‹ La politique extérieure de Louise de SavoieChapitre 89 sur 225 · LES TRAITÉS A PARIS · texte numérisé non relu

LES TRAITÉS A PARIS

Le résultat de cette démarclie fut que Ton convoqua pour le lundi 30 octobre une seconde assemblée plénière. Comme à la précédente, on y appela, avec les bourgeois et les marchands, le clergé, l'Université et les gens des Cours de Justice; mais aucun de ces corps privilégiés ne s'y fit représenter (1). L'archevêque d'Aix et le seigneur de Jonas y parurent et requirent les assistants d'accorder l'obligation ; le Prévôt des marchands ayant dit qu'il serait bon d'avoir des garanties, l'archevêque répliqua que la Régente avait déjà accordé des lettres d'indemnité au seigneur de Montmorency et qu'il ne faisait nul doute qu'elle n'accordât (( seureté. » à la Ville « telle que on vouldra. » Jean Morin prit ensuite la parole. Son discours fut embarrassé : en effet, s'il partageait comme bourgeois de Paris les sentiments des membres de l'assemblée, comme lieutenant de la Prévôté il était officier royal et sa qualité de Prévôt des marchands le rendait responsable aux yeux de Madame de tout ce qui se passait. Il montra la copie des traités et en analysa sommairement les principales dispositions. Puis, il fit observer que, « quelque chose que aucuns ayent voulu dire », il ne voyait point pour sa part « (|ue la ville de Paris soyt obligée, sur peine d'interdict ou d'excomuninient ou prinse de corps; et, pour ce )), dit-il, « pour bien oppineren cest affaire, fault considérer le bien qui nous peult advenir au royaume par le moien de la paix et du dommaige au contraire ; et ne pevent les particuliers faire difficulté d'obliger les biens du Corps de la ville ; et, sur la difficulté de leurs biens qu'ilz craignent estre exécutez à faulte de paiement ausdits termes, ne croyt pas ledit Prévost qu'il y ayt deffault aux paiemens et termes, ne que lesdits particuliers y puisssent avoir cy-après perte ou dommaige ; et, néantmoins, pour en oster la suspicion, seroit bon d'aviser que Madame leur baillast seureté d'indempnité, et que sur ce chascun y advise et en oppine ». En terminant, il supplia ses administrés « que, en oppinant, soient prudens et saiges de ne dire chose qui puisse et doibve desplaire au Roy, à Madame et à Mess^'*' du Conseil, et que, s'il y avoit

;ui l'iirlciiieiit sur les registres diKiucl ils avaieiil été transcrits. Piocès-verbal du 21 uetolire, Ar. Nat.. ut. aup., i' 823 r".

Il) BoNNAitDOT, 298. — Les gens du Parlement ayant été convoqués individuellement par l'Échevinage, la Cour en délibéra el, après avoir ordonné qu'aucun de ses membres ne se rendrait à l'assemblée, elle manda J. Morin et lui signifia « inhibicions et défenses que doresnavant il n'eust à donner ses mandai/, pour semondre ladicte Court généralemeiU ne aucuns d'iccUe liarticuliérement ». Procès-verlial du 30, nt sn/L, f° 832 r" et v" et Captlrltc, 388.

LES TRAITÉS A P A l; 1 S 18o

quolc'un l'aisaiil le coulrairc, il ne lu}' scroit pus souiïcrl, mais en sei'ON't repi'iiis comme il appai'ticnt, et qu'on ne rapporte point autrement que ainsy qu'il a esté dit et fait (1) ».

