‹ La politique extérieure de Louise de SavoieChapitre 88 sur 225 · I.KS 11; A riKS A I,Y ON · texte numérisé non relu

I.KS 11; A riKS A I,Y ON

On se rappelle que le Maréchal de Trivulce avait apporté le 22sepuniibre aux Conseillers de Ville la nouvelle de la paix ; il leur avait remis aussi les lettres closes du 14 septembre avec la « forme )) de l'obligation. (( C'est celle que la ville de Paris a tenue en faisant ladite obligation, » avait-il affirmé, (( laquelle il est requis que les autres villes facent toute pareille et sans aucune mutacion et changement fors de l'intitulation et commencement d'icelle (1) ». La chose souriait assez peu aux Conseillers ; s'ils mirent un grand empressement à publier la paix, ils montrèrent beaucoup moins d'ardeur à s'occuper de l'obligation. Pendant près d'un mois, jus- ({u"au 20 octobre, le registre, de leurs délibérations est muet sur cette ennuyeuse afïaire.

Ce jour-là seulement, nous voyons qu'ils sont pressés par le Chancelier et par Trivulce (( de faire et leur bailler la ratifficacion du traicté de paix »,. Mais, ajoute le registre, «après que ladite forme de ratifficacion a esté veue, pour ce qu'elle contient obligacion des citoiens et biens de ladite Ville en général et particulier pour observer et acomplir ce qu'a esté acourdé par lesdits Embassadeurs et à paier les sommes de deniers es termes et lieuz mêmes nommez esdits traictez et acord, se sont trouvez mesdits S^'* les Conseillers fort perplex de ce que ladicte forme de ratifficacion contient ratiffier lesdites promesses et acordz et obligacion de paier certaines sommes de deniers sans savoir quoy ne comment, car les articles de ladite paix ne sont communiquez, et, par ainsi, sera ratiffié une chose sans savoir quoy, aussi qui refusera faire ladite ratifficacion l'en pourra irriter madite Dame et Conseil et pourroit l'en dire que ladite paix seroit cessée par faulte de faire ladite ratifficacion et pourroit retarder le relâche du Roy estant prisonnier en Espagne, dont s'en pourroit ensuivre à ladite Vaille quelque indignacion et gros inconvénient irréparable, à €es causes et autres à ce les mouvans a esté ordonné faire dès demain assemblée des Notables et Maistres des Mestiers pour faire ladite ratifficacion (2) ». En même temps, pour dégager complètement leur responsabilité, les Conseillers firent dresser par le notaire Jacques Colland un acte authentique portant qu'en dépit de cette convocation, ils protestaient (( de ce qu'ilz ne savent le contenu aux articles de la paix (3) )).

Le lendemain vendredi, 21 octobre, se réunit l'assemblée des « Notables et Maistres des Mestiers représentans le corps commun

il) Arch. de Lyon B B 44, f"' 118 v" pt v et 120 r à 121 r,

(2) Ibid., P 126 r» et v°.

(3) Ihid., f»«126 v et 127 r».

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de la Ville ». On y appela soixante-deux Notables du quariiej- « devers Feurvière », soixante-quatre du quartier « devers le Rosne » et soixante-huit Maîtres de Métiers, en tout près de deux cents personnes ; mais, au vote, on ne trouve que quatre-vingt-sept suffrages exprimés ; la moitié au moins des habitants semons à la Maison de Ville s'abstint donc d'y paraître (1).— Le premier opinant fut Jean du Pej^rat, lieutenant du Sénéchal de Lyon ; fonctionnaire et homme du Roi, il ne lui était pas permis d'hésiter; il déclara qu'il fallait « passer et faire ladicte ratifficacion selon la forme envoyée. » Après lui, François des Champs émit un vote moins gouvernemental ; il dit qu' (( il seroit bon y penser et faire autre assemblée, mais, s'il est forcé faire dès aujourdhuy la ratifficacion, qu'on la doit passer parmy ce que ceulx de Paris aient passé ladite ratifficacion et selon et en la forme qu'ilz l'auront passé et non autrement (2) ». A l'une ou à l'autre de ces deux opinions, on peut rattacher toutes celles qui furent formulées ensuite. La motion de J. du Peyrat obtint cinquante-deux voix, sans compter trois votes douteux. En faveur de celle de Fr. des Champs ne se prononcèrent que vingt-cinq voix, dont une assez peu franchement ; en outre, cinq des assistants proposèrent qu'on fît comme les autres villes et un sixième déclara adopter la première partie de l'opinion de F. des Champs, le renvoi à une assemblée ultérieure ; enfin, six autres ouvrirent l'avis qu'on appelât le clergé et qu'on le contraignit à s'obliger : au total, cela faisait à peine une quarantaine de votes défavorables (3). La majorité était acquise à Madame; les partisans des opinions mises en minorité ne s'entêtèrent pas dans leur opposition ; ils se rallièrent sur le champ à celle qui avait triomphé : « Depuys, en celles mesmes assemblée, lesdits des Champs, Odoyn et autres qui ont opiné califficément

