MISSION I ) K L . T O S C A N () ( .1 V IN
On en était là, lors delà mission do Grégoire Casai :1a Régente se trouvait donc prête à appuyer les démarches du gouvernement anglais auprès des États italiens. Aussi, dès le milieu de juin, l'évêque de Bayeux (1), qui représentait la Fran'ce à Venise avant la bataille de Pavie et qui depuis s'était retiré à Vérone, sa ville natale, se rendit à Rome et y eut le 14 une longue audience du Pape (2) ; de là, il gagna Venise où vint le joindre peu de jours après un envoyé de Madame, le milanais Lorenzo Toscano (3), que celle-ci
Vénitiens et avec leur ambassadeur. Peu de temps après, le cavalier Bilia, expédié à l'Empereur pour solliciter de ce prince l'investiture du Milanais pour Sforce, eut l'ordre de parler à son passage à Lyon à Madame et à Robertet; ceux-ci n'affectèrent pas alors les hésitations qu'ils avaient laisse voir à Robbio : ils affirmèrent qu'ils étaient tort désireux de conclure une ligue avec les Italiens et de contracter avec le duc une alliance matrimoniale (pp. 158-159). — 11 ne sera peut-être pas sans intérêt de noter qu'au temps où se tramaient tous ces projets contre les impériaux, le Pape, ainsi qu'en fait foi un bref du 6 juin publié par Balan (n" 110), dépécha Mich. Machiavel au commandant militaire des Romagnes, Fi'. Guichardin, avec la charge de tiansmettre à ce dernier certaines instructions que rendait nécessaires, dit le document, l'état troublé de la Péninsule.
(1) Louis, comte de Canossa, né à Vérone vers 1474, fut un des agents diplomatiques de Jules II, qui le nomma, en 151.2, son représentant auprès de Louis XII. Léon X le confirma dans cette charge et le créa évèque de Tricarica en Thessalie. En 1515, il négocia avec l'aide du duc de Savoie la paix de Bologne entre le Pape et François I". Nommé à la suite de ce traité légat apostolique en France, il reçut du roi l'évêché de Bayeux, puis une pension annuelle de 4.000 1. t. 11 entra alors au service de la France et fut son ambassadeur à Venise jusqu'en 1530 où sa santé le força d'abandonner ce poste. Il mourut peu après à Vérone. Cf. Gall. r/tri>ft., xi, col. 385-386 et du Pin, Hist. des aut. ecclés. au XVf' s., i, 83-100.
(2) Une lettre non datée de Bayeux à Madame nous apprend qu'arrivé à Rome le samedi, il vit le Pape le dimanche, « al quale io dissi quello che m'occorse per beneflciodi Sua Santità et del Re Cristianissimo; fui benignamente ascoltato da Sua Beatitudine, la quale mi par tauto desiderosa délia pace quanto si conviene ad un buon Papa. » Lett. Pi-inc, i, f" 163 v". — La date que nous avons assignée à cette entrevue résulte du rapprochement de la lettre de Bayeux et de celle que Giberti écrivit le 1" juillet au nonce en Suisse, Ennio Philonardo : dans cette dernière, en effet, le Dataire se réfère à sa dépêche du 14 juin au même Philonardo dans laquelle, dit-il, il lui aurait parlé plus clairement, s'il eût eu alors quelque certitude, <( ma la speranza, che io ho, era alhora solamente concetta » (ibkl., t 164 v"). Or, le 14 juin était précisément un dimanche : c'est donc à celte date qu'il convient de rapporter la mission de Bayeux, cjui fit luiilrc au cœur de Giberti l'espoir que réalisa celle de L. Toscano.
