DISPOSITIONS DE WOLSEY
de cette sorte ralliance anglo-espagnole aurait été irrémédiablement ébranlée et qu'il n'avait pas jugé opportun de mettre les choses à ce point. En admettant même que l'arrestation du courrier de Praet ne fût pas préméditée, l'intention du Cardinal de blesser gravement l'ambassadeur reste encore évidente, car il n'eût pas été difficile d'étoufïer l'affaire et de réparer l'erreur des hommes de la police : la restitution des lettres interceptées et quelques paroles d'excuse auraient suffi. Tout au contraire, on s'empressa de saisir les lettres remises à Brian Tuke et on accentua cet abus de confiance en infligeant au représentant impérial la honte de comparaître en accusé devant le Conseil Privé et d'y entendre les réprimandes humiliantes de Wolsey (1). A notre avis, de tels actes marquent chez ce dernier la volonté arrêtée de rompre avec Praet.
Poursuivons. Le ton de la lettre citée plus haut du Cardinal à Henri VIII montre que, bien qu'engagé par précaution dans des négociations avec Madame, le roi d'Angleterre aurait préféré la victoire des Impériaux. D'autre part, nous savons que les nouvelles contenues dans les lettres de Pace étaient loin d'être favorables aux Français. Si le ministre eût partagé complètement les sentiments du Roi, il se fût bien gardé de choisir ce moment d'incertitude pour porter un coup semblable au concert angloespagnol ; dans cette hypothèse, sa conduite à l'égard de Praet serait absolument inexplicable. Il en est autrement, dès qu'on admet que le Cardinal pouvait avoir des vues différentes de celles d'Henri et qu'au contraire de son maître il estimait l'alliance française meilleure que l'impériale. — Qu'on nous permette, pour l'instant, de regarder comme démontrée cette seconde alternative. Nous y reviendrons plus loin. Faisons observer seulement que ce système a l'avantage de rendre très compréhensible l'attitude prise par Wolsey dans cette affaire.
Inquiet à la fois des nouvelles reçues d'Italie et des dispositions montrées par son maître, Wolsey fit saisir les lettres de l'ambassadeur impérial, afin d'assurer le triomphe de sa politique personnelle (2). Cet acte de violence présentait un double avantage : d'un côté, la connaissance des rapports malveillants de M. de Praet ne pouvait qu'indisposer Henri VIII contre ce diplomate; de
(1) Praet en fait l'observation clans sa lettre du 25 février, Cf. Gay., ni, 20.
(2) Buscii (69-70) penche de même à croire que Wolsey fit naître cet incident afin (le forcer lamain à son maître.