Ces conseils circonspects ne lurent pas suivis. De même qu'au 4 octobre, l'assemblée se déclara insuffisante; le sentiment général fut qu'il fallait adresser une troisième sommation aux gens de l'Église, de l'Université et des Cours de Justice ; on décida aussi (jue chacun des Quarteniers recevrait un double des traités et en donnerait connaissance aux habitants de son quartier. Bientôt d'ailleurs l'assemblée devint fort tumultueuse : on ne s'entendit pas sur la manière dont on tiendrait la nouvelle réunion ; plusieurs systèmes furent mis en avant, et, chacun parlant à la fois pour soutenir le sien, le désordre fut au comble et on dut lever la séance. Le procès- verbal porte (( que se sont confusément gettées et proférées diverses voix et opinions sans ordre, lesquelles n'ont peu estre entendues ne rédigées par escript, et, sans y mettre fin ne conclusion, s'est départie l'assemblée (2) ».

A la suite de ces fâcheux incidents, la municipalité, forte de l'approbation donnée le 6 octobre par Guillart^ se mit en devoir de recourir à la justice pour réduire les corps privilégiés. Elle requit le Parlement qu'il fût adressé commandement à ceux-ci et spécialement aux gens des Comptes et des Aides de se trouver à la prochaine assemblée.

La Cour manda aussitôt deux Conseillers des Comptes et deux Généraux des Aides à venir expliquer devant elle les raisons alléguées par leurs compagnies. — Les premiers prétendirent qu'ils ne savaient si les traités s'adressaient à la Chambre « pour y estre vériffiez ou si par le moyen d'iceulx il y aura quelques autres lettres qui se pourront adresser à ladicte Chambre ». Ces excuses, analogues à celles que le Parlement avait fait valoir pour son propre compte, furent agréées. — Celles des Aides n'étaient pas aussi sérieuses. « Par lesdits deux Conseillers des Généraux de la Justice a esté dit qu'ils n'ont jamais esté refusans de se trouver en ladicte assemblée, si ce n'est par raison des obligations que madicte Dame demande, esquelles ilz ne veulent estre compris, et, si aucuns d'eux estoient sommés, ilz n'estoient en ceste ville ; toutefois, si on les mande et appelle, ils se trouveront à ladicte assemblée ». C'était un véritable acquiescement. Par arrêt du 4 novembre, le

(1; BoNNAiiDOT, 298-301.

|2) BoNNAUUOT, 301 et Boui-ncoi^ <lv Pari^, 260.

184 LES THAÏ TÉ s A PARIS

Parlement ordonna (|ue la Cour des Aides se ferait représenter à THôtel de Ville (1).

Le même jour, l'Échevinage reçut les lettres patentes d'indemnité du 24 octobre. Le Prévôt des marchands en ayant donné lecture à une réunion du Bureau, des Conseillers et des Quarteniers, qui se tint le mardi 7 novembre, il fut jugé nécessaire de les porter devant une assemblée plénière qui en délibérerait. Les Conseillers furent d'avis que les convocations ne seraient pas autrement faites qu'elles l'avaient été pour celles des 4 et 30 octobre. — En revanche, personne ne se préoccupa de fixer la date de cette assemblée et on ne voit pas que la municipalité parisienne ait essayé de mettre ce projet à exécution (2).

Cependant, le soigneur de Jonas était retourné à Lyon et y avait appris à Madame le mauvais succès de sa mission. Anxieuse d'enlever aux Parisiens tout prétexte à tergiversations, celle-ci usa de son autorité souveraine pour trancher en leur faveur le différend soulevé entre la Ville et les corps ecclésiastiques et judiciaires. Jonas fut renvoyé incontinent et dut porter au Parlement des lettres où la Régente enjoignait à la Cour de laisser ses membres assister aux assemblées de la Ville ; en même temps que cet ordre intimé à la compagnie tout entière, des lettres particulières furent adressées à quelques-uns des Présidents et des Conseillers pour les prier individuellement de ne plus opposer de refus aux convocations des Quarteniers (3). — Quant au Prévôt et à ses Échevins, ce fut au seigneur de Montmorency, au comte de Brienne et à M. de Braine qu'incomba la charge de leur remontrer qu'il fallait en finir (4).

