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discrédit accru de tous les effets royaux et enfin la pénurie d'argent monnayé (1). Les Receveurs Généraux, consultés, s’associèrent à ces critiques. N'était-il pas plus
simple, croyaient-ils, de laisser les divers papiers royaux
suivre leurs destinées respectives : extinction pour les billets de monnaie, consolidation en rentes et en augmentation de gages pour les billets de l'extraordinaire des Guerres ? Seuls, les billets des Fermiers et des Receveurs Généraux, et les promesses de la Caisse des Emprunts « cause principale de l'inquiétude du public » étaient si mal en point que l’aventure de la Banque ne
- pourrait leur être d’un grand risque, encore que la con-
solidation en rentes fut cependant préférable.
Les Chefs de service du Contrôle Général concluèrent par un appel à la prudence. « La Banque ne fournissant ni argent, ni destination, ni sûreté, ne saurait convenir aux besoins ». Elle « n’est guère différente dans le principe et quant au but de celle qui fut heureusement refusée en 1708, maïs le péril est plus grand, le décri des effets en cause plus absolu, et la situation présente des affaires est absolument opposée à ce risque » (2).
Desmaretz, évidemment influencé par Samuel Bernard qui veut la direction de la Banque, ne cède pas encore, mais il jette du lest. Il ramène le projet à de plus modestes proportions. Comme déjà en 1708, il ne lui demande plus que l'absorption des billets de monnaie.
Il déclare que seule la Banque pourrait soutenir effi-
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cacement ces maudits billets dont «la perte excessive » coûte au Roi des sommes immenses et « accablera tous les financiers ». Dans ‘une Assemblée tenue chez Monsieur le Chancelier, une sorte de conseil extraordinaire des finances, on arrête les grandes lignes d’un édit en 16 articles qui établit la Banque et Samuel Bernard.
Les longues discussions des mois précédents et l’expérience acquise avaient fait inscrire le principe d’un plafond d'émission (72 millions), le principe du remboursement à vue (avec escompte de 5 %) et le système de la loterie mensuelle «à portes ouvertes » (1). Jamais la Banque n'avait été aussi près d’être réalisée. Mais jamais, aussi, les rivalités n’avaient été si marquées : Les députés du commerce jalousaient les banquiers, déjà internationaux, et plus encore Samuel Bernard, ce juif converti, cet étranger. Entrevoyaient-ils les dangers d'une main-mise économique, comme celle que Law faillit réaliser plus tard sur le commerce national ?
Ils appréhendaient donc la méfiance du public mal impressionné par la suspension de paiement, toute récente. de la Caisse des Emprunts. Au surplus, ils dou: taient fort qu’on püût réunir les douze à quinze millions nécessaires à la sécurité de la Banque (2) Cette incertitude était justifiée, car «en attendant que les fonds destinés aux Directeurs fussent échus », le projet d’édit restait muet quant à la manière de financer les frais de premier établissement. $
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(2) A. N., G. 7, 716 et 718. (Projet de banque Le Barz).
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Cette fois encore, l'opposition triompha.
Vainement les banquiers s’obstinèrent, répétant à Desmaretz (1) qu'il « ne risquait rien dans cet établissement que de procurer au Roi un grand secours pour la campagne prochaïne » que, si la Banque échouait, «on n'en serait pas plus mal » vainement ils le mirent en garde contre le dénigrement systématique de la faction adverse, disant que, si sa Grandeur jugeait à propos de communiquer le projet «à des négociants », «il serait bon de leur faire entendre que ce n’est pas pour le contredire comme des avocats » (2).
L’édit ne parut pas. Desmaretz n’essaya pas d'imposer l'union nécessaire, mais alors impossible, et il renonça à porter Bernard au faîte de sa fortune. La Banque ne devait voir le jour que huit ans plus tard avec le prestigieux Law, à l’aube des temps nouveaux issus de la Régence (3).
(1) A. N., G. 7, 716 et 718. (Projet de banque le Barz).
(2) Tel par exemple le remuant Mesnager, député du Commerce, de la faction adverse.
(3) On peut suivre l’évolution des esprits, en lisant les Procès-Verbaux du Conseil des Finances du 24 Octobre 1715 et du 1e Mai 1716. En Octobre 1715, Samuel Bernard, qui a encore sur le cœur son échee de 1709, Anisson et quelques autres, consultés, font encore opposition. En Mai 1716, ‘‘ tous Messieurs (du Conseil) ont été d'avis d'accepter ”.
Ces Procès-Verbaux ont été publiés par M. de Boislisle en appendice au Tome XXX de son éd. de Saint Simon. Quant à Saint Simon, il fut toujours hostile à la Banque. Il le déclara tout net au Conseil de Régence : ...tout bon, que peut être cet établissement en soi, il ne pouvait l'être que dans une république, ou que dans une monarchie telle qu'est l'Angleterre, dont les finances se gouvernent absolument par ceux là seuls qui les fournissent, et qui n'en fournissent au’autant et que comme il leur plaît ; mais, dans un Etat léger, changeant, plus qu’absolu, tel qu'est la France, la solidité y manquait nécessairement, par conséquent la confiance, au moins juste et sage, puisqu'un roi, et sous son nom, une maitresse, un ministre, des favoris, plus encore d’extrêmes nécessités comme celles où le feu Roi se trouva dans les années 1707, 1708, 1709 et 1710, cent choses enfin pouvaient renverser la Banque, dont l’appât était trop grand et en même temps trop facile...» (éd. Chéruel, T. XI, p. 255). Et cette opinion qui n eût certes pas été du goût de S. Bernard en 1710, paraît bien être la bonne.