FERMETÉ DE LOUISE DE SAVOIE
Ils avaient compté sans l'énergie et le sens politique de Louise de Savoie. — Le Journal nous manque pour apprendre d'ellemême quelles furent ses impressions lorsqu'elle reçut l'accablante nouvelle de la prise de son fils. Mais on peut aisément les imaginer. François était toute sa vie: elle l'aimait uniquement ; en lui elle cherchait la raison et la fin de tous ses sentiments et de tous ses actes. Arracher son enfant adoré à sa prison, se le rendre à ellemêmCj devint, à dater de ce jour, sa pensée de tous les instants. Pour atteindre un tel but, à quelles extrémités sa tendresse n'étaitelle pas capable de la porter? Qu'étaient les sacrifices les plus douloureux au regard de la liberté de son fils, de son « glorieux César »? D'une mère au désespoir, d'une pauvre femme accablée sous la charge écrasante de gouverner la France vaincue, on pouvait tout se promettre. C'était au moins l'avis d'Henri VIII et de Wolsey ; ils espéraient beaucoup de la faiblesse de la femme, de l'anxiété de la mère. Heureusement pour la France, dans ces habiles calculs, ils avaient oublié un élément, le caractère même de Madame. Élevée à la rude école de l'adversité, la Régente savait regarder le malheur en face ; à lutter sans relâche contre la fortune, elle avait appris à ne s'émouvoir de rien. En cette circonstance, comme durant son triste veuvage, « patience ne l'abandonna pas ». Elle montra qu'à un cœur chaud elle joignait une tête froide. D'un coup d'œil, elle jugea la situation et vit qu'il n'y avait pas lieu d'en venir aux partis désespérés. Le Roi était captif et l'armée détruite, mais le Royaume était intact et ses ressources immenses. Personne n'avait contesté son autorité ; tous, gens des villes et grands seigneurs, s'étaient serrés autour d'elle avec une patriotique abnégation ; elle avait le pays entier dans sa main. Siire de la fidélité des sujets de son fils, elle pouvait envisager sans crainte l'hypothèse d'une invasion ; elle était en état de la repousser victorieusement. Aussi, elle « ne perdit point le cœur » (1) et fut « femme de vertu » (2). Henri VIII et Wolsey l'éprouvèrent à leurs dépens.
La lettre envoyée au lendemain du désastre ne témoigna d'aucun abattement (3). Surtout, la résolution qu'avait formée Madame de
(1) Termes employés par elle-même dans les lettres du 10 septembre 1525, Ca/jticité.., 311.
(2) Expression de Dubellay.
(3) P. J., VII. Le brouillon original qui nous a été conservé ne porte que la date de « Mars v xxiiii » sans indication de jour. Nous trouvons dans les Registres consulaires de Lyon (Arch. Municip. de Lyon, B B 44, f" 16 r") que,
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ne consentir sous aucun prétexte à des abandons de terre s'y affirma une fois de plus. De concessions de ce genre, pas un mot ; la Régente semblait ignorer qu'il en pût être question. Sur les affaires d'argent même, elle n'était guère moins ferme qu'auparavant. Ainsi, en ce qui regardait les « deux pointz » auxquels le Cardinal s'était arrêté « c'est assavoir les cent mille escuz et déprédations )> elle remettait simplement ses ambassadeurs aux instructions qu'elle leur avait envoyées précédemment : (( Pour le présent », disait-elle, « ne vous en escripray autre chose, si n'est que ensuivez en tout et par tout le contenu audit chiffre, eu ce que porte l'accord et consentement desdits deux pointz ». A peine leur permettait-elle d'accorder comme concession suprême le paiement intégral de l'obligation des Généraux : « Et de là et quant ne porriez mieulx faire..., actendu le temps où sommes, combien que la chose soit si déraisonnable que plus ne pourroit estre, ne demeurez à besoigner et y consentez, pourveu que le sort principal nous sera baillé et que la somme sera en la masse des cent mille escuz qui se doyvent païer par an » (1).
Puis, après avoir raconté brièvement la défaite et la prise du roi, la Régente ajoutait : « Je ne scay si icelles nouvelles empescheront l'affaire pour laquelle estes là. Vous me recommanderez bien fort à Monsi' le Cardinal et lui direz de ma part que le zeèle et salutaire affection qu'il avoit à la paix universelle et de mettre entre mon seigneur et filz et son maistre une fraternité et amytié indissoluble ne se doit changer pour la fortune qui nous est advenue, ains par sa vertu et sa magnanimité y doit estre plus déclairé que jamais, affin que chascun congnoisse que la craincte de la prospérité de mon seigneur et filz ne le mouvoit de faire ce qu'il a fait, ains seulement le repos de la Chrestienté et pour éviter les offenses, maulx et inconvénients qui viennent de la guerre, et si le pouvez asseurer, que, là et quant la fortune eust été prospère pour mon seigneur et filz et que les choses feussent parvenues à son désir en la Lombardie et à Naples, cela n'eust meu ne changé l'intenciou qu'ay toujours eue et ay encores au bien universel de la Chrestienté
« le Mardi, dernier jour de Février,... Mons"' de Motitpezat, l'ung des gentilshommes de la maison du Roy, et le vicomte Adrian, secrétaire do Madame la Duchesse d'Alençon, venans en i^oste de l'armée,... vindrent urter à la porte du pont du Rosne environ la mynuict.»; ils apportaient la nouvelle de la défaite du 24 Février, que Madame connut donc îl Saint-Just le matin du 1" Mars. Au dessous de cette mention, le rédacteur du registre a écrit : HecfuU atra dies nigro sculpcnda lapillo. (1) Madame à Brinon et J. Joaclîim, mars, P. J., vu.