J., XXI
(1) Cette dépêche, datée du 16 août, arriva à Londres avant le 28, car nous trouvons à cette date la lettre adressée de Moore au Chancelier Duprat en réponse à ses observations transmises par le même courrier qui avait apporté la lettre de Madame. Elle a été imprimée dans le Cabinet IdMoriquo, II, 144, d'après l'original des Archives Nationales coté J 965, 4, 11 ; il y a aussi au Musée Britannique (ms. Cott. Add. part of Calig. E i, ii and m, f" (224) 65) une copie du xvi» siècle d'une partie de cette lettre ; cette copie, fort mutilée, diffère en quelques points de l'original.
Jacqueton, Louise de Savoie. 9
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cette forme et qu'elle consisterait dans l'inseription au repli de chacun des traités des mots lecta, publicata, registrata (]).
4° Au sujet de la clause de l'interdit encouru au cas du nonpaiement des deux millions, Duprat affirmait que, sauf à la paix de Dijon, on n'en avait jamais inséré de semblable en aucun traité antérieur. Les ambassadeurs se justifièrent en lui envoyant la copie du pouvoir accordé au dernier traité aux commissaires français où se trouvait cette clause ; ils ajoutèrent qu'ils avaient fait tous leurs efforts pour l'éviter, et que, n'y pouvant parvenir, ils avaient du moins pris le soin de faire supprimer la réserve de la confirmation et soumission apostolique, cequi rendait l'interdit nul.
50 La nécessité de soumettre les traités à l'approbation des États de Normandie et de Languedoc ne plaisait pas au Chancelier ; il craignait, que les États des autres provinces ne s'en montrassent jaloux. Mais Brinon et Joachim protestèrent qu'il ne leur avait point été possible de refuser cette concession ; à grand'peine avaient-ils obtenu qu'il fût seulement question des États particuliers de ces deux provinces, car on exigeait d'abord la réunion des États généraux.
60 Enfin, en réponse aux objections qu'il faisait à la convention relative au duc d'Albany, Duprat fut informé que le Cardinal et l'évêque d'Ely avaient affirmé par serment aux ambassadeurs que cette convention n'était que la reproduction de celle qu'avait consentie à Ardres le roi François 1er (o).
On le voit, les critiques de Duprat, ainsi relevées et réfutées, ne semblaient pas au président de Rouen et à son collègue de nature à empêcher la conclusion de l'accord. Leur portée, en effet, était singulièrement diminuée par les déclarations contenues dans la lettre de Madame. Celle-ci s'avouait en somme fort satisfaite des résultats obtenus par ses envoyés. Il est vrai qu'il lui semblait pénible d'être obligée de céder sur l'obligation des Généraux. (( Toutefois », ajoutait-elle aussitôt, « puisqu'elle est accordée, il n'en fault plus parler. » (( Après avoir le tout veu », disait-elle ailleurs, « il m'a semblé, considéré le temps tel qu'il est, que vous avez très bien faict d'avoir conclud et dressé les choses le mieulx que vous avez peu. )) Quant aux observations du Chancelier, elle en faisait assez bon marché. (( S'il y a moyen de gaigner et rabiller les difficultez dont il vous escript, vous le ferez », écrivait-elle ; ?
(( sinon vous passerez oultre et y mettrez fin. )) Ce qu'elle désirait
(1) On verra ci-dessous (chap. vi) qu'il y fallut ajouter approbata, terme inusité qui souleva des réclamations.
[2] Brinon et J. Joachim îi Duprat, 28 août. P. J., xix.
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surtout, c'était une prompte conclusion. « Reste de les parfaire (les choses de la paix) et en tout mettre finalle conclusion, car oultre ladicte conclusion de paix^ la publication d'icelle est très nécessaire, comme je suis seure que vous l'entendez assez, et, pour ce, je vous prie que vous y aiez regart et y tenez main, en sorte que le tout se parface le plus tost que faire se pourra (1). » — A ces instances, Robertet joignait les siennes dans une dépêche de même date. « Vostre plaisir sera tant faire », mandait-il à Brinou, « quela publication soit faicte le plus tost que faire se pourra, car elle est nécessaire ; ce fait beaucoup aux affaires du Roy, comme je suis seur que vous le savez assez (2). » — En conséquence. Madame envoya avec sa lettre un pouvoir pour passer l'obligation des deux millions rigoureusement conforme à la minute que Brinon lui en avait adressée. Ajoutons que cette rédaction ne lui agréait pas complètement et qu'elle expédiait en même temps une seconde commission un peu différente avec l'ordre de ne rien négliger pour que Wolsey s'en contentât ; mais elle n'y voyait pas une difficulté sérieuse. (( Si vous le povez faire passer et vous en ayder en ceste sorte, vous le ferez; sinon, vous vous ayderez de l'autre où il n'y a nulle mutacion ni discrépance de ladicte minute (3). » En quoi consistait le léger changement dont parle Madame? Nous l'ignorons, car nous ne connaissons que l'un de ces deux pouvoirs, daté du 16 aoiit et imprimé deux fois dans Rymer (4). Ce pouvoir est le « réformé » ; la lettre au Chancelier du 28 août nous apprend que les ambassadeurs avaient réussi k le faire passer et avaient retenu « l'autre formel » en leur possession (5).
