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dixième partie des fonds nécessaires, tout pesait sur la Situation et exigeait des solutions draconiennes: Desmaretz n’hésita pas. Il décida qu’on ne paierait pas les assignations arrivant à échéance et qu’elles seraient reportées à l’année suivante (4) Il couvrit cette mesure forcée, ectte banqueroute partielle, d’un habile prétexte : l'assainissement des procédés de régie financière, la régénération administrative. Il fallait, disait-il « frapper un coup décisif » «ordonner que le produit des revenus le Sa Majesté fut directement porté à la Caisse du Trésor Royal ; ainsi elle retrouverait un crédit éteint depuis longtemps » et plus que jamais nécessaire ; ainsi cesseraient les abus que la multitude des agents de finances perpétrait sur le dos des contribuables ; mais cette réforme n'était possible qu’en libérant les fonds de l’année 1708. On applaudit. Au nom de l’ordre et de l'économie, et maniant adroitement la menace d’un paiement en monnaie faible, Desmaretz persuada aux porteurs d’assignations de ne pas insister et de se laisser réassigner sur 1709. L'opération libéra 50 millions. Ce fut là «le coup décisif » ; l’autre, le projet de centrat lisation des recettes au Trésor Royal resta sur le papier. On devait y revenir plus tard et sans plus de succès (2), « Ceux qui avaient pris des engagements pour le service continuèrent d’ «essuyer de longs retardemeents, de se
(1) Desmaretz, Compte Rendu au Régent.
(2) En 1710. Un projet de régie du Trésor Royal, tendant dans ses grandes lignes à la centralisation des Recettes et des Dépenses et au contrôle mensuel des comptabilités lacales, fut élaboré et discuté, mais il n'eut pas de suite, ainsi qu'il appert du silence des documents ultérieurs, C. C. G., IT p. 608,
voir priver par les mauvaises difficultés des comptables, d’une partie de leurs intérêts » (1).
L'audacieux report des assignations dégagea la Trésorerie. Desmaretz gagnait du temps. Il parvint même à négocier près de dix millions d’assignations nouvelles sur des années éloignées, 1714, 1715, 1716 (1 bis).
Il trouva, d'autre part, auprès des traitants l’appui sur lequel il comptait. Il leur laissa espérer des gains encore plus considérables qu'avec ses prédécesseurs (2), leur promettant de ne jamais leur manquer de parole (3). Les traitants le crurent d'autant mieux qu'il avait déjà eu l’occasion de s'exprimer sur l’utilité des bonnes relations à entretenir avec eux, (4) et ils apportèrent au Roi les millions dont il avait besoin. Le Roi, lui-même, n’hésita pas à les flatter, à leur accorder en la personne du fameux banquier Bernard, l’insigne honneur de sa promenade (5). Avait-il vraiment l'intention de leur « couper la bourse » (6) et Desmaretz se réservait-il à part lui de leur «faire rendre un jour partie de leurs brigandages » (7). Peut-être, mais pour l'heure, il s'agissait d'abord de leur montrer bon visage.
Ils passèrent avec le Contrôle Général pour 55 millions et plus, de traités d’affaires extraordinaires : nouveaux sols pour livre, sur divers droits dont ils ache-
1) Desmaretz, Compte Rendu au Régent,
À bis) Forbonnais, loc. cit.
3 Abbé de Saint Pierre, Annales Politiques.
correspondants de la marquise de Balleroy par Ed. de Barthélemy, À Voir p. 14.
(5) Saint Simon T. XVI, p. 34 et s. La savoureuse anecdote est bien connue. “ Saint Simon loc. cit.
Abbé de Saint Pierre op. cit., loc, cit.
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taient le bénéfice pour un certain nombre d'années : nouveaux offices dont ils avançaient la « finance » en attendant de leur trouver açquéreurs ; aliénation de capitation dans les pays d'Etats ou d'élections pour des durées variables, dont ils avançaient le produit. (1).
On revit les beaux jours des offices fantaisistes, des jurés-perruquiers » des « jurés crieurs d’enterrement » du temps de Pontchartrain (2).
À ces expédients traditionnels, Desmaretz adjoignit le non moins traditionnel expédient des émissions de rentes et celui, très voisin, des « augmentations de gages » de divers officiers ; C'était, en somme, des contrats de rentes forcés, réservés aux seuls officiers : en échange d’un supplément de « finance », ceux-ci recevaient des gages accrus.
