CHAPITRE II
La politique et la morale.
Machiavel est le premier qui ait séparé la politique de la morale pour l'en déclarer complètement indépendante et faire du succès la règle unique de l'homme d'État. Peu lui importe que le moyen soit immoral, s'il est efficace ; la grandeur d'âme est coupable lorsqu'elle nuit; souvent l'apparence de la vertu est plus utile au prince que la vertu, et dès lors préférable. Aussi Machiavel a-t-il donné son nom à cette politique prudente et utilitaire qui ne connaît aucun frein moral.
Frédéric le Grand était encore prince héritier quand il combattit ce système dans son Aniimachiavell. Devenu roi, il sut aussi distinguer la politique de la morale, et fit du bien public la règle suprême de ses actes. Mais il demeura toujours convaincu qu'elles ont d'intimes liaisons, et qu'il est dangereux de les séparer.
La distinction de la politique et de la morale constitue un réel progrès, et permet seule à la politique de devenir elle-même une science: l'une part de l'État; l'autre de l'ordre moral, du principe « du bien et du mal. »
Mais Machiavel va plus loin. Il les sépare sans scrupule et absolument, ébranlant ainsi les droits du bien, ouvrant la voie à l'ambition sans bornes du prince, corrompant la politique pra-
tique. La politique n'a qu'une indépendance relative : elle ne peut ni ne doit se mettre en contradiction avec la loi morale.
Au reste, nous ne parlons pas ici de la morale révélée, qui ne commande qu'au fidèle, mais de la morale naturelle, reconnue par la raison comme l'ordre véritable de toute vie humaine.
Des lors, comment la politique serait-elle absolument indépendante des règles générales qui s'imposent à tout homme de bien? Comment tracerait-elle avec quelque assurance les devoirs do la nation ou de la société, si elle fait abstraction des devoirs oL des fins de l'homme, qui sont essentiellement du domaine de la morale? On comprendrait plus facilement que l'économie politique oubliât les lois physiques.
Les considérations morales jouent leur rôle, soit dans la détermination des buts, soit dans le choix des moyens de la politique :
l. Buts. Les buts politiques peuvent êlre moralement indifférenis ; ils ne doiveiit pas être immoraux.
Les réformes politiques peuvent s'inspirer de raisons purement juridiques, économiques, militaires. C'est le goût de l'art et du beau qui crée parfois de grandes institutions. Un nouveau code de procédure, une nouvelle organisation de l'armée, une transformation du système douanier, n'empruntent guère à la morale pratique.
Mais l'homme d'État ne peut s'affranchir des devoirs généraux qui s'imposent à tous. A-t-il donc cessé d'être homme, qu'il puisse poursuivre un but immoral !
L'antiquité elle-même reconnaissait cette vérité. Indiens, Juifs et Chinois la proclament et la sanctionnent de l'autorité du Ciel. Mais la pratique répondait mal au précepte. Rarement les principes moraux venaient-ils mettre un frein aux désirs insatiables de domination ou de richesse.
La politique des siècles plus récents mérite elle-même les plus graves reproches. Qui donc avait permis à l'homme de traiter son semblable comrne un objet d'exploitation et de jouissance I
Mais l'opinion publique devient peu à pou le miroir de la
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conscience publique, et exprime enfin plus clairement son blâme et ses éloges. L'affranchissement d'un peuple gémissant sous le joug, le respect de la paix, les progrès delà civilisation, l'éducation virile des citoyens, sont autant de devoirs politiques et moraux que les nations modernes savent justement mettre en honneur.
Gardons-nous cependant des sophismes . L'égoïsme et la passion se revêtent souvent encore du manteau de la morale, pour nommer la tyrannie ordre, rinvasion civilisation, la révolte liberté.
II. Moyens. — Il est plus difficile de concilier les moyens de la politique avec les exigences de la morale.
Le moraliste aime à leur appliquer les mêmes règles qu'aux buts. Il permet les moyens moralement indifférents, mais repousse tout moyen impur; et le sentiment et la raison semblent à la fois l'approuver.
