‹ La politique extérieure de Louise de SavoieChapitre 82 sur 225 · MADAME J U R K LES TRAITÉS · texte numérisé non relu

MADAME J U R K LES TRAITÉS

la mauvaise santé de Fitzwilliam ; ils n'y arrivèrent que le 24 (1).

Le surlendemain 26, deux gentilshommes les vinrent chercher à leur logis et les conduisirent au palais de Saint-Just. Après qu'ils eurent délivré à la Régente les lettres du roi et qu'elle en eut pris connaissance, Taylor prononça un discours en latin sur les avantages de la paix et le chancelier Duprat lui répondit dans la même langue (2).

Le 27, qui était un lundi et non pas un dimanche, ainsi que le prétend Hall, fut choisi pour jurer les traités. — La Régente et les ambassadeurs anglais, suivis de toute la cour, se rendirent solennellement du palais de Saint-Just à l'église cathédrale de Saint- Jean. Après la messe, Madame, ayant à ses côtés les deux commissaires d'Henri VIII, s'avança jusqu'au maître-autel, étendit sa main droite sur le livre des Évangiles et prêta serment d'observer les traités. De la sorte, ainsi qu'elle l'écrivit à la duchesse d'Alençon, on put « dire qu'en ce mesme lieu où fut faite la défiance pour ladite Angleterre audit Sire que la paix a esté renouée et conclute (3) ». La cérémonie fut terminée par un sermon de l'évêque de Vence, aumônier de Louise, qui loua fort le roi d'Angleterre et aussi le Cardinal qu'il appela le Légat de Dieu, et par le chant du Te Deiun (4).

(1) Ihid.. 2(35 et Hall, 706. — Us iuienl forcés de s'arrêter quelques jours ;i Montargis, car Fitzwilliam y fut saisi d'un accès de son ancienne maladie, la colique. Cf. Rec. Of. Brewer, iv, 1758.— Madame, dans sa leUre du 26 (P. J., XLi), dit que les Anglais sont arrivés « ceste après-disnée », mais elle ne parle sans doute que de leur venue auprès d'elle et non de leur arrivée à Lyon.

(2) H.\LL, lor. rit.

(:^) Cette lettre, sans date, a été publiée dans A''o?;e.-- aiul Querics, ivih Ser., t. n, p. 345.

(4) Hall, loc.cit. — Le serment de Madame prononcé par elle en français est dans Rv.mer, xiv, 102. — Une copie du sermon de l'évêque de Vence se trouve au B. M. ms. Cott. Calig. D ix, f" (114) 122 et est mentionnée par Brewei!, IV, 16)4. — Les extraits du ms. Clair. 1215 (f" 64 v") nous apprennent ([ue R. Talon et N. Boucher, clercs, reçurent 171 1. 10 s. t. pour avoir écrit et fait écrire sous M' Jehan Gedoyn, Secrétaire des Finances, les doubles des traités d'Angleterre. — Us uous font aussi savoir que le héraut d'Angleterre. Jehan de Narbon. dit Rysbank, fut gratifié par Madame de 200 1. t. et que l'ambassadeur Fitzwilliam, outre les 400 écus dont il a été parlé ci-dessus (p. 151, note 3), eut un cadeau de pièces d'argenterie du poids de 100 marcs et d'une valeur de 1500 1. t. {ibid., loc.cit.). — L'évêque de Vence était Robert Ceneau (Cenalis), qui fut successivement évéque de Vence (1523). de Riez (1530), et d'Avranches (1532). On lui doit une Historia GalUca, dont la première édition parut en 155'J. Il mourut à Paris le 27 avril 1560.

MADAME DEVANT l'oFFICIAL 155

Ce fut le lendemain que Madame, en présence des Anglais et d(; plusieurs témoins, comparut devant l'official du diocèse de Lyon, séant en son tribunal : elle s'y engagea sous peine d'excommunication à ne jamais contester la validité de l'obligation des deux millions. Acte en fut dressé par les notaires du tribunal et copie délivrée aux ambassadeurs (1).

Restaient les obligations des Princes et des Villes, les homologations des Parlements et des États provinciaux ; ces pièces, pour l'obtention desquelles la Régente et son Conseil avaient à compter avec les résistances des intéressés ne purent être délivrées aussi promptement. On n'avait cependant point mis de retard à les solliciter. Près de deux semaines avant la conclusion des traités, les ambassadeurs français en avaient envoyé les (( formes », telles qu'elles avaient été arrêtées à la conférence du 11 août; dans les instructions qu'ils avaient données alors à dom André Bonvisi, ils avaient recommandé qu'on se hâtât de les expédier et qu'on les fît signer incessamment en prenant soin d'y laisser en blanc la date du jour et celle du mois (2) ; leurs instances redoublèrent après le 30 août et ils ne cessèrent de réclamer dans toutes leurs lettres qu'on doimât ordre sans délai à cette affaire (3).