(3) L. Toscano était de Milan (cf. B.vndeli.o. u, ép. déd. de la 2'' .Nouvelle). Nous le voyons nommé chancelier du préteur de Brescia par lettres royales «lu f,'6 mai 1509. L'année suivante le préteur, ((ui était Jérôme Moronc. étant
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avait chargé de porter aux Italiens des ouvertures formelles (1). 11 s'agissait d'une ligue franco-italienne destinée à chasser les Espagnols de la Péninsule en même temps qu'à contraindre l'Empereur à l'élargissement du roi de France ; pour prix de l'alliance des États italiens, Madam<> offrait de leur payer un subside mensuel de 40.000 écus et de renoncer à toutes les prétentions de la maison di^ France sur le Milanais (2).
Arrivé à Venise le 24 juin, L. Toscano s'y acquitta aussitôt de sa mission auprès de la Seigneurie. Celle-ci, sans se prononcer catégoriquement, laissa entendre que les propositions de la Régente ne lui déplaisaient pas : la conclusion fut qu'après en avoir déliliéré, le gouvernement vénitien déclara s'en remettre au jugement du Pape (3).
devenu séiiateiu' de Milau. François Tavel, qui le reaiplara à Brescia. prétendit que l'office de ctiancelier était à sa discrétion et inquiéta L. Toscano. Celui-ci porta l'atïaire devant le Sénat qui lui donna gain de cause et des letU'es du Roi, duc de Milau, en date du 11 uovemVjre 1510, le confirmèrent dans sa charge (B. M. Addit. charters 181061 L. Toscano étant entré ensuite au service de Paul île Caretto, ce dernier, nommé évêque de Cahors en 1524 et ne pouvant prendre possession de son siège, l'y délégua en qualité de Vicaire. Il administra cet évêché jusqu'en 1528 où il fut lui-même élevé au siège de Lodève qu'il céda plus tard à Lilio Orsini. Le poète latin Jean- Mathieu Toscan, qui publia divers ouvrages de poésie et de prose de 1575 à 1578, était de sa famille et composa pour lui une épitaphe rapportée par la MoxNOvi; dans le Mcnagiana (i, 55-56 de l'édit. de 1715). Cf. Gall. clu-i.st. , I, col. 848 et VI, col. 564-566.
il) L'abbé de Najera écrit à Charles V à la date du 5 juillet que l'évèque de Baveux était « il y a quelques jours à \'érone et qu'il était parti pour aller à Rome; il était ensuite venu à Venise pour s'y rencontrer avec un gentilhomme de Madame; celui-ci n'étant pas encore arrivé lorsqu'il parvint dans cette ville, l'évèque ne s'en rendit pas moins devant la Seigneurie qu'il sollicita de s'employer en faveur de son maitre ; le messager de la Régente atteignit d'ailleurs Venise quelques jours après et en repartit pour Rome ». Gavangos, III, 124. — De son côté, Sessa mande le 12 juillet : « De nuevo es ydo de aqui el obispo de Bayoso, que es tambieu de Tricarica, y el partir suyo fue harto dissimulado, diziendo que si iva a Verona a su casa... ; partido tomo otra via y en un mismo tiempo fue en 'S'enecia con el Sormano que ya se debe conocer por este nombre, y despues es venuto otro. » B. M. .\dd. ms. 28574, f" 279 r" et v .-t Gav., m, 134. — Cf. aussi la leUre de Pace à Wolsey (B. M. ms. Cott. Vitel. B vu. f" (172) 169 et Breweu, iv, 1456), qui s'accorde avec celle de Najera. — G. Muellei; a publié dans les Docurncnti (p. 345, n° clxxix) des lettres patentes de Madame en date du 9 juin accréditant à Venise pour négocier une ligue les deux protoaotaires apostoliques L. Toscano et A. de Fiorenza.
(2) Giberti à Philonardo. 1" juillet, Lett. Prim-.. i, f' 164 v".
i3) II/.. Ihul., i" 164 v. — Ce fut sans doute le 25 que Toscano présenta les propositions de Mad;une à l;i Seigneurie, car l'évèque de Bayeux écrivit