(1) Ibid., f' 128 V" à 131 v». — Avaut l'énuméiatioii des habitants convoqués, le registre porte « desquelz sont comparuz ceux qui sont cotez au dos. » Ce système d'émargement, d'un usage constant dans les registres lyonnais, fonctionna mal dans le cas présent : il n'y a que vingt et un noms cotés, à savoir ceux de dix-sept notables « devers Feurvière », d'un seul « devers le Rosne» et de trois « Maistres des Mestiers »,■ tandis qu'en fait on compta quatre-vingt-sept votants ; vérification faite, beaucoup de personnages dont l'opinion est expressément rapportée ne sont pas émargés. De plus, assez fréquemment, le même nom figure sur les deux listes des Notables et des Maîtres de Métiers; le porteur n'opinant cependant qu'une l'ois, ce fait réduit notablement l'écart entre le chiffre des inscrits et celui des votants, et partant le nombre des abstentions.

(2) Ibid., f»« 135 V et 132 r».

(3) Ibid., l"" 132 r" à 135 r".

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ont tous retraicté lesdites opinions califiées et ont avec tous les autres unanimement consenty et voulu, veulient et consentent passer ladite ratifficacion et obligacion faite purement et simplement selon ladite forme envoyée par raadite Dame sans riens adjouxter ne diminuer (1). » Effectivement à la suite de ce vote, Tobligation fut souscrite par les Conseillers avec l'assistance de deux notaires (2). Comme Toulouse, pour avoir donné satisfaction à Madame, Lyon ne fut pas sacrifiée ; peu do jours après, les Conseillers reçurent les lettres d'indemnité du 24 octobre (3).

De même qu'à Toulouse et à Lyon, à Amiens on s'inquiéta de la conduite que tiendrait les Parisiens, et, comme la capitale n'était pas très éloignée, on leur écrivit pour demander conseil. Mais on n'en eut pas de réponse : le Prévôt et les Échevins de Paris, en gens prudents, craignant que les Amiénois « ne facent quelque excuse sur eux )) gardèrent le silence (4). Les gens d'Amiens s'adressèrent alors au Parlement. (( Nous avons sceu, » lui écrivirent-ils le 27 octobre, (( qu'ils (les Parisiens)ont remis le négoce par devers vous ; à ceste cause, envoyons le présent porteur pour savoir se aucune chose en a par vous esté expédié, dont il vous plaira nous advertir. » La Cour, qui avait fait son devoir, n'avait rien à cacher ; elle en\oya aux Amiénois copie de sa délibération du 19 octobre (5), Ainsi encouragés à l'obéissance, ceux-ci se décidèrent à passer l'obligation ; ils le firent le 3 novembre, c'est-à-dire le jour même ou le lendemain du jour où leur parvint la réponse du Parlement (6).