(1) Ce procès-verbal est duos Rv.\rEiî, xiv, 103 à 113; forl long, il contient dans le détail les questions adressées par l'Ofiicial à Madame et les réponses faites par celle-ci; nous y voyons que cette formalité fut accomplie, non pas à l'église cathédrale comme la prestation solennelle du serment, mais dans le palais même de S'-Just, in cilla sancti Justi, coiitir/tcn cicitati Lugdanciifii (p. 112). — Les Français élevèrent d'abord quelques difîicultés sur le « formulaire » apporté par les ambassadeurs anglais ])our cette « soumission » ; ils objectèrent qu'il n'était pas conforme à celui dont on était convenu à Moore ; mais, comme ils n'en purent présenter le double et que les Anglais déclarèrent « qu'ils n'avoient puissance de changer un A pour ung B », Madame passa outre et accomplit sa soumission dans la forme qu'ils exigeaient, contre une promesse sous seing privé des ambassadeurs de vérifier les points contestés et de les faire nioditier, s'il y avait lieu. Cf. Duprat à Briuon et J. Joachim, 30 novembre, F. J., xliv.

(2) Brinon et J. Joachim à Madame, 18 août, P. J.. xvi, et Instruclioiis de dom André, P. J., xvii.

(3) Brinon à Robertet, 3 septembre, P. J., xxu ; .1. Joacliini au même, même date, P. J.. xxiv ; Brinon et .1. Joachim k Madame, 30 octobre. I'. J.,

lÔB OBLIGATIONS DES SEIGNEURS

De son côté, Madame ne perdit poini de temps : le 21 août, elle écrivit au Parlement de Paris pour lui apprendre que ses envoyés étaient sur le point de conclure la paix et qu'il était exigé par le roi d'Angleterre que cet accord fût enregistré en Cour de Parlement (1) : elle fit sans doute parvenir un avis semblable aux autres Parlements, aux Seigneurs et aux Villes. Le 5 septembre, Robertet annonça au président de Rouen « qu'on estoit après à faire depescher les seuretez tant des Princes que des Villes et toutes autres choses qui deppendent du traicté (2) ».

Il ne semble pas que les princes et les seigneurs auxquels il était demandé de souscrire des obligations aient fait difficulté d'y consentir. Il est vrai que la Régente eut soin de promettre à chacun d'eux par lettres patentes « en vertu de nostre povoir et régence de faire et procurer envers nostre filz qu'il aura agréable et approuvera ^

ce que par luy sera faict et le gardera indempne de sa promesse et ^

obligacion et de ce luy baillera telles lettres qu'il sera advisé pour sa seureté, et, nous, comme Régente, de le relever de toute indempiiité et dommage qu'il pourroit avoir (3) ». Aussi bien, avant la fin du mois de septembre, elle avait obtenu les signatures de tous les. princes qui se tromaient auprès d'elle : l'obligation du duc de Longueville est du 17 septembre, celle du cardinal de Bourbon du 27, celle de Lautrec du 28, enfin celle du duc de Vendôme et de son frère le comte de Saint-Pol du 29 (4). Les seigneurs qui habitaient les provinces ne marchandèrent pas davantage leur consentement : le seigneur de Montmorency donna le sien le 26 septembre à Écouen, Maulevrier le 1«'' octobre en Normandie, Brierme le même jour à Montreuil (5). Ainsi, Madame av'ait à sa disposition toutes les obligations des Seigneurs dès le commencement d'octobre, c'est-à-dire bien avant l'expiration du délai de trois mois fixé par les traités pour leur remise aux Anglais.

(1) Procès verbal du 28 août. Ar N;n. Xia 1528. f"* 722 V à 723 i".

(3) Letties du 17 septembre en faveur de Montmorency dans Captiritc, 319. Nous ne connaissons que celles-là, mais il y a tout lieu de croire que des garanties identiques furent données aux autres signataires de l'obligation. Trois jours auparavant. Madame avait écrit au même Montmorency une lettre missive où elle le priait de souscrire l'obligation ((.'a/)tiri.T.é, 318). Les deux lettres, celle du 14 et celle du 17, furent expédiées dans le même paquet le 19 et arrivèrent à Paris le 25. Cf. Robertet à Montmorency, 19 septembre, B. N. ms. fr. 2976, f" 111 r°, et archevêque d'Aix au même, 25 .septembre, ms. fr. 3083, f" 49 r.

