SAISIE DES LETTRES DE PRAET (1112 FÉV
cas aussi, loué soit Dieu, Votre haute intelligence, grâce aux pratiques entretenues à part avec la France, n'a pas négligé de pourvoir mieux qu'on ne le croit généralement ailleurs à la sûreté de Vos affaires (1) ».
Ce document, dont la sincérité ne saurait être contestée (2), nous laisse apercevoir mieux encore que nous n'avons fait jusqu'à présent la politique expectante d'Henri VIII. Avant tout, ce prince désirait l'affaiblissement de François I*-''", afin de pouvoir imposer sa médiation aux deux rivaux et rétablir la paix en Europe aux conditions qu'il lui plairait de fixer. De plus, en prévision delà victoire des Impériaux, et c'était là l'éventualité dont il semblait préférer la réalisation, il n'avait pas. ménagé à ses alliés les témoignages, d'ailleurs assez peu coûteux, de sa sympathie. Enfin, comme il n'était pas impossible que le roi de France anéantît l'armée de Lannoy, il avait prudemment continué les négociations entreprises avec la Régente de France.
Quelques heures à peine avant le départ de la lettre que nous venons d'analyser, était survenu un incident imprévu et de la plus haute conséquence : la saisie des lettres de M. de Praet.
Dans la nuit du 11 au 12 février, une patrouille appartenant à la police de Thomas Moore arrêta aux environs de Londres un courrier que l'ambassadeur impérial avait chargé de porter un paquet de dépêches à un agent des Fugger qui allait s'embarquer pour l'Espagne. L'officier qui commandait la ronde, ayant reçu des mains de ses subalternes le paquet tout ouvert, dans lequel ils avaient trouvé des lettres chiffrées qui leur avaient paru suspectes, remit le tout à Thomas Moore. Celui-ci se rendit le lendemain au matin auprès du Cardinal, qui prit connaissance des lettres saisies ; l'une d'elles, adressée à J. Lalemant, contenait une critique sévère et peu mesurée de la conduite du ministre anglais. Cette découverte amena la saisie des lettres que Praet avait confiées la veille au maître général des postes, Brian Tuke, afin
(1) Wolsey à Henri VllI, 12 février, St. Pap., i, 157-158.
(2) Ce mot « sincérité » s'applique au témoignage qu'il nous rend des sentiments du roi d'Angleterre, mais on ne saurait attribuer à cette lettre la même valeur, s'il s'agit de ceu.v de Wolsey. Il est certain, en effet, que le ministre s'y est attaché à flatter les désirs de son souverain, mais il l'est beaucoup moins que ces flatteries intéressées aient exactement représenté ses propres idées politiques. — Le ton de la lettre de Thomas Moore à Wolsey, du 29 novembre 1524, ne conduit pas à une autre conclusion : il découvre aussi la préférence de Henri VIII pour les Impériaux. Cf. State Papers, M, 151.