‹ La politique extérieure de Louise de SavoieChapitre 57 sur 225 · OUVERTURES FAITES A LA REGENTE · texte numérisé non relu

OUVERTURES FAITES A LA REGENTE

Cette dernière communication n'était qu'une réponse à une ouverture qui venait de leur être adressée de France; en effet, à une date que nous ne saurions déterminer exactement, mais sans doute pendant la première quinzaine de mai, Jean Joachim avait écrit au confesseur de Wolsey, Thomas Lark, dont il avait été l'hôte à Londres et qui jouissait de toute la confiance du Cardinal. Bien (|ue la lettre de ce diplomate nous soit parvenue dans un état de mutilation regrettable, il est cependant facile de démêler qu'il y demandait instamment à Lark d'engager son maître à s'entremettre pour la paix. Il affirmait que la défaite de Pavie n'avait pas, ainsi qu'on paraissait le croire à Londres à son départ, réduit le royaume à un tel état de faiblesse qu'il ne fut plus capable de résister à ses ennemis; il énumérait avec complaisance les ressources dont la Régente disposait : les troupes qui étaient revenues d'Italie avec Alençon et Albany, les Suisses qui étaient prêts à fournir autant d'hommes qu'en demanderait Madame, le ban et l'arrièreban qui devaient un service de quarante jours, enfin des sujets obéissants et des finances en bon état ; il protestait que son désir de voir le Cardinal reconnu dans toute la chrétienté comme le promoteur de la paix, l'avait engagé à s'adresser à Lark et à le prier instamment de faire part de tous ces renseignements à Sa Seigneurie Révérendissime, car, ajoutait-il, puisqu'il était assuré que la prise du Roi n'avait point anéanti la puissance de la France, « il était plus que temps que le Cardinal prît de nouveau en main le gouvernail des négociations qu'il avait déjà tenu auparavant et qu'il conduisît la Chrétienté au port de la sainte paix )) (1).

Cette lettre décida le gouvernement anglais à reprendre les pourparlers avec la France. Un serviteur de N. Bonvisi fut chargé d'instruire Madame de ces dispositions favorables (2) ; il dut en même temps lui faire part des plans des Anglais pour la formation d'une ligue italienne et la prier de s'y associer et de promettre ses secours aux confédérés. Par là s'expliquent les offres que cette

(1) P. J.. Vlll.

(2) Cf. le Sauch il Madame, 23 juin, B. M. Add. ms. 28574, f" 226 v et Gay., III, 120. — Hall dit que les Français « sent a messeuger to the kyng of Englande for an ambassadeur to be sent into Englande,... whiche to the raessenger was graunted and delivered; tlien came over... John Jokyn » (p. 704).

Voici, en revanche, hi version du Bourgeots de Pans : « En ce temps là, le roy d'Angleterre manda à Madame la Régente qu'elle lui envoya un Génevoys nommé..., qui est l'un de ses maistres d'hostel, et qu'il vouloit parler à luy pour faire quelque appointement » (p. 247).

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princesse fit peu après aux Italiens par l'intermédiaire de l'évêque de Bayeux et de Lorenzo Toscane (1).

Nous possédons une Commission de Madame Louise datée du y juin et accordée à J. Brinon et à J. Joachim (2). Le départ du président de Rouen pour l'Angleterre était donc décidé à cette date, mais Jean Joachim y précéda son collègue; il quitta seul Lyon dans les premiers jours de juin (3) et parvint à Londres le 22 du même mois (4).

Le moment était favorable : les Impériaux avaient achevé de s'aliéner Henri VIII par leurs exigences imprudentes. Quinze jours auparavant, le 7 juin, les Commissaires flamands, accompagnés du Commandeur Peûalosa, qui venait d'arriver d'Espagne, s'étaient présentés devant ce prince et lui avaient adressé, au nom de l'Empereur, les propositions suivantes : Charles V priait son allié d'envoyer sans retard en Espagne la princesse Marie, sa future femme, et de lui remettre les 400.000 ducats de sa dot, augmentés d'un subside de 200.000 écus pour l'entretien de l'armée d'Italie ; si Henri hésitait à se séparer de sa fille avant Fexpiration des délais convenus à Windsor, il lui était demandé de faire l'avance de la dot et de fournir les 200.000 ducats ; s'il s'y refusait, c'était à titre de prêt qu^on lui réclamait ces 600.000 ducats, ou du moins, si cette somme lui semblait excessive, 400.000 ducats. En revanche, l'Empereur offrait de s'engager à envahir la France par les Pyrénées, à la tête d'une puissante armée, tandis que ses troupes d'Italie y entreraient par les Alpes ; de plus, et afin que le royaume de France se trouvât assailli de toutes parts, il requérait son futur beau-père de passer lui-même le détroit avec une armée anglaise, que viendraient renforcer les contingents flamands (5).

Ainsi, Charles-Quint ne se déclarait prêt à poursuivre la guerre que si Henri VIII consentait à de nouveaux sacrifices pécuniaires. On comprend que présentées, comme elles le furent, quelques jours

(1) Voy. au chap. vu ci-dessous.

(2) Rymer, XIV, 37. — Dans cette commissiou, J. Joachim est qualifié de seigneur de Vaulx, nom qu'il porta dès lors officiellement. Nous ignorons ;\ quelle époque et de quelle manière il acquit cette terre de Vaulx ; nous ne savons pas davantage où elle était située.

(3) Madame à Wolsey, 7 juin, B. M. ms. Cott. Add. part of Calig. E m, i" 1 et Brewer, IV, 1.389. — D'après une lettre reçue :\ Crème et datée de Lyon, 8 juin, J. Joacliim avait alors quitté cette dernière ville (Buown, m, 1032).

(4) Le Sauch à Madame Marguerite. 23juin, ut stip., t" 265 r" et n° 119.

(5) Demandes de Peûalosa à Henri VI,II, State Papers, vi, 444. — Commissaires à Charles V, 11 juin, Gay., m, 111.

Jacqueton, Louiî^c de Sacoic. S

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