Le Conseil de Ville de Reims eut connaissance le 2 octobre des lettres closes du 14 septembre. 11 convoqua immédiatement l'assemblée générale pour le lendemain au matin. Mais les habitants qui se trouvèrent à l'heure indiquée aux Cordeliers étaient en si petit nombre qu'ils durent se séparer après avoir décidé qu'il y aurait une nouvelle réunion (( à heure du premier cop de none » ; une amende de 40 s. p. fut prononcée contre ceux qui négligeraient d'y assister. Cette menace amena huit à neuf cents personnes aux Cordeliers à deux heures de l'après-midi. On lut les lettres de Madame, et il fut arrêté, sans contestation, semble-t-il. que les

(1) IbicL, f"^ 135 r etv^

(2) Ibid., f»* 135 v° à 137 r», et Rymer, xiv, 99.

(3) Ibid., Inv. Cbappe. 1" partie, fil. iv. iv 10 (p. 345 clu t. m.

(4) BONNAIIDOT, 299.

(5) Arch. Nat. Xla 1528, f ^ 832 v° et 833 t".

(6) Rv.MKi!. XIV, 99-lUU.

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délégués du Conseil dresseraient l'obligation qui serait passée sous les sceaux de rÉclievinage (1).

Cette louable résolution une ibis prise, il ne paraît pas qu'on se soit beaucoup inquiété de la mettre à exécution. Tout un grand mois se passa avant que le Conseil de Ville s'en occupât. Encore ne fut-ce qu'après avoir reçu le 3 novembre les lettres patentes du 24 octobre, accompagnées de lettres closes du 26 réclamant avec instance l'obligation. — Au lieu de faire simplement ce que leur avait ordoimé l'assemblée du 3 octobre, les membres du Conseil allèrent aux informations comme les Échevins d'Amiens. Ils dépêchèrent à Paris un certain Jean Brillet pour « savoir la forme comment les habilans ont promis et passé le traicté ou obligacion requis par Madame ». De retour le 11 novembre, leur messager leur apprit que les Parisiens n'avaient encore rien décidé. Là-dessus, les Conseillers se résolurent à fournir l'obligation « en la forme et manière qu'il a esté conclud en l'assemblée dernièrement faicte aux Cordeliers ».

Toutefois, ils voulurent envoyer auparavant le lieutenant de la Ville vers le Gouverneur de Champagne, Claude de Lorraine, pour prendre son avis. — Sur sa réponse, apportée le 19 novembre, une assemblée générale fut provoquée par le Conseil et tenue le 20 à huit lieures du malin (2). Plus nombreuse que celle du 3 octobre, elle compta de mille à douze cents assistants; dans deux séances, avant et après midi, on y vota pour la seconde fois qu'on accorderait l'obligation telle que la demandait la Régente et que cet acte^ signé par le Greffier du Conseil et scellé des sceaux de l'Échevinage, serait confié au lieutenant pour le (( porter à Madame à Lyon ou ailleurs où elle sera », — Couverts par ces nouvelles déclarations, les Conseillers n'hésitèrent plus ; l'obligation fut dressée le jour même (3).

A dix jours de là, le 30, expirait le délai de trois mois. A cette date, Louise de Savoie n'avait encore rien obtenu des cinq villes de Paris, Rouen, Bordeaux, Tours et Orléans. De ce côté, elle n'était pas au bout de ses peines. Les municipalités récalcitrantes ne s'engagèrent que beaucoup plus tard, lorsque la capitale leur eut

(1) Arch. de Reims, Conclusions, vi, pp. 578 il 582.

(2) Ibid., pp. 585 à 594.

(3) Ibid., pp. 594 à 599, et RYMiîn, xiv, 101-102. — L'oltligalioii est au nom des trois ordres de la Ville, au nom desquels stipulent pour le clergé les hauts dignitaires du Chapitre, pour la noblesse trois gentilhommes et pour le tiers l'échevinage et les marchands.

J.'VCauETON, Lnitisr de. Saroie. 12

1 / s L I : s r R A I T K s A PARIS

enfin, donné l'exemple de la soumission. Assurément, ce n'est pas dans l'opposition des bourgeois parisiens qu'il convient de chercher la première cause de ces résistances ; les répugnances fort natu- , relies que devaient éprouver les villes à courir les risques des obligations d'Angleterre suffisent à expliquer leur conduite ; mais elles n'auraient vraisemblablement pas osé persister aussi longtemps dans leurs refus, si elles ne s'étaient senties soutenues et encouragées par l'attitude insubordonnée des gens de Paris.

