yours so to talke with hym as he may know that His Grâce and yours well perceive how the maters be handeled by tb' Empereurs agentes in the entreprice. » Thomas Moore à Wolsey, 29 novembre 1524, State pa/iers, i, 152. — On voit qu'eu cette affaire Henri Vlll n'était pas mieux disposé que son ministre en faveur des Impériaux.

(.3) Giberti au Légat, 26 décembre 1524, Desjardins, n. p. SIO. — Cf. aussi G. Contarini aux Dix, 10 janvier 1525, Brown, in, 916.

(4) Tunstall, Wingfield et Sampson à Wolsey, 2 juin 1525, dans Ellis, 3" série, t. n, p. 12. Ellis imprime créature, mais il faut lire treature. — Lors de la mission de Beaurain, on ne savait pas encore en Angleterre quelle serait la résolution du gouvernement français, mais on l'attendait bientôt. Cf. Thomas Moore à Wolsey, 29 décembre 1524, State Papers, i, 151 et 152,

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doubler (juc plusieurs des coulédérez s'en tourneront et mesniementces Seigneurs icy ». « Pleust à Dieu », disait-il encore, « que Sa Majesté et le coramung ennemi t'eussent si bien conseillez que d'eux povoir bien accorder, et, puisque Dieu ne veult que ung seul soit le Monarque de la Chresticnté, que du moins eulx deux par ensemble la gouvernassent... Il se fault resouldre, et tost, de faire paix ou tresve. » Plus loin, parlant des pourparlers des Anglais avec les Français, il ajoutait : « Et, à l'adventure, ont quelque entendement ou promesse du roy de France, ou cas qu'il puisse recouvrer la duché de Mylan, leur payer ladite indempnité comme auparavant, et aucunes autres petites practiques ; je ne veulx affermer ce que dessus, combien que plusieurs conjectures bien apparentes m'en donnent grosse suspicion, car hier arrivèrent cinq ambassadeurs du roy d'Escosse, auxquelz l'on faict fort gros recueil (1). »

Après l'entrée des Français en Italie, Clément VII avait essayé d'assurer la conclusion d'une trêve sur la base de l'évacuation du Milanais par les deux armées et de la remise du duché à la garde des troupes pontificales : cette tentative de médiation, dont il avait confié la conduite au dataire Giberti, avait complètement échoué (2).

Le Pape, persuadé de la supériorité de François 1°!', s'en était alors rapproché secrètement, d'accord avec les Vénitiens ; il avait môme consenti à ne point s'opposer à l'expédition d'Albany contre le royaume de Naples (3). Cette faveur déclarée qu'il montrait pour l'un des deux partis le rendait peu propre à jouer le rôle de pacificateur. Wolsey et son maître, auxquels elle ne resta pas

(1) Praet à Lannoy, 20 décembre 1524, B. M. Add. ms. 28173, i"' 125-126.

(2) CL Sadolet à Ghiiiucci, 4 octobre 1524 dans Lettere de'Prinripi, i, f" 136 r- et v°. — Pace à Wolsey, 9 novembre 1524, B. M. ms. Cottoii. Vitell. B vi,f'(224)250 et Brewer, iv,815—Lemêmeau même, 10 novembre, ibid, f" (225) 251 et n" 816. — Lannoy à Madame Marguerite, 13 novembre 1524, Ibid., i" (226) 252 et n" 826. — Clerk à Wolsey, 19 novembre, State Papers, vi, 359.— Pace à Wolsey, 19 novembre, B. M. ms. Cotton. Vitel. B VI, f' (231) 257 et Brewer, iv, 839.— Giberti à Wolsey, 12 décembre, Rec. Of. Brewer, iv, 922. — V. sur toutes ces négociations : Mignet, ii, 18 et suiv., d'après des lettres inédites de Lannoy; Buscii, 61-63; et St. Euses^

art. cité, 582 et suiv.

(3) Le traité signé entre François L% le Pape et les Vénitiens était très secret. — Ce traité, en date du 12 décembre 1524, n'a pas été imprimé par DuMONT et nous n'en connaissons pas de copie complète, mais le fonds italien de la B. N. possède dans deux de ses mss. (227 et 1502) un sommaire de cette convention. Busch (p. 62) dit que le traité des Vénitiens avec François I" est du 12 décembre 1524 et que le Pape y figura comme allié et

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