Mais l'histoire, et la vie présente elle-même, nous montre à chaque pas les difficultés de ce principe, l'impossibilité même de le respecter. Le salut apporté par l'énergique ambitieux ne vautil pas mieux que les hésitations périlleuses d'un prince trop scrupuleux ? et l'orgueil qui agit et crée, n'est-il pas souvent préférable à la paresseuse humilité?
Donc a la fin justifie les moyens, » se sont écriés à leur tour maints politiques : <c réprouvable dans la morale privée, ce précepte est indispensable dans la politique. »
Mais les dangers de cette maxime jésuitique se pressent également de toutes parts. Si l'État ne craint pas l'immoralité du moyen, pourquoi donc le particulier la craindrait-il? Faut- il permettre à chacun d'excuser ses crimes en vantant son but? N'est-ce pas déchaîner toutes les passions, énerver la morale, en détruire l'harmonie?
Le problème est en effet difficile. Il semble impossible de se conformer aux exigences du moraliste, et désastreux de suivre l'opinion du sophiste.
Essayons d'approcher de la solution en scrutant mieux la nature de l'État, et le mal dans ses rapports avec l'ordre général du monde.
s L\ POLITIQUE.
1) L'État se compose d'hommes, il participe de leur nature : donc il est aussi un être moral, et ne peut répudier ses devoirs moraux envers l'humanité, les peuples, les sujets, les alliés.
Ces devoirs s'imposent aux détenteurs du pouvoir, comme aux gouvernés et aux partis. La vie publique a aussi ses vertus : l'amour de la patrie, la fidélité, la justice, le courage, l'accomplissement des fonctions. La civilisation en développe le sentiment, en augmente chaque jour les exigences.
Donc la loi morale ne s'arrête pas aux buts politiques. Elle s'impose à la vie entière, à tous les actes de l'État.
2) Mais l'Etat est l'organisation de la vie commune externe. Par suite, les règles morales qui s'imposent à la politique, diffèrent, par la mesure et par l'objet, de celles que la religion marque à l'individu. Celles-ci s'occupent de la vie intime de l'àme; les autres, de la conduite externe de la communauté publique. Il se peut que le saint arrive à la perfection en souffrant; mais l'homme d'État a pour devoir d'agir. L'un peut se retirer du inonde, s'isoler, se replier sur lui-même; l'autre demeure au centre de la vie sociale, agissant sur les hommes et par les hommes. L'Eglise peut exiger une perfection idéale, élever ses espérances jusqu'au ciel. L'Etat doit proportionner ses ordres aux aptitudes du grand nombre, et ne peut user de contrainte qu'autant que le comporte la nature moyenne des majorités. Le prêtre dit au fidèle ce qu'il doit être ; l'homme d'Etat envisage les hommes tels qu'ils sont.
Aussi les exigences de la morale n'ont-elles dans l'appréciation des actes politiques qu'une valeur relative^ proportionnée au degré de la culture moyenne d'un peuple ou d'une société. C'est en se reportant au temps et au lieu que l'on juge le bon citoyen ou le fonctionnaire fi'lèle; et nos scrupules peuvent diminuer quand nous considérons que les exigences de la morale vont en augmentant d'époque en époque, et que la mesure morale des actes politiques eux-mêmes devient toujours plus délicate.
Grecs et Romains se croyaient tout permis contre l'ennemi déclaré. Ils tuaient le vaincu désarmé, vendaient les captifs comme esclaves, pillaient les villes, brûlaient les villages. Un
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cher d'armée qui se conduirait aujourd'hui comme le firent les meilleurs d'entre les grands généraux de l'antiquité, serait traité de bandit ou de furieux.
Au moyen âge, l'hérésie ou l'incrédulité semblaient légitimer toutes les violences. Le pape romain, révéré comme la plus haute autorité morale de la chrétienté, osait répéter cette détestable maxime, qu'il n'y a ni promesse ni traité qui oblige envers l'infidèle : la sainteté du serment s'en allait en fumée'. Le monde moderne n'a qu'une voix pour flétrir ces erreurs.