L'organisation municipale de Paris est connue. Son rouage le plus important était le Bureau de la ville, composé d'un Prévôt (les marchands et de quatre Échevins élus ])our deux ans. Jean Morin, lieutenant de la Prévôté de Paris, avait été nommé Prévôt en août 1524; il avait pour Éche\ins Cl. Lelièvi'e, P. Lormier, .lean Turquan et Ch. Foucault. A côté de ce corps élu, on trouvait des Conseillers de ville, au nombre de vingt-quatre, choisis par le Prévôt et les Échevins pour un temps indéterminé, inamovibles et jouissant d'une rétribution annuelle; parmi eux figuraie)it toujours des membres du Parlement et des autres Cours souveraines; ainsi, Ch. Guillard, Ant. le Viste et Cleutin, présidents au Parlement, étaient entrés au Conseil en 1500, Jean Hurault, président aux Aides, et Denis de Bidant.président aux Comptes, en 1503. Seize Quarteniers, un par quartier, ayant sous eux des Cinquanteniers et des Dizainiers, représentaient dans les diverses parties de la Ville l'aulorité centrale municipale : chefs militaires des boui'geois de leurs quartiers, ils veillaient au maintien de l'ordre et faisaient exécuter les décisions du Bureau que leur transmettait le Prévôt. C'était donc le Bureau qui gouvernait avec l'assistance du Conseil et i)ai' l'intermédiaire des Quarteniers. Mais il n'expédiait de la sorte que les affaires coniantes ; lorsqu'il survenait quelque événement extraordinaire, qui nécessitait des résolutions graves et de nature à comi)romettre les finances de la Ville, le Prévôt et les Échevins, sur l'avis du Conseil, recouraient le plus souvent à la réunion d'Assemblées plénières auxquelles ils soumettaient le cas. La composition de ces assemblées est assez difficile à déterminer ; elle n'était pas constante et dépendait des convocations lancées par le Bureau; ce qui suit fera mieux connaître qu'un exposé théorique leur caractère et leur rôle (1 ).

il) Cf. Lkroux Dii LiNcv et Robiquet, />«>•>•//». — Au sujet des noms des Échevins en exercice en 1525, nous devons noter (jue Versoris (p. 176) indique comme quatrième Échevin au lieu de Foucault un certain Maudétour, élu (ra])rrs lui en août 1525; mais la liste du registre KK 1009 repnuluite par 1j;iîi)U\ Di: 1.IM■^ ip :l:ll\ el Ronnardot (p. 314) lui donne 1nri.

LES TRAITKS A PARIS 171)

Les lettres pai' lesquelles Madame ordonnait aux gens de Paris de s'obliger en garantie des traités d'Angleterre furent présentées le 25 septembre au Bureau ])ar l'archevêque d'Aix, lieutenant du Roi à Paris (1). Il en fut référé le lendemain aux Conseillers. Ceux-ci décidèrent que la matière étant « de grosse importance » on convoquerait pour en délibérer « grosse et notable assemblée en la Grant Salle h où seraient « appeliez gens notables de tous estatz, tant d'Église et de l'Université que de la Court de Parlement, Chambre des Comptes, Généraux de la Justice et d'autres cours et jurisdictions de Paris, les Conseillers de la ville, les Quarteniers a\-ec I)on et gros nombre de bourgeois et marchans de chascun quartier {2} ». Cette manière de procéder, qui impliquait des délais assez longs et laissait tout en question, fut loin déplaire, semble-t-il, au messager qui avait apporté les lettres de la Régente. Lorsqu'il sut (( que on avoil délibéré en la Maison de Ville d'assembler autres que ceux qui sont du Conseil d'icelle, )) il dit au prévôt Morin (( par une, deux et trois foiz qu'il regardast Iiieu ([uelles gens il ])rendroit (3). »

