‹ La politique extérieure de Louise de SavoieChapitre 39 sur 225 · PRAET ET WOLSEY · texte numérisé non relu

PRAET ET WOLSEY

propre à ménager une paix honorable, alors que son allié ou ses agents entraient à tout propos en communications secrètes avec Tennemi : si c'était là une occasion de rupture que cherchaient les Impériaux, le roi et le Cardinal supporteraient ce malheur avec résignation, car ils n'avaient fait ni ne voulaient rien faire pour le mériter (1).

Après cette sortie, Wolsey changea de ton et l'audience se termina mieux qu'elle n'avait commencé. Praet, il est vrai, en dépit de ses instances, ne put obtenir la promesse du renvoi de J. Joachim ; il dut aussi se contenter do réponses évasives aux questions qu'il fit sur l'arrivée du président de Rouen ; mais il semble que, tout en restant ferme sur ces deux points, le Cardinal tînt à faire montre de son zèle pour la cause impériale. Il évita de soulever à nouveau la question du dépôt du Milanais et déplora le mauvais vouloir du Pape et des Vénitiens ; il annonça que, pour y remédier, Grégoire Casai allait être dépêché incessamment en Italie avec la mission expresse de menacer le Souverain Pontife de l'inimitié d'Henri VIII, s'il aidait les Français à envahir le royaume de Naples ; quant à la Seigneurie, Rie. Pace recevrait l'ordre d'agir dans le même sens pour l'affermir dans l'alliance impériale. En revanche, Praet se heurta à une opposition invincible, lorsqu'il réclama des avances d'argent pour l'armée d'Italie (2).

Il ne se passa pas longtemps avant que l'ambassadeur de Charles-Quint eût l'occasion de mettre à l'épreuve les dispositions conciliantes que venait de lui montrer Wolsey. Sur la nouvelle des revers de son armée, l'Empereur avait aussitôt pensé à une diversion anglo-flamande dans le Nord de la France : à la date du 20 décembre, il avait écrit à Praet de négocier cette affaire (3). Celui-ci reçut cette lettre le 15 janvier; il en fit part aussitôt au Légat. Comme à la fin de leur dernière conférence, ce dernier se montra disposé à favoriser les intérêts des Impériaux et reconnut l'opportunité d'une action militaire énergique dans la Picardie, tandis que toutes les forces disponibles de l'ennemi commun étaient occupées en Italie. Mais il fit des réserves sur le moment où devait avoir lieu l'expédition projetée et sur le concours qu'apporteraient aux Anglais les Flamands et les Espagnols : la saison n'était pas favorable, et les troupes anglaises ne pourraient point être transportées sur le continent avant la fin d'avril ; en outre, ce n'était

(1) Praet à Charles V, 15 janvier 1525, ibid., 3.

(2) M., ibiil.

(3) hl. Ibid. Cf. aussi Charles \' à Sessa. 19 décembre 1525. Berc... ii, 703.

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pas seulement 3.000 chevaux et 1.000 fantassins, comme l'offrait l'Empereur, que Madame Marguerite serait tenue de fournir ; il faudrait élever le chilïre de ce contingent ; enfin, il ne croyait pas que l'entretien de l'armée de Lombardie dût dispenser Charles-Quint de coopérer pour sa part à la grande entreprise contre la France, dont les traités précédents avaient fixé l'exécution à cette année même. Tout en élevant ces difficultés, Wolsey laissa entendre qu'il ne les considérait pas comme insurmontables ; il avoua même en terminant que si l'ambassadeur impérial recevait des pouvoirs suffisants pour conclure, et pourvu qu'on y apportât quelques modifications, il consentirait à acquiescer aux propositions de TEmpereur (1).