Notre juste fierté s'indigne quand nous lisons que les ambassadeurs des puissances chrétiennes se jetaient dans la poussière en se présentant devant le Sultan ; et nous condamnons également l'adulation qui entoura Louis XIV, et dont les plus célèbres écrivains d'alors ne furent pas exempts.
Au siècle dernier, la corruption était encore si habituelle et si répandue dans le parlemeraent anglais, qu'un ministre ne pouvait conserver la majorité qu'en gagnant un certain nombre de membres par de l'argent ou des faveurs. Pitt lui-même acheta par la corruption la dissolution du parlement particulier et l'union de l'Irlande. Un ministre qui agirait ainsi de nos jours, se perdrait dans l'opinion publique.
Les ambiguïtés et les équivoques trompeuses étaient autrefois tellement en usage dans les relations diplomatiques, que l'honnête homme était lui-même forcé de prendre le masque, comme un marchand ayant affaire à des coquins. Aujourd'hui du moins, la sincérité et la bonne foi peuvent tenter de se montrer ouvertement.
' Voyez (les exemples diins Laurent, Études sur l'histoire de rhumanité, IX, 142; X, 338. [Laurent, IX, 142, parle de Pie V, (jni condamna la paix d'Orléans et la paix de Siiint-Germain, conclues entre le roi et les huguenots : a Avant que celle-ci se fît, il écrivit lettres sur lettres à la reine mère, au roi, pour l'empêcher, disant : « Comme il ne peut y avoir de communion entre Satan et les fils de la Lumière, Ton doit se tenir pour assuré qu'il ne jieui y avoir aucune composition entre les catholiques et les hérétitjues, sinon pleine de fraude et de feinlise. » Après qu'elle fut conclue... sans en tenir compte, il excita les cardinaux de iJourbon et de Lorraine à faire une guerre implacable aux héréliques, une guerre qui ne devait finit' que par leur extermination. » X, 338; il s'agit de Léon X, qui lit saisir et décapiter Roglioni, tyran <le l'érouse, venu à Rome sur la foi d'un saufronduit. — Ces deux exemples suffisent-ils à justiHer la pro|insiliofi générale du lexle?]
3) On ne* peut reprocher à l'homme politique de mesurer ses actes à l'inteHigence et aux aptitudes moyennes de son peuple ; mais au moins faut-il qu'il ne reste pas en arrière de celles-ci. Son rôle est de conduire en précédant. Il est le chef; le peuple le regarde; on peut lui demander davantage.
L'humanité a le devoir de marcher vers ses fins. En développant harmonieusement ses facultés, elle progresse moralement. Les nations et les princes sont responsables de la mission qui leur revient dans ce grand mouvement.
/i) 11 peut être permis à l'homme d'Etat de profiter du fait coupable d'autrui, quand il le rencontre simplement comme un accident. Mais s'il l'encourage, il s'en rend le complice. Philippe II d'Espagne suscitant des assassins à la reine Elisabeth d'Angleterre, commettait un crime que ni le bien public de l'Espagne, ni l'approbation du pape Pie V ne pouvait excuser'. Les incertitudes du sentiment moral de cette époque se montrent jusque dans les louanges données au chevalier Bayard, pour avoir repoussé sans hésiter la proposition du duc duc de Ferrare, d'assassiner le pape qui avait conspiré contre leur vie 2.
Une tolérance équivoque de la part de l'autorité qui a mission d'empêcher et de punir, est également coupable moralement.
11 suffit souvent d'un vœu de l'homme puissant pour qu'on le débarasse d'un adversaire dangereux.
Mais un général peut licitement écouter un traître qui lui révèle la situation de l'ennemi, et l'on ne saurait blâmer le prince qui profite d'un crime auquel il est absolument étranger, de l'assassinat d'un concurrent, par exemple.
