NÉGOCIATIONS DE J. JOACHIM (22-28 JUIN
après l'échec qu'avaient rencontré les dernières tentatives fiscales du gouvernement anglais, de semblables demandes aient disposé le roi d'Angleterre à considérer avec moins de regrets l'éventualité d'un accord avec la Régente de France.
Une autre circonstance ne contribua pas moins à assurer le succès des négociations de Jean Joacliim: ce fut le transfert de François 1er d'Italie en Espagne (1). Ce transfert faisait de Charles- Quint le maître unique et incontesté de son prisonnier; il n'avait désormais à compter avec personne et il pouvait traiter avec lui aux conditions qu'il lui plairait ; le danger qu'il y avait pour Henri VIII à voir son allié s'accorder séparément avec la France se trouvait donc sensiblement aggravé, et il est vraisemblable qu'un événement de cette importance ne le laissa point indiffé rent (2). .
Il n'existe aucun document qui fasse connaître la suite des pourparlers de Jean Joachim avec le Cardinal; tout ce que nous en savons se borne à quelques rares mentions trouvées dans les lettres du secrétaire flamand Jean le Sauch, ou de l'ambassadeur vénitien L. Orio; ces maigres renseignements ne jettent aucune lumière sur la négociation elle-même et sur ses péripéties intimes; ils nous en apprennent seulement les incidents extérieurs et que tout le monde à Londres pouvait remarquer. C'est ainsi que nous savons que Jean Joachim eut une audience de Wolsey aussitôt après son arrivée(3), etque le surlendemain 24 juin, il fut conduit à Greenwich,
(l) François I" avait quitté Pizzighettone le 18 mai pour se rendre à Gènes et de là à Porto-Fino, d'où il avait mis h la voile le 10 juin pour l'Espagne : ce fut sans doute J. Joachim qui porta la nouvelle en Angleterre, car on avait été tenu au courant de toute l'affaire en France. Cf. Mignet, t. ii, pp. 98 à 101.
, (2) Dans ses instructions du 30 mars à Tunslall et Wingfleld, Henri VIII recommande à ses ambassadeurs de travailler à découvrir si l'Empereur voulait garder François I" eu Italie ou le transférer en Espagne et de régler leur conduite en conséquence {State Papers, vi, 414-415.) — Effectivement, les représentants anglais demandèrent à deu.x reprises aux Impériaux, le 27 et le 31 mai, quelle était l'intention de Charles-Quint à cet égard (Tunstall, Wiugfield et Sampson à Henri VIII, 2 juin, B. M. ms. Cotton. Vesp. C m, i" 158 et Breweh, iv, 1378). — Bourbon ne s'y était pas trompé, et il écrivait à Charles-Quint : « Monseigneur, j'ai grand peur que ceste soudaine allée vous pourra faire perdre le pape et Vénitiens et aultres potentats d'Italie; du roy d'Angleterre, il y est en danger. » Bourbon à Charles-Quint, 10 juin, Captioité, 217.
(3) « Prestement qu'il (Jean Joachim) fut arrivé, je désiray veoir se ledit Brian Tuck ne m'en diroit riens, par quoy je prins mou congié de luy, et, comme je devoye sortir de sa maison, je retournay disant : « Monsieur, vous
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(( OÙ il fut avecq le Roy et Mons'' le Légat plus de trois heures d'un tenant » (1).
J. le Sauch vit le Cardinal quatre jours après. Celui-ci ne lui cacha pas ses intentions. Qu'on en juge plutôt; voici la lettre de le Sauch : « Luy deiz : « Monsieur, je puis bien escripreque Jehan Joakin est revenu. » A quoy il me respondit : « Nous l'escripvrons à l'Empereur. » Et je lui deiz : « Monsieur, je n'entends point escripre à l'Empereur pour le présent, car je ne sauroye par qui, mais si je savoye aulcun y allant, sceur je luy escripvroye pour mon devoir, combien que je n'aye riens entendu de sa charge ; mais je l'en laisseroye pencer son bon plaisir. J'en advertiray Madame. » Alors il me dit : (( Bien escripvez qu'il est venu et qu'il vient seullement pour avoir ung saulf conduyt pour le chancellier d'Allençon, lequel la Régente envoyé icy par l'advis du Pape pour mettre en avant quelconques choses pour bien de paix, attendu qu'elle avoit envoyé une ambassade devers l'Empereur, aussi s'il se traictoit devers luy quelque chose pour parler des affaires qui nous touchent. » En après, lui demanday si ledit chancellier doit venir, à quoy il me respondit que oïl et que le saulf conduyt estoit despesché et porra estre icy dedans huit ou dix jours (2). »
Sur ce dernier point, le ministre anglais ne trompait point le Sauch : la première des lettres de J. Joachim qui nous aient été conservées nous apprend qu'au 23 juin un sauf-conduit au nom de J. Brinon avait déjà été envoyé au gouverneur de Boulogne ; elle
ne me dictes rieus que apporte de bon le S' Jehan Joakin. » A quoy il me responcUst : « Certes il ne m'en est souvenu, mais je vous dirai volluntiers ce que j'en scey. Il parla hier à Mons"' le Légat; et comme j'ay entendu, •aprez qu'il eull tout dit ce qu'il volloit, mondit S'' le Légat lui demanda : « N'avez-vous aultre charge ? » Sur quoy ledit Joakin lui respondit que non. Lors, mondit S'" le Légat luy dit : « Vous poez bien retourner demain aussi tost que vous estes venu et, dès maintenant, je vous donne le congié et diz l'adieu. » Qui est ce que ledit Brian Tuck dit avoir entendu; mais il dit aussi que i\ la ioiz ceux qui vont en commission ne déclarent pas du premier coup ny au premier jour tout ce qu'ilz ont de charge. Par quoy il ne scet s'il se partira ainsi ou non. Je mettray payne d'en savoir le plus avant que je porroy pour vous en avertir, mais ce sont estranges termes, car il n'est venu sans saulf conduyt, et,comme j'entendz,il lui a esté envoyé il y a plus de XV jours. »Le Sauch à Madame, 23 juin, B. M. Add. ms. 28574, t" 265 r" et v, et Gay., ni, 119.
(1) Le Sauch à Madame, 30 juin, ut suji., t" 270 r» et n" 122.
(2) Le Sauch à Madame, 30 juin, ut sup., f 271 r" et n" 122. — Effectivement, lorsqu'Henri VIII et Wolsey écrivirent le 3 juillet aux ambassadeurs anglais en Espagne, ils leur ordonnèrent d'instruire Charles V de la venue de J. Joachim. Cf .Tunstallet Sampsonà Henri VIII, Il août, State papers, \'i,i51 .