AMBASSADE ANGLAISE EN FRANCE
En revanche, Madame n'attendit point pour confirmer l'accord de Moore l'expiration du délai de deux mois auquel elle avait droit. Le 25 septembre, elle ratifia par lettres patentes les cinq traités de la paix, de l'obligation des deux millions, du douaire de la reine Marie, de la compréhension des Écossais et du duc d'Albany. Le même jour, elle souscrivit les deux obligations exigées d'elle : par l'une, elle promettait que son fils ratifierait authentiquement les traités dans les trois mois, ou, si sa captivité s'y opposait, qu'il les approuverait par lettres de sa main dans le même délai ; par l'autre, elle- s'engageait à ce que non seulement le Roi ratifierait le traité spécial de l'obligation des deux millions, mais encore en fournirait de nouvelles lettres obligatoires signées de sa main et scellées de son sceau (1).
Quant aux formalités à remplir devant le juge ecclésiastique ei au serment solennel d'observer les traités, qui devaient avoir lieu dans le même délai de deux mois, la présence des commissaires anglais y était nécessaire. — Ceux-ci avaient été désignés aussitôt après la conclusion de l'accord : c'étaient notre ancienne connaissance sir W. Fitzwilliam, capitaine de Guines et trésorier de la maison du roi, et le docteur Taylor (2).
Ils avaient pour mission de recevoir les serments de la Régente. — En outre, ils étaient chargés de lui dire que, même au cours de la guerre qu'il avait soutenue contre lui, Henri VIII avait toujours gardé de l'amitié pour François I" et que, lorsque ce dernier avait
Luc d'Ansalde et le receveur d'Avranches. Cf. P. J., xlviii. — Ce neveu de J. Joachim. Luc d'Ansalde, est qualifié dans les Comptes de son oncle de commis sous J. Joachim à faire les paiements d'Angleterre (ms. fr. 12.158. fos 70 v"-71 r"). — L'état du second paiement occupe les f"^ 8 r" à 10 r" du ms. fr. 12.158 ; le mandement de Madame qui l'autorise est du 26 octobre ; il comprend, outre les sommes payées au Roi, à la reine Marie et à Wolsey, un présent de 400 écus au soleil alloué « à messire Willaume Fitzwilliam. trésorier de la maison dudit roy d'Angleterre, tant par manière de pension que en don pour recongnoissauce des services qu'il a faiz à la conclusion de ladicte paix » (f 9 v). — Quant aux quittances, celle d'Henri VIll (25 octobre) est au f" .S2 v°. celle de Marie et Sufîolk d" novembre) au f° 34 r\ celle de Wolsey (1"' novembre! au f» 35 r°. et celle de Filzwilllam (noveml)re) au f- 35 v°.
(1) Ces sept actes sont imprimés dans Rymkr, xiv, 77-88.
{2) Brinon et J. Joachiiai à Madame. 3 septembre, P. J.. xxu.
AMBASSADE A N G L A 1 S K KN F K A N' ( H 153
été fait prisonnier, loin d'en profiter pour mettre en avant des prétentions excessives, il avait au contraire modéré ses exigences afin de lui procurer plus promptement la paix et la liberté; c'était aussi dans le même but qu'il avait donné à ses ambassadeurs à Rome et en Espagne Tordre de s'(mii ployer à assurer sa délivrance à des conditions honorables.
Leurs instructions portaient encore qu'ils devaient s'efforcer de découvrir où en étaient les négociations entamées avec Charles - Quint pour l'élargissement du roi de France. A ce propos, il leur faudrait recommander instamment à Madame de ne pas se montrer trop impatiente d'obtenir cette délivrance, car il était probable qu'avec l'aide du roi d'Angleterre, il lui serait possible d'y parvenir sans qu'il eu coûtât rien à son honneur ni à ses intérêts. Surtout, ils s'attacheraient à combattre tout projet d'alliance matrimoniale entre François !«»■ et Charles-Quint : ils remontreraient à la Régente que le mariage de son fils avec la reine de Portugal augmenterait la puissance de l'Empereur, découragerait les amis de la France en Italie et préjudicierait à son ascendant sur le Roi.
Enfin, pour sa part, le Cardinal leur enjoignait de déclarer à Madame qu'il était fermement résolu à prendre peine d'entretenir la bonne entente entre les deux couronnes et en même temps de l;i remercier pour la promesse qu'elle lui avait faite de hii laisser connaître toutes ses affaires (1).
Fitzwilliam et Taylor quittèrent Calais à la fin d'octobre (2) el se rendirent à Paris où ils firent un séjour d'environ une semaine; ils y furent logés « es hostelleries de la rue de la Calende » et entretenus avec leur suite, qui comptait plus de vingt chevaux, (( aux dépens du Roy » (3). Ils en partirent le 6 ou le 7 novembre et gagnèrent Lyon à petites journées, empêchés qu'ils étaient par
11) Instructions de Fitzwilliam et Taylois B. M. nis. CoU. Caiig. D ix. f' (88) 96 et Brewer, iv, 1705. — Les envoyés anglais devaient aussi s'occuper du douaire de la reine Marie et demander à Madame qu'elle lui en laissât la disposition exclusive et qu'elle n'y nommât pas de surintendani, car Marie avait l'intention de le faire gérer par ses propres ti'ésoriers et fermiers : pour obtenir cette concession, ils avaient ordre de dire que le Roi et Wolsey en éprouveraient une satisfaction particulière et ils devaient faire valoir que la reine douairière s'était toujours montrée sympathi(iue à la France. Ihljl., in Une.
I2| Fitzwilliam et Tayloi' à Wolsey, 28 octobre. Bec. Of. Brkwer, iv. 1721. Taylor passa le détroit le )l\ octobre pour rejoindre son collègue, qui èlait déjà sur le continent eu sa qualité de capitaine de Guînes ; partis de Calais le 28, les ambassadeurs arrivèrent le soir même à Boulogne.
(3) Bourgeois de Parit<, 265-266.