L'assemblée avait été fixée au 4 octobre. L'avant-veille, le Prévôt se rendit au Parlement et pria fort humblement la Cour de vouloir bien députer à l'Hôtel de Ville quelques-uns de ses membres ; mais le président Guillart lui répondit (|ue la Cour était (( ung corps séparé de la Ville, supérieur et de plus grosse auctorité, » qu'elle devait de son côté approuver les traités et qu'ainsi die n'entendait pas se faire représenter à l'assemblée (4). La Chambre des Comptes, la Cour des Aides et les autres juridictions déclarèrent qu'elles n'agiraient pas autrement que le Parlement; enfin l'Église et l'Université n'obéirent pas davantage à la convocation de rÉche\inage et du Conseil (5),

Néanmoins, l'assemblée se réunit le mercredi 4 octobre. L'archevêque d'Aix y exposa l'objet des lettres de Madame; il termina

(1) Pierre Filleul, évéqiie de Sisteron en 1504 et archevêque d'Aix depuis 15U8, était devenu lieutenant à Paris en 15.<3^ : il mourut en 1540. (21 BoNNARDOT, 292-295.

(S) Disc.de Morin au Parlement. Arch. Nai. Xtal52S, t''78Sr''ei Ca/jfifirc..l'ij.

(4) Ar. Nat. Xta 1528, f^- 788 v à 789 r° el CapticUé, ;«5-337.

(5) Il n'y a rien là-dessus dans les Mémoriaux reconstitués des Comptes non plus que dans les divers recueils d'extraits des Registres secrets des Aides que nous avons consultés (Ar. Nat. Zla 155. B. N. ms. l'r. 23879, etc.). — Pour rÉglise.les Registres capitulaires de Notre-Dame nous apprennent que le Chapitre fut semons le 3 octobre par le Greffier de la ville et que le 4, après délibération, « conclusum est pro causis hic allegatis et omnibus consideratis ((uod non mitteietur ex ijarie Capiiuli di<lc congregacioni ». .\r. Nat. LL239. p. U'I.

son discours en exaltant les avantages de la paix et en faisant remarquer qu'elle était l'œuvre d'un ambassadeur né à Paris ; puis il se retira pour permettre aux assistants de délibérer. Malheureusement, les bourgeois et les marchands venus seuls à l'Hôtel de Ville refusèrent de rien conclure dans ces conditions. Trois avocats au Parlement, Jean Bouchard, Jean Dugué et François Boileau, appuyés « par autres plusieurs des mandez par la ville, obvièrent quMlz trouvoient la chose bien estrange de soy obliger et ([u'il convenoit qu(^ la Cour de Parlement y fust etqu'ilz ne s'obligeroient, point ». — De ces avocats, le premier est bien connu. 11 avait déjà eu maille à partir avec l'autorité. En 1518, à l'occasion du Concordat, chargé, avec plusieurs de ses confrères, entre autres un Versoris, de .soutenir l'opposition formée par l'Université et les Églises conventuelles, il avait remontré « avec une hardiesse admirable » et « avait plaidé si vertueusement » qu'il avait couru risque de la prison ; Pasquier dit même qu'il avait été enfermé au Louvre, mais le Bourf/eois affirme qu'il évita d'être arrêté en s'éloignant de Paris ; au moins, avait-il été poursuivi devant une Commission royale. En 1523, servant de second à Montholon dans sa défense des droits de Bourbon, il avait déployé en faveur de l'adversaire de François et de sa mère m le plus beau de son scavoir ». Jean Dugué n'avait pas un passé aussi chargé ; oncle du poète Ch. Fontaine, il aimait à taquiner la Muse ; il y a de ses vers dans les Ruisseaux de son neveu et il en avait, à son aveu même, commis beaucoup d'autres. Nous ne savons rien de François Boileau. — Les observations ainsi présentées émurent l'assemblée. « Il y eust ung merveilleux murmure )) et on arrêta d'abord qu'avant d'opiner sur l'obligation on exigerait communication des traités ; cette satis- .faction obtenue^ on procéderait à une seconde assemblée et on y appelerait, ainsi qu'on avait fait à la première, les gens d'Église et de Justice; à ce propos, on enjoignit formellement au Prévôt et aux Échevins de se présenter devant le Parlement et de requérir derechef son concours. Somme toute, pour parler comme Versoris, des lettres de la Régente a l'on ne teint pas grant compte » (1).