Tel était, au milieu de janvier 1525, l'état des relations entre le gouvernement anglais et le représentant de l'Empereur à Londres. Elles s'étaient sensiblement modifiées depuis la mission de Beaurain. Au départ de cet envoyé, il semblait qu'Henri VIII et son ministre n'eussent plus qu'une pensée, rompre avec Charles- Quint et s'accorder au plus tôt avec François P^ Fatigués de supporter les frais d'une guerre sans profits, irrités du > complet insuccès de l'expédition de Provence, persuadés que le roi de France écraserait sans peine les débris de l'armée de Bourbon (2) , ils estimaient sans doute plus prudent d'abandonner l'Empereur avant une défaite qu'ils croyaient certaine, et de traiter avec la Régente, avant qu'un succès définitif eût rendu son fils plus exigeant. Aussi repoussèrent-ils les demandes de Beaurain, en même temps qu'ils faisaient à J. Joachim les ouvertures qui décidèrent Madame à l'envoi du président de Rouen.

Ces dispositions ne tardèrent pas à s'altérer sous l'influence de deux motifs opposés, mais qui agissaient concurremment. Le premier était la crainte de voir le roi de France devenir trop puissant : maître de la haute Italie et bientôt de Naples, où il envoyait une armée, allié du Pape, des Vénitiens et du duc de Ferrare, il était cà redouter que son écrasante supériorité n'obligeât l'Empereur à demander la paix ; dès lors, l'Angleterre, isolée en face de la France victorieuse, devrait accepter un traité désavantageux ou supporter seule tout le poids de la guerre ; à plus forte raison faudrait-il alors renoncer à l'honneur de devenir les

(1) Piaet à Charles V, 15 janvier, Gavangos, ut sup.

(2) « 1 shewed His Higlmes (Henri viii) that your Grâce tliought lliat Uie Frencli King passcd tlic mountaignys in hope to wynne ail witii a visage. « Thomas Moore à Wolsey, 29 novembre 1524, State Paper», i, 151.

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arbitres et les médiateurs de la paix de l'Europe ; or, c'était là une considération qui ne touchait pas peu le roi d'Angleterre et sou ministre. Les progrès de François I^r en Italie devinrent le cauchemar des Anglais : « Je prie Dieu », écrit A\'olsey à Thomas Moore, (( qu'on résiste avec succès au roi de France, tandis que nous traiterons avec l'ambassadeur qui nous vient de France ; notre affaire n'en ira que mieux (1). » — Il n'y a donc pas à s'étonner que le gouvernement anglais, dans le but d'entraver ces progrès et d'assurer la sécurité du royaume de Naples, ait tenté quelques efforts sincères. Ce nouvel état d'esprit s'affirma dès le commencement de décembre, c'est-à-dire au moment même où on apprit de source certaine la défection du Pape et des Vénitiens. Wolsey, qui avait déclaré peu auparavant à Beaurain qu'on ne pourrait arracher le Milanais à François I^r, jura que son maître « ne consentirait ni à paix ni à trêve, que le duché ne restât à Sforce » (2). L'envoi de G. Casai et les instructions comminatoires données à R. Pace sont des mesures significatives qui ne laissent aucun doute sur la réalité de ce revirement. (( Des lettres du 17 décembre», écrit Giberti, ((m'ont appris que le roi d'Angleterre est redevenu partisan de la guerre, dont il avait été jusque là éloigné ; aussi a-t-il envoyé le cavalier Casai pour encourager le Pape, et je sais que Rie. Pace a des ordres pour menacer les Vénitiens s'ils ne font pas ce qu'ils doivent pour l'Empereur (3). » (( Des lettres du 18 », écrit Léandro de Domo, (( nous font savoir qu'outre les 50.000 ducats, le Roi est disposé à ne ménager ni sa vie, ni son ro3'aume, ni son argent, pour secourir l'armée impériale d'Italie ; il promet de faire merveilles contre les Français ; il a commandé à Rie. Pace d'aller à Venise et d'user, à l'égard de la Seigneurie, de paroles et de menaces très fortes ; quant au Pape, l'ambassadeur anglais lui fera entendre demain la volonté de son maître ; j'ai grand peur qu'il ne tienne également un langage fort et menaçant, car il a reçu l'ordre d'agir de la sorte (4). » Le 4 février, G. Casai, passant au camp de Lannoy, lui dit que le Roi « luy avoit ordonné luy faire délivrer cinquante mille escuz » ; il ajouta que ce prince (( fait requérir le Pape voulloir demeurer avec leur deux Magestez.., et s'il ne le veult faire, ledit Grégoire a charge de

