CHAPITRE II
Desmaretz au Contrôle Général. - Abandon des billets de monnaie - Projets de banque - Caisse de Régie - Affaires Extraordinaires.
Le 19 Février 1708, Louis XIV agréaiïit la démission de Chamillart et acceptait de lui donner Desmaretz comme successeur. Le lendemain, à l’issue de la messe, ils étaient l’un et l’autre introduits dans le Cabinet Royal à Marly :
«Le Roi consomma l'affaire », raconte Saint-Simon, (1) «et prévint Desmaretz en lui expliquant lui-même l’état déplorable de ses finances, tant pour lui faire voir qu’il savait tout, que pour lui épargner peut-être l’emt barras de lui en rendre un compte exact, comme cela ne - se pouvait éviter à l’entrée d’une administration ; le roi ajouta que, les choses en cet état, il serait très obligé à Dcsmaretz s’il y pouvait trouver quelque remède et point du tout surpris si tout continuait d’aller de mal en pis ; ce qu'il assaïsonna de toutes les grâces dont il avait
(4) T. XV p. 378.
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coutume de flatter ses nouveaux ministres en les installant ».
Le pessimisme du Roi n’était pas excessif. Desmarefz était associé de trop près à l'administration de Chamillart pour l’ignorer. « Cette affreuse situation m'était assez connue » reconnaîtra-t-il plus tard.
Desmaretz entra aussitôt en fonctions. La crise de la Trésorerie était ouverte. Le bilan qu’il eut soin d’établir pour « reconnaître les dettes de l'Etat et les papiers qui étaient décrédités, » en fournit d’ailleurs une démonstration éloquente : (1)
I1 était dû au public au 20 Février 1708 :
Pour les nouveaux billets de monnaie réformés en
ATOT FRS AIRE PET NES Si es CO 72.000.000 Billets de monnaie convertis en billets des fermiers :
généraux, des fermes unies et des receveurs géné-
raux des finances payables en cinq ans .......... 54.435.825 Anciens billets de monnaie, non réformés, gardés par
ordre dans les caisses de la Trésorerie dont il fallait
fairé:le fonds ER OT ER 9.570 248 Billets des sous-fermiers, des aides, par forme de
PrÈb 2 LA NE et CRE PR ENS ù 7 200 000 Promesses de la Caisse des Gabelles............... 60 453 760
Billets d'emprunt des Trésoreries de l’extraordinaire des guerres et des adjoints qui leur avaient été donnés pour soutenir les dépenses de leur exercice
des années 1706 et 1707 SAT COR Re 61 705.827 Intérêts échus de ces différentes parties. ........... 27.991.665 Il était dû aux trésoriers de toute nature pour ordon-
nances et états non acquittés.. .......2/, 2. 102.366.833
Il avait été consommé par avance sur les revenus de
(1) Compte Rendu au Régent,
ANT Se
1708 pour les dépenses de 1706 et 1707 .......... 54.833.833 Plus sur les années 1709, 1710, 1711, 1712 ......... 14.286 670 PDA AA GenNCS ae an, 2.000 000 Il était dû au Sieur Bernard pour avances faites pour
les troupes, pour lesquelles il lui avait été donné
des billets des trésoriers de l’extraordinaire des
guerres, qu’il a fallu remplacer .......,......... 11.000.000 Aux frères Hogguer, pour les avances faites pour
l’armée d’Italie, plus de....... ARR MERE Dur ne 5 000.000
Ainsi la seule Dette Flottante dépassait 482 millions. Les revenus des années 1709, 1710, 1711, 1712, étaient déjà entamés jusqu’à concurrence de 14 millions. Plus de 102 millions d'ordonnances de paiement n'avaient pas été acquittés : Déplorable carence !, et qui n’incitait que trop les comptables aux spéculations illicites sur les deniers du Roi.
Les billets constituaient un arriéré de plus de 293 millions : Desmaretz n’en décompte pas moins de sept espèces, les uns émis soit directement par l'Etat (billets de monnaie réformés et non réformés), soit indirectement par les Caisses de ses comptables, ‘Trésoriers (Billets des Trésoreries de l’extraordinaire des guerres) Receveurs (Billets des Receveurs Généraux) Fermiers (Billets des Fermiers Généraux, billets des sous-fermiers, promesses de la Caisse des Gabelles). Et il en existait d’autres, tels les billets des Galères, tels les billets que les « intéressés aux affaires du Roi» étaient autorisés à émettre sur la garantie de leurs traites. :
eg
En face de ce «Flottant» énorme, quelles étaient les ressources ?
Les revenus étaient plus réduits que jamais : réduits de 120 millions à 46 millions par les charges (1) à 20 millions à peine, par des «anticipations », par ce qui était consommé d’avance (2).
Les affaires extraordinaires étaient épuisées.
Or..on prévoyait, pour 1708, une dépense de 200 millions (3) On avait 20 millions, c'était encore 180 millions à trouver. ;
« Ce simple détail » écrira plus tard Mallet (4), un des premiers commis de Desmaretz, « fait assez connaître que l'Etat n'avait jamais été dans des engagements si considérables envers le public, si arriéré pour le paiement de ses dépenses, ni avec aussi peu de fonds pour y satisfaire ».
Desmaretz sut alors donner au public le gage de sa confiance.
Il oublia les irritations partagées avec Chamillart, renonça au système autoritaire que lui avait mal conseillé son humeur naturelle, et, aussitôt ministre, le 25 Février 1708 (5), il prit la mesure libérale que voulaient les gros banquiers, les Samuel Bernard, les Miotte, les Bourvalais (6), de toute la force de leurs millions prêtés (on devait 11 millions à Bernard), et qu'attendait le pays
) Forbonnais II p. 188.
2), (3) Desmaretz, Compte Rendu au Régent.
(4) Op. cit.
(5) Desmaretz, Compte Rendu. Desmaretz dit le 27 Février, mais les documents des Archives sur l’année 1708 disent 25 Février. A. N., G. 7 1621.
pr
entier : le rétablissement de la liberté de stipulation. La déclaration d'Octobre 1707 était rapportée, les billets de monnaie cessaient d’avoir cours forcé, la volonté des parties pourrait désormais les exclure des transactions.
Ce don de joyeux avénement, tout inévitable qu’il apparût, était de politique avisée. Desmaretz abandonnait les errements passés, en rejetait la responsabilité et inaugurait de nouvelles méthodes. A parler franc, c'était une reculade, mais on voulut y voir une innovation, et la déclaration du 25 Février fut accueillie par un soupir général de soulagement «par la joie infinie des gros marchands ». (1).
L’effet fut immédiat. La perte sur les billets de monnaie diminua sensiblement.
En même temps, Desmaretz fit annoncer à plusieurs reprises, des diminutions d’espèces, pour décourager les thésauriseurs (2). On revit de l’argent en circulation. La crise monétaire tendait à s’apaiser. À l'égard des billets, le Contrôle Général cessait d’accumuler arrêts et déclarations trop souvent inefficaces. Et l’année 1708 devait s'achever sans qu'on prît de nouvelles mesures.
Si à ce moment Desmaretz avait pu réserver un fonds certain pour le paiement des intérêts et l'amortissement la question eût peut-être été enfin résolue.
Mais ce m'était qu'une accalmie « La liberté des stipulations avait certainement diminué le mal, mais elle
Gi C. G., T, III n° 58, (2) G. G., T. HI n° 277.