INDEMNITE DE WOLSEY
maître était d'abord tombé d'accord avec Bonnivet et c'était seule-" ment lorsqu'on avait signé l'acte à Dijon que ce dernier l'avait fait réduire à 55.000 livres. Jean Joachim, qui craignait qu'un refus de sa part n'entrainât un retard dans la publication de la paix en Angleterre, consentit à transiger. On s'arrêta au chiffre de 58.000 livres (1).
Plusieurs pièces d'une date postérieure nous apprennent que la duchesse eût préféré administrer directement son douaire à l'aide d'agents nommés par elle et qu'elle en fit solliciter le gouvernement français ; nous ne savons pas si elle obtint gain de cause (2).
• Les deux pensions de Wolsey avaient cessé d'être payées, en même temps que les annuités dues à Henri VIII, à partir du terme de novembre 1521 . En comptant le prochain terme de novembre 1525, il était donc dû au Cardinal quatre ans et demi, soit 54.000 livres ou 30.857 écus pour l'indemnité de Tournay et 12.600 livres ou 7.200 écus pour la pension ordinaire. Sur ce dernier point les ambassadeurs lui représentèrent qu'il n'était pas d'usage en France d'acquitter les termes non payés de 23ensions de cette sorte, qui n'étaient pas des dettes, mais de simples libéralités du Roi. Wolsey se rendit à ces raisons et par là le Trésor français ne lui resta redevable que des 30.857 écus de Tournay (3). Au reste, lorsqu'il consentit ainsi un sacrifice de quelques milliers de livres, le ministre anglais était assuré d'en recevoir un ample dédommagement. En eft'et, nous lisons dans une lettre des ambassadeurs à Madame, qu'ils ont (( semblablement accordé avec mondict seigneur le Cardinal pour son faict, tant pour les 100.000 couronnes que pour les arréraiges de la récompense de Tournay, le tout montant 130.000 couronnes (4) )). Voilà une somme de 100.000
(1) J. Joachim à Robertet, 3 septembre 1525, P. J., xxiv. Ce n'est pas cette lettre qui nous apprend la quotité de la ferme acceptée par J. Joachim. C'est une dépêche de L. Orio, du 22 octobre (Brown, m, 1141), où nous lisons que cet ambassadeur avait traité au prix de 29.000 ducats par au; le ducat étant l'équivalent de l'écu d'or, nous l'avons évalué à 40 sous tournois,
(2) Cf. Instructions de Taylor et de Fitzwilliam, B. M. ms. Coït. Calig. D ix, f (88) 96 et Brewer iv, 1705. — Cf. aussi les lettres de J. Joachim des 30 décembre, 30 janvier, 17 avril et 17 mai (P. J., xlviii, liv, lxi, lxiii).
(3) Brinon et J. Joachim à Madame, 3 septembre 1525, P. J., xxii.
(4) Ut sup., P. J., XXII.
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écus qui n'a son explication dans aucune convention antérieure à la guerre et dans laquelle on ne peut voir qu'un don de la Régente H Wolsey, un véritable courtage payé à ce ministre en reconnaissance de ses bons offices durant la négociation de l'accord. Les termes dont se servent Brinon et Vaulx pour désigner ces 100.000 écus sont significatifs; Brinon écrit à Robertet ([u'il lui envoie u Testât du don de monseigneur le Cardinal (1) ». et J. Joachim, après avoir dit qu'on lui doit 30.857 couronnes pour les arriérés de l'évêché de Tournay, ajoute qu'on lui doit (( cent mille autres couronnes à cause de la promesse de Madame (2) ». Cette grosse somme de 100.000 écus était donc un cadeau que la mère de François I«^'' avait promis à Wolsey s'il réussissait à rétablir la paix entre les deux royaumes. A quelle époque remontait cette promesse? 11 est impossible de le déterminer rigoureusement. Nous savons qu'à son second voyage en Angleterre le président de Rouen était porteur de certaines lettres secrètes de Madame au Cardinal et qu'il les remit à part à ce dernier le 27 ou le 28 juillet; la même lettre qui nous instruit de ce fait nous apprend que Wolsey chargea les nmbassadeurs de remercier leur maîtresse de ses secondes lettres, mais, ajoutait-il, « il ne vouloit m(^sler ses choses avec celles du Roy son maistre, ne parler de affaire tiui le touchast qu'il ne eusl parfaict Taffaire de sondict maistre (3) )). Il ressort de là qu'il s'agissait dans ces secondes lettres d'affaires personnelles au ministre anglais ; nous ne croyons pas trop nous avancer en pensant qu'il y était question des 100.000 écus. D'ailleurs, ce n'est pas là une preuve qu'il n'en ait point été parlé auparavant; il est fort possible que, lors des premières démarches qu'elle tenta en 1524 et dans les premiers mois de 1525 auprès du gouvernement anglais, Madame ait recouru à des moyens de cette sorte pour se concilier la bienveillance du tout puissant ministre. Ce présent de Madame, joint aux arriérés de Tournay, portait à
lll Biiiioii à Robertet, 3 septembre 1525, P. J.. xxiii.
(2| «. Centomillia simille corone per la promessa di Madaiiia )> (J. Joachim à Robertet, 3 septembre 1525. P. J.,xxivl. — Dans la reconnaissance accordée par Madame à Wolsey (Rymer, xi\ , 100), les motifs de ce don de 100.000 écus sont ainsi donnés : plus cUcto Reccrendissitno Domino Cairlinall Lcf/ato cjc aliis magnis et ratlonabi.li bus causis, qaibus de nobis et Chrititiatiissuno Rege Domino etjllio nostro ejusque regno benc et cg régie m,eritus est, debetur summa coronarum aari centuin millium.
(3) J. Joachim et Brinon à Madame, 29- juillet 1525, P. J., xii. — Cf. aussi J. Joachim au Grand Maître Montmorency, 5 mars 1530, B. N. ms. fr. 3014, f° 78.
J.^cQUETON, Louise de Sacoie. 10