LES FRANÇAIS RESTENT A LONDRES
distribué au peuple et un banquet fut offert à la Tour aux ambassadeurs du Pape, de Venise et de Madame Marguerite (1). — Le lendemain, le Cardinal- Légat, assisté d'évêques et d'abbés, célébra dans l'église cathédrale de Saint-Paul une messe solennelle d'actions de grâces, en présence du Roi, de la Reine, des Seigneurs de la Cour et des représentants du Pape, du roi d'Ecosse, du duc de Milan et de la Gouvernante des Pays-Bas. Il y eut ensuite de nouveaux feux de joie et de nouvelles distributions de vin. Le Roi donna un grand dîner à Bridewell (2).
Quant au président de Rouen et à J. Joachim, ils ne repartirent pour la France que près de deux semaines après. Ce long délai ne fut pas sans inquiéter les commissaires flamands ; ils en exprimèrent le 16 mars leur surprise à Wolsey; celui-ci répondit « qu'ilz s'en yroient et que le Roy leur feroit ordonner qu'ilz se partissent, davantaige que leur saulf-conduict estoit sur l'expirer et que le Roy n'estoit délibéré leur en bailler autre (3) ». Mais cette assurance n'empêcha point que leur congé ne fût encore retardé de plusieurs jours.
On voit par là que le gouvernement anglais ne se montra pas fort empressé de rompre définitivement les négociations engagées avec la Régente de France. Obtenir des conditions plus avantageuses et surtout ces cessions territoriales auxquelles Madame s'était jusqu'alors si obstinément refusée, tels étaient sans doute le but et l'espoir d'Henri VIII et de son ministre. Ils autorisèrent Briuon et son collègue à attendre une lettre de France afin de connaître l'étendue des concessions auxquelles se résignerait leur maîtresse sous le coup du désastre de Pavie. Ils ne doutaient pas qu'elles ne fussent grandes. Dans la lettre que J. Joachim écrivit quelques semaines plus tard à son hôte Thomas Lark,il est parlé de (( l'espérance née dans les esprits des Anglais à la suite du malheur des Français, qui était, que, privés de leur chef, confondus de leurs pertes, ces derniers devraient consentir à ces grandes et démesurées demandes que les premiers firent alors (4) ». Ces lignes, où le mot alors ne peut faire allusion (ju'à la défaite de Pavie, démontrent à l'évidence que les Anglais firent aux ambassadeurs des ouvertures fort réelles et sur la base desquelles Madame aurait pu dès lors acheter la neutralité de l'Angleterre.
(1) Commis, à Madame, 16 mars, ut sup., f" 172 r et n° 43 ; Hall, p. G93.
(2) kl., Ibld. et C/iron. of Windsor, i, 14 et 15.
(3) Commissaires à Madame, 16 mars', ut sup., f" 172 v° et n" 43.
(4) F. J., vin.