(1) Procès-verbal du 4 novembre, imp. par M. de Boislisle au ti" 27 de ses Pièces Justijîcatircs potii- sercir à Vliistoirc des premiers présidents de la Chambre des Comptes, d'après le journal de la Chambre; il est là un peu moins endommagé que dans les Registres du Parlement (Ar. Nat. Xla 1528, f" 841 r" et V), où toute la fin a disparu. IJ Histoire de Paris de Féi.ibien et LoBiNEAU (il, 972), dont les auteurs avaient sans doute à leur disposition un procès-verbal complet, permet de combler à peu près cette lacune.

(2) BoNNARDOT, 301-302. — Les Quarteniers, auxquels on voulut ordonner d'assembler leurs gens par dizaines pour délibérer sur l'octroi de l'obligation, déclarèrent que c'était 1;\ une chose nouvelle et que, s'ils la tentaient, ils ne seraient pas obéis ; on arrêta en conséquence qu'ils convoqueraient simplement à l'assemblée trente ou quarante de leurs gens dans chaque quartifir : comme il y avait seize quartiers, le nombre des bourgeois et marchands appelés à l'Hôtel de Ville devait s'élever à plus de 500.

(3) Procès-verbal du 14 novembre, Ar. Nat. Xla 1529, f"" 6 v" à 7 r".

(4) BoNNARDOT, 302. — Auuc de Sarrebruch, comte de Braine, était lieutenant du comte de Saint-Paul, gou\crneur de F^aris depuis le mois de juin 1525.

LKS TRAITÉS A P A lU S 1B5

Le Parlement obéit. Par arrêt du 14 novembre, il décida que ses membres pourraient se rendre à l'Hôtel de Ville, s'ils le jugeaient bon (1). Les deux présidents qui étaient Conseillers de ville, le Viste de la Grand Chambre et Cleutin des Enquêtes, allèrent annoncer le 17 cette résolution à l'Éclievinage : ils déclarèrent qu'il convenait d'appeler à la prochaine assemblée dix ou douze magistrats, outre ceux qui étaient déjà Conseillers ordinaires de la Ville, et aussi des délégués des autres juridictions et du Clergé tant régulier que séculier (2).

Le Parlement ayant consenti à aller à l'Hôtel de Ville, personne ne s'y refusa plus; il n'y eut pas d'abstentions à l'assemblée plénière que convoquèrent une troisième fois les Échevins et qui se réunit le lundi 20 novembre (3).

Brienne et Montmorency y parlèrent. — Le premier s'étendit sur les avantages de la paix. « Vous povez considérer », dit-il, (( que la désassemblée du roy d'Angleterre et de l'Empereur sera cause de la grande utillité du Roy et du royaume ; et est grâce de Dieu que l'argent que l'on demande, combien qu'il soyt deu dès piéça, se fera à plusieurs paiemens et longues années, et que c'est peu de charge en ce royaume ; que les autres villes prendront exemple sur vous, car vous estes le myroer de toutes et a le Roy une merveilleuse fyance en ceste ville. » — De son côté, Montmorency fit un pressant appel aux sentiments patriotiques des Parisiens. (( La cause pour quoy nous sommes icy venuz », déclara-t-il, « est pour ce qu'il est question du bien de la paix et de la délivrance du Roy. J'ay mys et obligé mon bien pour la délivrance du Roy et pour acquérir ceste paix. Je me répute bourgeois de Paris. Et, si je me povoye mettre en mil pièces, je m'y mettroie volontiers pour le bien de paix et délivrance du Roy. Nous avons en ce royaulme en noz dictz : ung Dieu, ung Roy. A ceste cause debvrons tendre à ceste bonne paix et confédération et par conséquent à la délivrance du Roy. J'ay eu lettres, puis n'a guères, de mon filz Monsi" le Mareschal que le Roy a une singulière fiance en vous, et, luy délivré, est délibéré de venir veoir les sainctes reliques du Palais et de Sainct Denis. » — Ce fut alors le tour du Prévôt des marchands. U constata d'abord qu'il y avait à l'assemblée a gens notables et

(1) Procès-verbiil du 14 novembre, Ar. Nat-, Xla 1529, loc. cit.

Page 1