Par quatre édits, il créa 2.100.000 de rentes sur l’'HÔtel-de-Ville, suivant diverses modalités : au denier 16, avec faculté d'échanger les anciennes rentes moins avantageuses sur le pied du capital, au denier 18 ; en rentes mixtes, moitié perpétuelles au denier 20, moitié viagères au denier 10 ; au denier 20 avec exemption de capitation (3). Ces 2. d'intérêt étaient relativement avantageux (6 à 7 %) pour le Roi.
Le peuple, déjà rentier incorrigible, malgré ses déboires si fréquents depuis les premières rentes de François Ier, souscrivit sans difficulté. Les émissions pro-
(4) Forbonnais T. II p. 183 et s. Les rachats de capitation produisirent près e Do dé aussi des charges de ‘ jurés baigneurs ”, de ‘‘ jurés étuvistes ”,
(3) Vührer op. cit. p 167 et suiv.
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duisirent 33 millions. On tira 11 millions des augmentations de gages (1).
Ainsi parvint Desmaretz au terme de l’année 1708. Plus tard, il ne dissimulait pas au Régent sa fierté d’avoir réussi: ce redressement «étonna les ennemis de Ja France, qui étaient persuadés que les finances étaient abandonnées comme insoutenables » (2).
Mais que ferait-on en 1709 ? Desmaretz n’allait-il pas perdre l’avantage d’un prestige si difficile à soutenir en pareilles circonstances ? Où trouverait-il encore les millions nécessaires aux armées ? Le problème de la circulation fiduciaire avait vite repris sa première acuité. Les affaires périclitaient dans une nouvelle confusion (3). Tous les jours Desmaretz recevait des plaintes et des propositions, reflets exacts du malaise public. L’examen attentif qu’il ordonnait de réserver à ces intarissables suggestions (4) dit assez son inquiétude et la carence de moyens ou d’expédients où le Contrôle Général était vite retombé.
Déflationnistes et inflationnistes, adversaires et partisans de la circulation fiduciaire, s’évertuaient à prouver l’excellence de leurs systèmes. Lyon restait le plus ardent foyer d'opposition. L’intendant Trudaine ne cessait de demander l'extinction des billets de monnaie : il cherchait dans la consolidation et l'amortissement
A Ne Poe rites et Desmaretz; Compte Rendu au Régent. A
Desmaretz, sur un ton d’ailleurs vite hargnieux, lorsqu'on se permet une critique, et plusieurs sont rapportées au Conseil.
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les moyens d'y parvenir (1) A la fin de 1707, on avait songé quelque temps à en charger les provinces et les principales villes (2) Certains proposaient un emprunt forcé sur les communautés et sur les offices (3).
Au début de 1708, le banquier lyonnais Ollivier propose le premier de consacrer au remboursement des billets le bénéfice d’une vaste mutation monétaire (4. Pour suivre cette suggestion, la réserve d’or nécessaire aux opérations de la refonte manquait, et surtout Desmaretz était absorbé par un autre projet. Il était assiégé par des gens qui prônaient l'établissement d’une Banque d'Etat. On lui citait les exemples de la Hollande et de l’Angleterre. L'idée, que déjà méditait Law tout en cherchant fortune dans les cours d'Europe, avait été lancée sous Chamillart (5); on ne s’y était pas arrêté. Des maretz avait continué la politique des billets de monnaie, L’idée avait müûri depuis. La situation s'était aggravée. Pourquoi ne pas tenter une expérience qui avait réussi ailleurs ? Les financiers les plus influents s étaient emparés de la thèse et Samuel Bernard intriguait au premier rang (6).
Les uns, en établissant une « Banque Générale », «une Banque de France » se proposaient seulement de «remettre l’argent du royaume en mouvement », de rétablir la confiance, le commerce, la facilité des échanges et des paiements, grâce à une nouvelle masse de billets soli-
(1) C. G., T. II no 1358.
fl (3), (4) A. N., G. 7, 70 et 1621.
5) Voir p. 30.
6) Il jouissait d’un grand crédit auprès de Desmaretz. Sa correspondance avec le Contrôle Général, déjà citée, en fait foi. Il poussait à la banque dès 1706.
dement garantis. Ce sont les directives très purement inflationnistes du projet Pélissier (4). Le succès des billets de la Banque résulterait du crédit de « quarante des plus riches fermiers généraux, marchands, banquiers, gens d’affaires et généralement personnes assurées » qui seraient chargés de la banque, et de l’appas que a loterie mensuelle, tenant lieu de paiement d’intérêts, offrirait au public.