(1) Janvier 1525, B. M. ms. Cotton. Calig. E ii, f" (153) 165 v" et Bukwek, IV, 1018.

(2| Ag. Foglietta au Légat. 6 janvier, Desjaudins, ii. p. 815.

(3) Giberti au Légat, 9 février, Desj., ii, p. 825.

(4) L. de Domo au Légat, 9 février. Desj., ii, pp. 825 et 826.

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luy dire des choses jusques à donner entendre de luy faire le pis qu'il pourra » (1).

D'autre part, les semaines s'écoulaient et le roi de France restait immobile devant Pavie sans parvenir à l'emporter. Deux assauts avaient échoué et le siège avait été converti en blocus. Cependant Lannoy rassemblait des troupes sur l'Adda et Bourbon avait couru lever des lansquenets en Allemagne ; la victoire des Français, d'abord presque assurée, était maintenant remise en question ; une bataille heureuse pouvait rendre l'Italie tout entière à l'armée impériale. Dans de telles conditions, une rupture complète était pleine de périls : la prudence commandait de ménager les Impériaux et de conserver leur alliance, tout en évitant do prendre avec eux des engagements sur lesquels on ne pourrait revenir et de consentir à des actes qu'on ne pourrait désavouer. Ce fut, en efïet, la politique que suivit le Cardinal : il ne repoussa aucune des demandes que lui présenta Praet au nom de son maître et promit de les discuter ; mais il n'accorda rien qui piit être suivi d'un effet immédiat : point de secours d'argent pour l'armée d'Italie, sauf, peut-être, les 50.000 couronnes déjà envoyées dans la Péninsule; point d'expédition anglaise en France avant le printemps ; enfin, point de promesse de renvoyer J. Joachim et de ne pas recevoir le président de Rouen. Voilà des points dont la concession eût emporté des conséquences irrémédiables et sur lesquels l'ambassadeur de Charles-Quint ne put rien obtenir (2).

Ce fut sur ces entrefaites qu'arriva en Angleterre le nouvel ambassadeur français.

(1) Lannoy à M"'"- Marguerite, 5 février. B. M. Add. ms. 28574, t' 125 v et 126 r" et Gavangos, m, 13, — .Sar les missions données à G. Casai et à R. Pace, outre les pièces précédentes, cf. A. Suriano à Seigneurie, 2 février, Brown, ni, 918; Najcra ;\ Charles V, 3 fév., Berg., n, 713; G. Casai à Wolsey, 6 fév., Rec. Of. Brewer, iv, 1064 ; Giberti au Légat, 13 fév., Des.tardins, n, 827 ; Najera à Charles V, 17 fév., Berg., ii, 718 ; Giberti îi H. Aleandro, 19 fév., Lett. Prin. i, f" 149 r" ; Sessa à Charles V, 24 fév., Berg., II, 721; Lannoy à M""'' Marguerite, l'^"' fév., Gav., m. U ; Pacc à Caracciolo et Sanchez, 3 fév., Berg., ii, 714; les mêmes à Henri VIII, 8 fév., B. M. ms. Cotton. Vit. B vu, f" (38) 36, et Brewer, iv, 1072 ; Caracciolo et Sanchez à Charles V, 21 fév., Berg., ii, 720.

(2) Cf. Praet à Charles V, 15 janvier, .Gav., m, 3 ; K même au nirmc, 3 février, ibid., 12.

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