WOLSEY LES RÉVÈLE AUX IMPERIAUX
Les confédérés n'ignoraient pas que l'accord anglo-espagnol avait été bien près de se rompre ; peut-être môme, au moment où ils entreprirent de s'unir, croyaient-ils qu'Henri avait déjà conclu sa paix avec la France ; aussi songèrent-ils dès l'abord à faire des ouvertures au gouvernement anglais (1). Ce fut Clément VII qui se chargea de découvrir l'affaire à Clerk; celui-ci en avertit aussitôt Wolsey (2), qui fut aussi instruit des desseins des Italiens par le nonce pontifical à Londres (3).
Le Cardinal ne pensait alors qu'à convaincre les Impériaux de l'opportunité d'une invasion de la France. Il n'eut garde de répondre favorablement. Bien plus, espérant sans doute que la connaissance du danger qui les menaçait en Italie les rendrait plus traitables, il révéla le 8 avril aux commissaires flamands le projet
coa questa Signera itisieme col Duca di Ferrara » [Lett. Princ, i, 153 r"). — Les Vénitiens voulaient qu'on levât un grand nombre d'Italiens et qu'on fît descendre en Italie dix mille Suisses; c'était le Nonce du Pape auprès des cantons qui devait recruter ces derniers. Cf. Clerk à Wolsey, 28 février, ut sup. et GuicciARDiNi, 302.
(1) « A di 6 in Consiglio di Pregadi elessero Ambasciator in Inghilterra con pena di ducati 500, sel rifiutava, M. Lorenzo Bragadino et da Roma se aspettava il Datario ; si che le prattiche andavano sécrète attorno ; ma pur si conjietturava che'l Papa, Vinitiani et il Duca d'e Ferrara cou questi altri sigiiori d'Italia temessero molto délia potenza de' Spagnuoli et volessero l)en' intcndersi insieme et volessero abbraciar il Re d'inghilterra, il quale, corne geloso che'l Imperatore non si facesse Sigiiore del Mondo, havesse ad ostar... » (Avertissement de Venise, Lett. Princ., t. i, 154 r° et v°). — De son côté, l'évêque de Bayeux, qui représentait la France à Venise, mais qui était alors à Rome, écrivit à Robertet pour l'engager à presser l'accord avec l'Angleterre. « A me pare, che la miglior via per conservare il Regno et per ricuperare il Re sia di tare ogni partito al Re d'inghilterra...; et siati sicuro, che in tal caso tutte le forze che restano in Italia si voltarebbouo contra il detto Imperatore .) (8 mars, Lett. Princ, i, 158 V). |
(2) Clerk à Wolsey, 19 mars, Ellis, 2tl ser., i, 307. — Comme Clerk » dissuada vivement le Pape de s'engager dans cette aventure, Clément \'II s'empressa de répondre qu'il en voyait tous les inconvénients et qu'il se garderait d'en rien faire ; toutefois, il pria l'ambassadeur d écrire à Wolsey
pour que celui-ci pût connaître sa bonne volonté et les offres qu'il avait rejetées pour rester attaché au roi d'Angleterre (IbicL, pp. 309 et 310).— Clerk avait d'ailleurs un autre motif pour en aviser le Cardinal et il ne manque pas de le faire valoir à celui-ci, c'est que si l'Empereur voulait profiter de sa bonne fortune pour se dégager des promesses faites au roi d'Angleterre, Wolsey connaîtrait l'état des esprits en Italie et les résolutions auxquelles on pourrait aisément amener le Pape (Ibitl., p. 310).
(3) Wolsey à Tunstall et Wingfield, 7 avril, Rec. Of. Brkwer, iv, 1249. — Il paraît que le Pape avait d'abord dépêché en poste H. Ghinucci, évêque de Worcester et autliteur de la Chambre apostolique en Angleterre, pour
LES ANGLAIS CHANGKNT 1) ' A TTIT II D K 111
confié à Clerk(l); une semaine plus tard, comme le présidcmt Laurens refusait obstinément de consentir à ses demandes, il lui déclara qu'il le priait d'y prêter attention, car son maître pouvait en ce moment môme conclure une ligue avec le Pape, les Suisses, les princes italiens et les Français ; il ajouta même que, pourvu que le roi d'Angleterre voulut accorder la main de sa fille au Dauphin, les Français n'hésiteraient point à couronner ce prince roi de France et à laisser François P'' finir ses jours en captivité (2). Lorsqu 'Henri VIII et Wolsey eurent perdu tout espoir du côté des Impériaux, ils se souvinrent de cette ligue des princes italiens, dont le dessein semblait avoir été abandonné depuis leur refus (3) : ils s'efforcèrent alors de reconstituer cette union contre Charles- Quint; dans ce but, ils envoyèrent en Italie le cavalier Grégoire Casai, qui quitta l'Angleterre dans les derniers jours de mai (4).
Vers le même temps, ils firent connaître à la Régente de France qu'ils étaient disposés à renouer des négociations avec elle,
avertir Henri et Wolsey que la ligue d'Italie était prête à se conclure ei les prier d'y entrer (cf. dans Balan deux brefs du 3 mars à Wolsey et à Henri VIII accréditant Ghinucci et Casai, n"" G8 et 69) ; mais, ayant ensuite, sur les conseils de rarchevéciue de Capoue et peut-être aussi de Clerk, résolu de s'accorder avec les généraux impériaux, il rappela précipitamment Ghinucci, qui était déjà à Bologne ; il se contenta d'envoyer ses lustructions à son nonce à Londres par le cavalier G. Casai c^ui y retournait et de leur ■ faire écrire par le dutaire Giberti de s'efforcer « per via di consiglio et per far bene et senza dispiacere ne a Sua 'Maestà ne alla Maestà Cesarea... di ridurgli alla via pin piacevole et sicura di clemenza et d'accordo » (Giberti aux nonces en Angleterre, 16 mars, Lctt. Princ, i, 156 v" k 157 V). — Clerk à Wolsey, lU mars, ut supra, pp. 312 et 313. — Guicciaudini, ut su/t., .303, 304.
(1) Commissaires à Madame, 8 avril, B. M. Add. ms. 28574, i°<' 2U4-:305 et Gayangos, ni, 73.
(2) Commissaires à Madame, 20 avril, B. M. Add. ms. 28574, f». 208 et Gayangos, m, 79. — En outre, les ambassadeurs anglais prêts à se rendre en Espagne reçurent l'ordre de tout découvrir k Charles V. Cf. Wolsey à Tunstall et Wingfield, 7 avril. Rec. Of. Buiîweh, iv, 1249.
(3) Le Pape avait conclu le 1" avril un traité d'alliance et de confédération avec les généraux Impériaux, dans lequel une place était laissée aux 'Vénitiens et qui stipulait le paiement de grosses sommes d'argent pour la solde de l'armée espagnole. Cf. GuicciARniNi, ut sup., 304-306.
(4) Dans sa lettre à Wolsey, datée du 10 juin, Sforce remercie le Cardinal des lettres qu'il lui a écrites par G. Casai à la date du 20 mai. Rec. Of. BiiiiwiiK, IV, 1403.