(4) Ry.mkr. XIV, 76, 90, 92, 93 et 94.

(5) fbid., 91, 94 et 95.

LES TRAITÉS Al' PARLEMENT DE PARIS 157

Il y avait une première difficulté à l'enregistrement des Parlements : c'était alors le temps des vacances judiciaires, qui ne devaient prendre fin que dans la première quinzaine de novembre. La Régente y pourvut, et le 20 août elle prorogea par lettres patentes la session du Parlement de Paris (1) ; ceux de Rouen, de Bordeaux et de Toulouse, qu'on ne devait consulter qu'après, ne semblent pas avoir été l'objet de mesures semblables.

Il fallut ensuite attendre que le texte des conventions de Moore fût arrivé d'Angleterre et que Madame y eût donné sa confirmation. Ce ne fut donc qu'après le 25 septembre que le secrétaire Commacre put partir pour Paris avec les trois lettres patentes portant ratification des traités de la paix, de l'obligation et du douaire de la reine Marie (2).

Commacre était en outre muni d'une lettre de la Régente à son chevalier d'honneur Montmorency, enjoignant à ce seigneur de l'accompagner au Parlement et de requérir de la Cour un prompt enregistrement. Le 6 octobre au matin. Montmorency et le secrétaire se présentèrent devant la Cour, dont toutes les chambres avaient été assemblées. Après qu'ils eurent délivré la lettre de la mère du Roi qui les accréditait auprès de la compagnie et qu'on en eut donné lecture, Montmorency prit la parole et dit que Madame priait la Cour de jirocéder sans retard à la publication et à l'enregistrement des traités; les Anglais, (( qui sont gens difficilles, »

(1) Proc('':;-verbal du 28 août, Ar. Nat., ut ■■<n/).

(2) Les lettres de Madame au Parlement porteul la date du 26 septembre. Cf. procès- verbal du 6 octobre, Ar. Nat. Xta 152S, f" 797 v", et CapticUé. 349. — Les traités d'Angleterre furent d'ailleurs connus du Parlement dès le 26 septembre. Le 25 en effet étaient arrivées des lettres de Madame ordonnant aux Parisiens de passer l'obligation, .\ussi. le mardi 26, le président Guillart, qui en avait eu connaissance, annonça la conclusion des traités à la Cour, et. à ce propos, prononça un long discours sur la situation intérieure de l'Angleterre et la politique d'Henri Vlll ; il finit en exposant les exigences de ce prince et en rappelant que la Régente ayant prorogé la Cour, celle-ci avait décidé de siéger « tout ainsi ({u'elie laisoit auparavant ladicte prorogacion, et néanmoins, » fit-il observer, «( la pluspart s'en sont allez et les autres ne demandent que à desloger. » Cette remarque amena la mise en délibération de la matière : la Cour arrêta que les congés désonnais accordés ne pourraient l'être que jusqu'au jour où les traités d'.\ngleterre lui seraient présentés et qu'on rappellerait à leurs dépens les conseillers absents. Cf. procès-verbal du 26, Ar. Nat., ut sup., f"^ 766 v" à 758 v.

158 LES TRAITÉS AU HAKLEMKNT DK PARIS

exigeaient en effet l'accomplissement de cette formalité par les quatre Parlements du royaume et l'état des affaires ne permettait pas de leur opposer un refus ; il importait de se hâter, car il fallait envoyer les traités en Angleterre à la fin du mois et on ne le pouvait faire qu'après les avoir soumis aux Parlements de Toulouse, de Rouen et de Bordeaux et aux États de Normandie et de Languedoc. Aussi, Montmorency suppliait-il la Cour de vouloir bien les publier en diligence et d'y apposer la mention lecta, puhlicata, recjiiitvata et approhata : ce dernier mot était inusité dans les enregistrements, mais son adjonction était indispensable; Jean Brinon avait écrit au Chancelier (1) que s'il était omis, on ne ferait rien avec les Anglais et que ce serait assez pour rompre la paix, (f pour ce que lesditz Augloys sont gens qui, si on ne fait ce qu'ilz demandent, ilz ne tiennent riens de ce qu'ilz promectenl »; la Cour ne devait donc point manquer de l'apposer, d'autant que son exemple entraînerait les autres Parlements qui régleraient sans aucun doute leur conduite sur la sienne, (( et non sans cause, » ajoutait habilement Montmorency, « veu que c'est la souveraine , la première et capitalle et de laquelle les autres ont été

extraictes (2) )).