Enfin, Madame recommandait au président do Rouen et au seigneur de Vaulx d'assurer Henri VIII et Wolsey des bonnes dispositions de son fils. Elle leur écrivait : « Je vous envoyé des lettres que le Roy escript au roy d'Angleterre et à Monsieur le cardinal d'Yorc, lesquelles vous leur baillerez et leur direz et assurerez que cy après ledit seigneur envoyera celle dont vous avez icy envoyé la forme, car, en cela et toutes autres choses, je désire satisfaire à tout ce qui sera requis et necessère pour l'exécution et perfection de ce traité sans riens y laisser (6). »
C'était là une autorisation formelle de conclure sur les bases
(1) Madame aux ambassadeurs, 16 août, Cabinet historique, n, 144.
(2) Robertet à Brinon, 16 août, P. J.. xv.
(3) Cab. hist., ut sup.
(4) R\MER, XIV, 45 et 58.
(5) P. J., XIX, ut sup.
(6) Cab. hist., ut sup.
132 CONCLUSION DES TRAITÉS (29-30 AOUt)
arrêtées dans les conférences de la fin de juillet. Les négociateurs français ne s'y trompèrent point : ils retournèrent aussitôt à Moore auprès du Roi et du Cardinal ll),et voyant qu'ils n'arracheraient pas aisément les concessions réclamées par le Chancelier, ils ne s'y arrêtèrent pas et se déclarèrent prêts à signer l'accord (2).
Dès lors, tout était fini : on se hâta de mettre en forme les diverses conventions et, le mardi 29 août, il y eut une dernière conférence oîi on les relut toutes et où on les reçut « de mot à mot ». Enfin, le lendemain, mercredi 30 août, on se réunit de nouveau pour échanger solennellement les signatures elles pouvoirs. — Il paraît qu'à la signature du traité de paix et de confédération, le pouvoir des commissaires anglais se trouva plus ample que celui des plénipotentiaires français ; on ne laissa pas cependant de passer outre, mais, lisons-nous dans la lettre du 3 septembre, (( le Cardinal nous pria, et soubz vostre bon plaisir fust ainsi accordé, que nous ferions réformer le nostre de semblable date et le rendrions conforme et de semblable autorité et amplitude que le sien, adjoustée une clause de povoir requérir et recepvoir le serment et la ratification du roy d'Angleterre (3). » Effectivement, ce pouvoir, qui se trouve dans Rymer à la suite du traité, est daté du 9 juin et contient la clause ci-dessus. Celui des Anglais porte la date du 28 août (4). — Cette légère difficulté ayant été ainsi écartée et toutes les formalités usitées en pareil cas accomplies^ l'accord franco-anglais connu sous le nom de paix de Moore se trouva conclu (5).
Au moment où la négociation allait s'achever, le 29 et peut-être môme le 30, le président de Rouen et son collègue avaient été assez heureux et assez habiles pour arracher au Cardinal une concession de la plus haute importance, nous voulons parler de la publication immédiate de la paix. Aux termes du projet du 11 août, les traités ne devaient être publiés qu'à la suite de l'échange des ratifications, c'est-à-dire trois mois au moins après leur conclusion. D'autre part. Madame avait enjoint à ses envoyés de réclamer instamment que l'accord fût rendu public dans le plus bref délai ; et, en effet, si la
(1) Après les conférences du 11 et du 14, les ambassadeurs étaient revenus à Londres et leur lettre du 18 est datée de cette ville ; en revanche, celle du 28 l'est de Haretly près Moore.
(2) Cf. lettre du 28 août, P. J., xix. — Les deux lettres que les ambassadeurs écrivirent à cette date à Madame ayant été perdues, nous manquons de détails sur les pourparlers qui eurent alors lieu à Moore.
(3) P. J., xxii.
(4) Rymer, xiv, 56.