SAISIE DES LETTRES DE PRAET (1112 FKV
qu'il les expédiât en Flandre; on dépêcha aussi un courrier pour arrêter l'agent des Fugger et lui enlever les lettres à l'adresse de l'Empereur qu'il avait emportées à son départ de Londres (1),
A la suite de ces mesures, Praet se vit mandé à comparaître devant le Conseil Privé; il y eut à supporter toute la colère du Cardinal, qui lui montra ses dépêches ouvertes et lui reprocha durement d'avoir envoyé à son gouvernement des rapports semblables. L'ambassadeur ne se laissa point déconcerter ; il protesta hautement contre l'arrestation de ses courriers, se plaignit du long séjour de J. Joachim à Londres, et déclara qu'avec la permission de l'Empereur, il adresserait un mémoire au roi d'Angleterre pour lui dénoncer les actes dont son ministre s'était rendu coupable durant le dernier mois. La discussion se termina par le congé de Praet et l'ordre exprès que lui intima le Cardinal de ne plus paraître devant lui ni devant le Roi et de ne plus expédier de lettres à l'Empereur et à la Gouvernante des Pays-Bas (2).
Dès lors, toute relation se trouvait interrompue entre le gouvernement anglais et le représentant impérial. Cette situation diplomatique ne nous paraît pas devoir être attribuée au pur hasard et à la découverte fortuite d'une lettre injurieuse; il est difficile de croire, en effet, que Wolsey n'ait pas pris de tout temps connaissance des dépêches que Praet expédiait par l'intermédiaire de Brian Tuke(3), et celles-ci n'étaient pas moins vives que les lettres saisies par Tofficier de police (4). Il était donc édifié depuis longtemps sur les sentiments et les appréciations de l'ambassadeur à son endroit. S'il n'en avait encore rien laissé connaître, c'est qu'après un éclat
(1) Praet à Charles V, 25 fév., Gay., m, 20.— Wolsey à Sampson, 13 février, Siate Papers, vi, 389 à 394.
(2) Ici., ibicL, et Hall, 691-692.
(3) Dans sa lettre du 25 février, Praet dit que cette affaire a permis de voir qu'il n'avait pas tort de croire, ainsi qu'il en avait souvent exprimé le soupçon dans sa correspondance, que le Cardinal et Brian Tuke ouvraient les dépêches qu'il écrivait à l'Empereur aussi bien que celles qui lui étaient adressées par Madame Marguerite.
(4) Dans une pièce intitulée Justification des Amjlais, nous trouvons le passage suivant tiré d'une lettre adressée au conseiller flamand Aut. de Lalaing, comte de Hoogstraete : « Le Cardinal est de grande partie cause de tout le mal que Sa Majesté a pour le présent et, se j'ay une fois le couunandement, je ne fauldray de mettre le tout par escript pour le bailler au Roy et vous cisseure que l'ay bien mis en ma mémoire. »B. M. Add. mss. 28173, f- 192 et 193, et 28575, f"^ 64 r» à 83 r», et Gay., m, 28 et 29. — Ou se rappelle que, dès la fin de l'hiver précédent, 'Wolsey s'était plaint des soupçons et des rapports malveillants de l'ambassadeur. Cf. ci-dessus, p. 44 et St. Pap., n, 277.
Jacqueton, Louise de Savoie. 6