5) La morale privée et la morale de l'Etat ont la même base générale ; ce sont deux branches d'une même souche. Et cependant l'instinct des peuples a su dès longtemps les distinguer. Un même acte paraît bien différent suivant qu'il est l'œuvre du patriotisme ou d'une basse cupidité. Machiavel outre une pensée vraie en disant que « le bien public excuse tous les crimes de
« Laurent, 0. c. IX, 190, et X, 171. [Laurent, X, 170 : a Des documents authentiques constatent que le Saint-Père et le roi Catholique prêtèrent la main à un projet (l'assassinat. » Ces clocumenls ne sont guère précis(^s par l'auteur en ce qui concerne le pape. — Comp. in(ri), I. V, cli. lU.]
a Laurent, X, 390.
NATURE F.T CAr.ACTKI'.E DE L.\ POLITIQUE. 11
riiomme d'Ktat*. » La raison d'État n"est point un vain mot, et le jugement de l'histoire approuve souvent son influence sur lu moralité des actes. Pourquoi cette différence?
Il faut ici bien déterminer ce qu'est le mal dans Tordre moral du monde.
Le mal se montre sous un jour très différent, suivant qu'on le considère au regard de l'individu qui le commet, ou par rapport à la vie générale de l'humanité. Ce qui est mal relativement au coupable, se présente toujours comme une condition nécessaire du bien, et ainsi comme un bien dans sa liaison avec le tout. Méphisto exprime une idée profondément vraie quand il se définit : « Une partie de cette force qui veut toujours le mal, et fait toujours le bien » (a). N'est-ce pas la lutte contre les passions mauvaises qui conduit à la suprême vertu? Tout progrès dans le bien n'est-il pas une victoire remportée sur le mal? De même que l'erreur possible permet la recherche du vrai, de même le mal dans le monde est la condition première de tout perfectionnement moral.
Le mal n'a pas d'ailleurs d'existence assurée. Toujours combattu, il finit toujours par succomber ; et vaincu, il cesse d'être le mal, pour n'être plus que la condition du bien. Donc, ce qui importe à l'ensemble, c'est que le mal serve au bien, qu'il soit vaincu et devienne la folie du bien ; et l'on peut ainsi distinguer entre le but approuvable et le moyen blâmable, pourvu que le mal n'occupe dans le rapport qu'une place subordonnée, qu'il soit dominé par le bien, transformé en bien.
Ce que nous disons de l'ordre moral général, est également applicable à l'Etat, l'Etat est un tout, un monde à soi. Ici aussi, ce qui paraît un mal isolément peut devenir un bien dans ses rapports avec l'ensemble, quand le mal a été vaincu et mis au service du bien.
* « Les princes, » disait le président français Jeannin, cité par Laurent, X, 344, (( font bien quelquefois des choses honteuses, qu'on ne peut hiûmer quand elles sont utiles à leurs Ëtats, car, la honle étant couverte par le profil, on la nomme sagesse. »
(o) (( Ein Thcil von jener Kraft, Die stcts (^as Rose wiil, und stets das Gute scbafTt » {Faust, 1).
Les passions humaines sont aussi indispensables aux progrès de l'Etat qu'au gouvernement divin du monde. En arrachant de nos cœurs tout égoïsme, toute vanité, toute ambition, tout esprit de contradiction, on détruirait du même coup des forces impulsives énormes, et le bien diminuerait. La vertu virile du patriotisme se mêle toujours à quelqu'une de ces passions ; et ce mélange est aussi nécessaire dans la politique pratique, que l'alliage pour la monnaie.
On ne peut exiger de l'homme d'Etat qu'il repousse ces appuis relativement impurs. Faut-il blâmer le prince qui, pressé par les circonstances, prend un ministre peu estimable peut-être, mais capable de rendre les plus grands services à l'Etat ? ou le ministre qui exploite la faiblesse du prince ou l'aveuglement d'un parti pour fonder le bien?
Mais le mal ne doit jamais dominer dans le rapport, il ne peut que servir ; il faut bien prendre garde qu'il ne vienne à l'emporter. Il n'est l'aiguillon du bien que quand sa place est sûrement subordonnée ; et même ainsi limité, ce principe n'est pas sans danger et prête au sophisme.
