CHAPITRE IL
Conservation, mélange, transformation de la race.
Les qualités et les aptitudes du peuple et de la nation sont en quelque sorte la matière première de l'action de l'homme d'État. Qu'il les étudie donc, pour les travailler et les perfectionner.
Son pouvoir est ici limité sans doute. La famille, qui engendre et élève, a sur la race une influence bien plus grande que l'État. Les mœurs elles-mêmes sont souvent plus fortes que le droit. La religion et l'opinion, si puissantes sur les masses, sont l'une dominée par l'Église, l'autre par les œuvres privées de la presse, des lettres, de la science et des arts.
Gobineau [De l'inégaliié des races fium.) s'efforce de prouver historiquement que la conservation de la pureté de la race est une condition essentielle de la vigueur et des progrès des peuples et des États; que le mélange des races altère et corrompt l'espèce, et produit à la longue la dégénérescence et la mort.
Gobineau a le rare mérite d'avoir le premier rappelé l'importance depuis longtemps oubliée de la race. Mais sa conclusion est certainement inexacte.
1) La pureté du sang, anxieusement conservée, n'a pas toujours préservé l'État de la décadence et de la ruine.
Nul peuple n'a été plus loin dans cette voie que les Indiens :
L\ NAÏUKE IIUMAIINE COMME BASE DE LA l'OLITIOUI'- '~
l'idée de la conservation de la race remplit toute leur constitution. Les castes élevées ne se mariaient qu'entre elles, et les mésalliances étaient frappées des plus dures réprobations. Ou peut encore reconnaître aujourd'hui le type plus fin de la race brahmane. Et cependant les Ariens de l'Inde sont devenus la proie de l'étranger.
Les Égyptiens, qui avaient organisé leurs castes dans le même esprit, sont également tombés.
La noblesse germanique du moyen âge évitait de s'unir aux autres ordres ; la loi et les mœurs entravaient les unions inégales et les mésalliances. Cette sollicitude l'a-t-elle sauvée?
La pureté de la race ne garantit donc pas le maintien de ses vertus ni son immortalité. La race nationale est naturellement mortelle et limitée; elle peut décliner et périr tout en demeurant pure de tout mélange.
2) Dans certaines conditions, le mélange des races rajeunit, enrichit, améliore et renforce. La rapide croissance et la grandeur de Rome commencent après que le connubium a été permis entre patriciens et plébéiens; et les Romains introduisent sans cesse dans leur aristocratie les hommes et les familles les plus distingués de l'Italie, puis du monde. Rome doit sa grandeur aux riches éléments qu'elle puise partout.
Bien mieux : toutes les nations modernes sont le produit de mélanges étendus. En Italie ce sont les Ostrogoths, les Lombards et les Allemands, qui se grelfent sur le vieux tronc romain ; en France, les Gallo-Romains se fondent avec les Francs et les Burgondes; en Angleterre, les Bretons romanisés après s'être unis aux Anglo-Saxons, se mêlent, surtout dans la noblesse, avec les Normands vainqueurs, élevés dans la culture romane; la Prusse marie l'indépendance opiniâtre du Germain avec la souple docilité du Slave indigène; les Américains du Nord sont loin d'être affaiblis par les nombreux mélanges qu'ils subissent.
Ainsi, loin d'aboutir à la conclusion de Gobineau, nous voyons la fusion des races améliorer les types, être même spécialement favorable à l'État moderne.
3) Les mélanges que nous venons d'énumérer se sont tous
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accomplis entre des tribus blanches et ariennes. Le sang sémjtique lui-même n'a joué qu'un rôle secondaire.
Les mélanges des blancs avec les hommes de couleur ne donnent pas des résultats aussi favorables. Il sembleriit que les différences naturelles soient trop vives pour les rendre convenables ou utiles. On peut voir un avertissement dans la situation précaire des États de l'Amérique du Centre et du Sud, où ils se sont produits énergiquement. Des parents aussi dissemblables, transmettent, dirait-on, leurs défauts plutôt que leurs qualités, et la fécondité diminue au lieu d'augmenter.
4) Une faible dose d'éléments étrangers mais semblables, qui n'entame point le caractère naturel du peuple, est presque toujours utile. Mais un mélange considérable et brusque ébranle le peuple et menace sa vie.
L'homme d'État doit ennoblir son peuple par l'éducation, les institutions publiques, tous les moyens qui agissent favorablement sur les masses. La race, produit de la nature par son origine, peut ainsi devenir un produit de la culture.
Les anciens l'avaient bien compris. Sparte formait sa race et en assurait la conservation par son énergique éducation et ses mœurs si durement réglées. Les Romains latinisèrent la plupart des nations qu'ils soumirent. Le caractère anglais et le caractère américain témoignent irrécusablement de l'influence profonde des institutions publiques et des mœurs. C'est l'éducation militaire qui a rendu la Prusse aussi guerrière.