JOIE AFFICHÉE PAR L1£S ANGLAIS
loin, ils retournèrent aussitôt sur leurs pas et attendirent les ordres d'Henri VIII (1).
Ce dernier avait fait parade de la joie la plus vive, à l'annonce de la victoire signalée des Impériaux. Les Flamands l'étant venus voir, il leur avait « donné le bon jour d'un visaige le plus joyeux et chère lie que prince du monde sauroit faire » et leur avait dit : (( Or chcà, il est heure de présentement adviser que l'Empereur ait le sien et moy le myen, et ne fault perdre temps (2). » Le Cardinal n'avait pas été moins démonstratif. D'accord avec son maître, il avait sur-le-champ envoyé dans tout le Royaume l'ordre de faire des feux de joie et des réjouissances publiques. Il avait accordé sans objections aux Commissaires le renvoi des ambassadeurs français. Enfin, il avait affirmé que le Roi « voulloit descendre en personne en la fin du moys de May en Normandye », pourvu que la Gouvernante des Pays-Bas prît l'engagement de lui « donner assistance de troys mil chevaux et mil piétons (3) ».
Le samedi 11 Mars, Londres fut illuminé. Le Maire et les Aldermen parcoururent la ville au son des trompettes ; du vin fat
lequel se approcha du roy et en laissant ses lettres le salua. Le roy demanda au postz : « Que fout mes bons amis delà les montz ? » Le postz reppoudit : « Sire, en lisant ces lettres vousvoyerés ce à plain en quel estât ilz sont. » Le roy luy mesme lut la lettre, lequel ne les scavoit lire sans plorer de joye qu'il avoit ; et puis se mist en genoulx, disant : « Mon Créateur, je te j'egracbie ; tu m'as envoyé ces nouvelles, lesquelles me viennent bien à point ; tu congnois et scés tout « Disant ces mots, se leva, puis dit au postz : « Mou ami, vous estes comme saint Gabriel, qui annoncba la venue de Jesu- Christ ; laquelle nouvelle m'a fait sage de ce que ge debvois respondre aux Franchoiz sur ce qu'ils me demandoient, qui fort me pesoit ; et maintenant les nouvelles sont telles que nulles responces n'auront de moy ». Sachiés que le roy fist apporter le vin pour festoyer le postz, lequel il honora merveilleusement et luy demanda s'il avoit perchut le roy de France en la main du visce-roy de Naples comme la lettre le tesmoignoit. Le postz luy respondit qu'il avoit aydet à le désarmer et puis luy compta comment tout alloit quant il se party de l'armée. Lors le roy demanda au postz s'il estoit vérité des morts, selon le contenu de la rescription en la journée, et des prisonniers, et se la Blanche Rose estoit mort en la bataille. Le postz luy certifia qu'il l'avoit veu mort avec les autres. Le roy pria pour son âme, disant que tous ses ennemiz d'Angleterre estoient trespassez. Ces parolles dictes et pour les bonnes nouvelles, le roy, tant pour la mort de la Blanche Rose <jue pour la victoire, donna très largement le vin au gentilhomme et commanda qu'on le festoyât bien » (p. 231). — Cf. aussi C/iron. oj Windsor,
1, 14 ' (1) Hall, p. 69,3. et Macqukiuîau, pp. 231-232.
(2) Commis, à Madame, 9 mars, ut .-^uji., f» 160 r" cl ii" 33.
(3) Commis, à Madame, 10 mars, ut sup., f" 166 r" et v et u' 34.