Un moyen disproportionné ou qui fait plus de mal que de bien, est toujours condamnable. Ainsi la conscience publique blâme sévèrement toute violation ouverte de la foi jurée : par exemple, un vainqueur qui viole les conditions d'une capitulation. C'est que le respect de la parole donnée est la clef de voûte de l'ordre général. Le bien spécial que l'État peut tirer d'une violation serait largement dépassé par le mal général d'un aussi désastreux exemple. Par contre, l'opinion regarde avec assez d'infférence l'inexécution d'un traité préjudiciable à l'État . Elle distingue très nettement entre la violation de la foi promise et une exécution insuffisante ou pénible. Peut-être même est-elle trop portée à permettre de surprendre ou de donner le change. Elle ne blâme sévèrement que lorsqu'il y a mensonge ou tromperie ouverte.
Frédéric le Grand disait qu'il tiendrait toujours sa parole comme homme privé, mais qu'il sacrifierait au besoin, comme prince, son honneur personnel au salut de l'État.
Nul crime n'est plus odieux que l'assassinat. La conscience
piibli(|ue refuse de l'absoudre, môme quand il se couvre du bien de l'État. C'est en vain que l'on invoque l'autorité de Grégoire XIV ordonnant un jubilé général en l'honneur des noces sanglantes de la Saint-Barthélémy, ou que l'on tente de justifier les massacres de Septembre (1793) au nom des dangers de la patrie et de la liberté républicaines. L'assassinat paraît si dangereux et si mauvais qu'il ne peut jamais servir de moyen '.
Mais ce principe est-il sans exception possible? L'histoire nous montre certains assassinats politiques que la conscience des penseurs n'ose elle-même condamner, que parfois elle approuve. Il est des hommes graves qui pensent comme Brutus du meurtre de César, et qui excusent comme une nécessité politique celui de Paul I" de Russie. Judith tuant Holopherne et Charlotte Gorday frappant Marat ne s'attirent guère que des éloges. Les Athéniens glorifient dans leurs chants le meurtre d'Hipparque; et le noble Schiller a célébré Guillaume Tell dans un drame qui fait l'admiration du monde. Et cependant, tous blâment sans hésiter les meurtres de Henri IV et du président Lincoln.
Le jugement de l'histoire fait donc une distinction. Sans admettre en principe que la fin justifie les moyens, elle reconnaît une exception possible. Elle absout, quand le meurtre affranchit un pays d'une tyrannie contre laquelle il n'était pas d'autre remède, et dont la continuation est un mal plus grand que le meurtre lui-même du tyran ; quand l'on peut dire avec Spinoza : « C'est un chien enragé ; tuez-le ! »
Sans doute cette exception, faite en raison de la subordination évidente de l'action mauvaise au bien général, n'est pas sans danger. Un fanatique pourra se croire un sauveur alors que la conscience publique l'appelle un odieux assassin. Le meurtre même de César a plus ébranlé le monde romain qu'il n'a sauvé la République.
Mais c'est que la bonne foi "du meurtrier, la conviction profonde qu'il agit pour le bien de tous, son désintéressement incontestable, ne suffisent pas pour le justifier. Il faut de plus que
♦ Laurent, II, 249 : a Si les révolutions sont un droit et parfois un devoir, l'assassinat est toujours un crime. »
U La t'OLITIQUË.
l'acte ait été objectivement nécessaire, qu'il ait évidemment servi au progrès du bien.
L'énergique sentiment et la conscience éclairée du devoir qui remplissent aujourd'hui la nation, et prescrivent à chacun de mettre sa vie au service de l'ensemble, sont en harmonie avec notre civilisation avancée. Les Allemands surtout aiment à considérer les droits publics comme des devoirs publics, à ennoblir la politique par le respect des droits de l'humanité, des peuples, des individus. Le prince aussi sert l'État, et doit être prêt à lui sacrifier son sang. L'esprit du devoir va plus loin que les prescriptions légales ou le pouvoir de contrainte. Il tend les forces, trempe les caractères, élève les cœurs, et féconde toute chose.