Les autres, Bernard, Prondre, Crozat, espéraient en outre éteindre tout ou partie des effets royaux discrédités et particulièrement les billets de monnaie en leur substituant le crédit neuf des billets de la banque. Depuis plusieurs mois, Bernard pressait Desmaretz d’adopter son projet. Desmaretz était sur le point de se rendre. En Janvier 1709 « la banque paraissait chose faite ». Mais elle avait de véhéments adversaires. Trudaine, évidemment inquiet de l’accueil fort douteux, qu’elle trouverait auprès de ses administrés, écrivait PMR ses apr préhensions au Ministre (2). |
Afin d’éteindre une partie des billets de monnaie, la Banque devait émettre pour 20 millions de billets de 100 livres qu’elle s’engageait à rembourser à la volonté du porteur moyennant une retenue de 5 %. Qui ne s’empressera, objecte Trudaine, de changer ses billets de monnaie contre des billets de banque pour aller aussitôt « du même pas » se les faire rembourser en espèces. Pouvait-on attendre des étrangers une autre attitude ?
(1) tr de Fo C. Des T. III Appendi (2) €. C. G., T. II n° 277 den
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Les prévisions de Trudaine semblent fondées. L’étranger guettait, sans aucun doute, l’occasion de se débarrasser des quelques vingt millions de billets de monx naie dont il s'était laissé envahir ; il n’y avait pas lieu d'espérer, tant à cause de ses sentiments d’hostilité, que de son mépris pour nos finances, qu’il consentit à prendre les nouveaux billets de banque pour autre chose que des « papillotes. »
Quant au système de la loterie qu’on veut substituer à la modalité de l'intérêt fixe et annuel, Trudaine le trouve puéril : « Quand vous le feriez tirer par un ange “du ciel, écrit-il, personne n’ajoutera foi à sa fidélité... » « Le plus grand nombre des billets de banque étant dans les caisses des trésoriers ou dans les mains du Roi, » il y aurait lieu de croire que le Roi (ou les trésoriers) pourrait souvent profiter d’une partie de ces lots ; «Il serait bien préférable d’affecter l’argent de la loterie à l'amortissement des billets de la Banque. Enfin, et Trudaine touche le point sensible, «on veut faire croire que ces billets représentent un engagement de particuliers, mais, au fond, c’est toujours le roi qui les doit. »
Desmaretz se laissa ébranier. Le projet fut ajourné (Conseil des Finances du 4 Février 1709). Mais, outre que la Banque n’était pas définitivement enterrée, qu’on en devait reprendre de plus belle la discussion, quelques mois plus tard, son existence virtuelle avait suffi à troubler les esprits et à ralentir la marche des affaires.
Les billets de monnaie avaient d’abord regagné jusqu’à
plus de 75, 80 % de leur valeur (1) : on comptait sur le « débouchiement » de la banque, et les « intéressés à la Banque », Bernard surtout, les stockaient par millions. Une nuée de gens à tout faire s’improvisaient vendeurs: «j'en connais qui sont des va-nu-pieds, disait Trudaine ». Puis l’optimisme tomba. Ces gros achats causèrent de la méfiance. Ils devaient sûrement cacher quelque nouveau projet de cours forcé dont les accapareurs bénéficieraient. D’autre part, le bruit se confirmait d'une prochaine augmentation de monnaie. N'y préludait-on pas, comme d'habitude, par une diminution (Janvier 1709) ? Desmaretz avait beau accuser « les gens ignorants ou mal intentionnés » de répandre « une si mauvaise opinion ; » (2) les démentis officiels ne trompaient personne. À la fin de Janvier « toute circulation était arrêtée. « Les négociations suspendues, à Rouen, les bourses fermées, les marchés contremandés. « On ne trouvait plus d'argent à aucune condition ». (3) L’opinion, si versatile, s'était complètement retournée contre la Banque. ‘
Dès que l'échec en fut connu, les opérations reprirent et naturellement la hausse artificielle des billets de monnaie s’effondra. Les places de Paris et de Lyon en furent « totalement dérangées. » (4. Bernard, qui s’était engagé pour dix-huit millions, fut brusquement acculé par ses créanciers. « Chancelant » pendant plusieurs