(1) BoNNARDOT, 296-297; Arch. Nat. Xla 1528, f° 799 r«; Bourgeois, 261-262; ViiUsoRis, 177. — Bouchard, Dugué et Boileau figurent sur la liste des avocats en 1524 donnée par Loysel dans le Dialogue, ut sup., 574-575. Sur Bouchard, on peut consulter : LoY.siiL, o/i. cit., 501, Pasquihr, Rer/ie/Thes. 1. IV, chap. 27 ; Bourgeois, 64, 65, 69, 70, 151 ; enfin, Ant. de Laval, Desseins (le professions nobles et publiques, Paris, 1612, in-4", f°* 282 V et 286 r" et v (Mémoire de Marillac sur le procès de Bourbon). Sur Dugué, cf. les Ruisseauu; de Ch. Fontaini:, pp. 298-302.

Conformément à cette délibération, Jean Morin et ses Echevins allèrent le surlendemain au Palais. Ce fut pour sVnlendre renouveler par Guillart les déclarations du 2 octobre ; le Président conclut en leur faisant défense d'adresser dorénavant aucune convocation « générallement ne particulièrement » aux membres du Parlement « et qu'ilz ne y reviennent plus sur peine de encourir rindignacion de ladicte Court » ; mais, ajouta-t-il, ils avaient (( d'autres pour les conseiller et de grans et de gros personnages en ceste ville, et qu'ilz les appellent, et ne fault qu'ilz empeschent un si grant bien que le bien de la paix. » Là-dessus, le Prévôt dit qu'il n'ignorait pas que la Cour était « souveraine et que jamais elle ne fut appellée pour se trouver à l'assemblée de la Ville » ; mais il y avait « d'autres corps qui se veullent exempter soubz umbre de ladicte Court, comme la Chambre des Comptes et les Généraulx de la Justice » ; il désirait donc savoir si le Parlement trouverait bon qu'on les y contraignît. Guillart répondit que la Cour ne s'y opposerait pas et que les gens de la Ville feraient bien d'en user de la sorte (1).

Cependant, il s'écoula près de trois semaines sans qu'il fût donné suite au projet de réunir une nouvelle assemblée. Il semble bien (|u'on ouvrit dans les premiers jours des négociations avec les compagnies récalcitrantes, mais tout donne à croire qu'on n'y mit pas beaucoup de zèle (2) ; de plus, soit embarras, soit mauvais vouloir, la municipalité parisienne négligea de communiquer à l'archevêque les résolutions prises le 4 octobre. Aussi, vers le milieu du mois, Madame, (( esbahye qu'elle n'avoit eu nouvelles de la Ville, » dépêcha le seigneur de Jonas à ce prélat avec l'ordre de presser les Parisiens. Malgré le silence gardé à son endroit, celui-ci n'avait pas été sans être instruit de ce qui s'était passé à l'assemblée plénière ; en particulier, il savait que les bourgeois avaient manifesté le désir d'être informés des conditions de l'accord; aussi prit-il soin d'apporter une copie des conventions de Moore, lorsqu'il accompagna le 28 M. de Jonas devant le Bureau de la ville ; là, il fit connaître quelle était la mission de ce gentilhomm(> et remit les traités au Prévôt (3).

(1) Ar. Nat. Xla 1528, f»^ 799 r' ù 800 i"' et Capticitc, 351.

(2) Nous savons qu'au 11 octobre l'échevin Lormicr fit dire à la Cour dos Aides « qu'il estoit envoyé de la Ville pour parler à hidicle Court », et que M"" Benoist Larcher et Cleradius de la Rosière furent a députe/ et déléirue/ pour parler à luy et scavoir ce qu'il vouloit dire ». (B. N. nis. fr. 23879. i" 61 v). Mais c'est là tout. 11 n'y a rien dans les Registres capitulaire-;.

(3) BoNNAKDOT, 297-298. — Larchcvéque alla prendre cette copie des traites

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