A cette harangue, le président Guillart répondit en reconnaissant que la paix était fort nécessaire et que les Anglais étaient (( une nation suspecionneuse et qui veulent que les choses se passent comme ils les ont traictées et désirées, et, sans cela, on ne les peuli contanter » ; il termina en déclarant que la Cour ferait tout ce qui serait en son pouvoir « pour l'entretènement de la paix », qu'elle désirait satisfaire Madame et lui obéir comme au Roi luimême, et que, « toutes choses laissées », on procéderait à la vérification et à la publication des traités (3).

Ce fut ensuite le tour de Commacre qui donna livraison des trois lettres patentes du 25 septembre. Puis il se retira avec Montmorency et la Cour employa le reste de l'audience à entendre la lecture de ces lettres (4).

Cette opération occupa encore toute l'audience du lendemain (5) ; le mardi 10 octobre seulement, les gens du Roi imrentêli'e entendus

(1) Cette letU'C à Dupiat est perdue ; voy. ci-dessus pp. 129-l:W.

(2) Procès-verbal du 6 octobre, Ar. Nat., iit sup.. {•>' 797 v à 799 r' et Captivité, 349-352.

(3) rd., ibicl.

(4) Jd., ibid.

(5) Procès-verbal du 7 octobre, tit. stip., f" 801 v» et Captioité, 356.

LES TRAITÉS A II P A K L K M i; N T D I-; PARIS 159

et la matière fut mise en délibération (1). — La discussion qui s'ouvrit alors fut longue ; le Parlement comptait plus d<! soixante membres et chacun d'eux devait donner son opinion : le 17, elle n'était point terminée, bien qu'on y eut consacré six audiences (2). — Il fallut pour hâter la conclusion un nouvel ordre de la Régente.

Celle-ci, qui avait espéré que les traités seraient enregistrés incontinent, s'émut des tergiversations de la Cour. A peine en futelle instruite quelle s'empressa de notifier au Parlement son désir d'être obéie sans délai Le 14 octobre, elle lui écrivit qu'on avait fourni aux Anglais 120.000 francs, qui seraient perdus en cas de rupture, et que la paix avec l'Angleterre avait déjà eu pour effet de « modérer » l'Empereur, en môme temps que de favoriser la formation d'une ligue franco-italienne : (( Si par vostre longueur cela se rompt », ajoutait-elle, (( advisez, oultre la perte de l'argent, le gros dommaige qui en adviendra, qui sera irréparable. A ceste cause, ces présentes veues, toutes disputacions et longueurs cessans, faictes ce que vous avons escriptpar noz premières lettres et gardez que en ce n'y ait faulte (3). »

Cette lettre fut confiée aux agents des postes, et, afin que sa transmission fût assurée, il fut enjoint au maître de la poste de Paris d'en retirer un reçu de la Cour et de mander à Madame par un courrier exprès le jour et l'heure de son arrivée à Paris (4).

Ce ne fut pas tout. Le même jour, la Régente fit partir pour Paris le sieur d'Agez qu'elle chargea d'instruire le Parlement de ses volontés. A ce messager fut aussi confiée une lettre des députés que le Parlement avait alors auprès de Madame, Jacques de la Barde, François Tavel et Jean Ruzé : ces magistrats y rapportaiem une conversation qu'ils avaient eue avec le chancelier Duprat et le seigneur de Brion au sujet des traités, des avantages qui en pouvaient résulter et des inconvénients qu'entraînerait leur inobser-

(1) Proc(^.s-verbal du lu octoln'e, ut f<ujt., f" 8U4 \".

(2) Cf. procès- verbal du 10, ut .■<up., loc cit. — Iil. du 12, ut .^up., i"* 806 v" et 807 r" ; à cette audience, la Cour décida que, l'affaire requérant célérité, elle ne vaquerait pas le lendemain à l'occasion de la foire de Saint-Denis, ainsi qu'elle l'avait défidé précédemment et que cette va''ance sérail remise au samedi 14, si toutefois la matière se trouvait dépêchée ce jour-hl. — Id . du 13, ut sup., f 808 y. — Id. du 14, ut .■^u/)., f" 809 r" et v"; la Cour n'eut donc pas de vacance ce jour-là. — Id. du 1(3, ut ^up., 1" 810 r" et v°. — Id. du 17, ut sup., P 811 v".

(3) Procès-verbal du 19 . ut .^up., t"' 814 r° fi 815 V; ces lettres sont imprimées dans Captwité, 378.

(4) Ibid., f» 814 r.

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