PRÉFACE DU TRADUCTEUR
Ce cadre n'offre-t-ilpas une lacune grave? Peut-être. Il semble qu'il oublie la politique internationale, pour ne s'occuper que de celle de l'État particulier. Cette lacune est d'autant plus surprenante qu'on devait moins l'attendre de l'auteur. Sa Politique ne contient guère qu'une page, excellente d'ailleurs, sur la politique étrangère ; le chapitre iv, livre II, Nationalité et humanité (internalionalité), est le seul qui s'en occupe. Elle méritait davantage.
Par un progrès remarquable des relations humaines, la paix est aujourd'hui l'état quasi-permanent des nations a). Ne peut-on pas se féliciter hautement quand l'on considère qu'une guerre de la France avec l'Angleterre, l'Espagne ou l'Italie, avec presque tous ses voisins, est une éventualité hors de prévision? Les guerres entre États européens sont devenues plus rares que les dissensions intestines des Gantons suisses formant l'ancienne Alliance perpétuelle. Les peuples de l'Europe sont unis par tant de liens, leurs intérêts sont tellement solidaires, qu'ils forment une véritable confédération à l'étal latent, n'attendant qu'un moment propice ou l'impulsion d'un grand homme pour se traduire en acte 6).
d'avec les sciences politiques (comp. Théorie générale, cli. La société, III, 5). La définition de M. Janetest trop étroite si elle s'applique à toute la science polilique (Statsicissenschaft), trop large si elle ne vise ([ue la polilique {Slatskunst) comme science.
a) Les années de guerre des divers Étals sont aux années de paix comme un est à vingt environ.
J;) On nous signale au dernier moment trois articles importants publiés par M. Bluntsclili dans In revue die Gegenwart (9 et 23 février, 2 mars 1878) sous le litre die Organisation des europdïschen Statenverein (un système de confédération européenne}, et dont voici la conclusion : « J'ai la confiance qu'à une date peu éloignée, un ou plusieurs des grands hommes d'Étal du continent entreprendront de réaliser une organisation de ce genre. L'œuvre est beaucoup plus facile que la fondation de l'empire allemand. » — M. le professeur Lorimer, qui apprécie ces ar-
Viii PRÉFACE DU TRADUCTEUR.
Pourquoi faut-il cependant, en présence de la vivacité de ce sentiment général, que les gouvernements oublient la mission civilisatrice de l'Europe et de la race aryenne? N'était-ce pas à un maître comme M. liluntschli de la leur rappeler? Leurs buts sont mesquins, leurs ambitions égoïstes. Ils s'observent, se jalousent, s'envient, et écrasent les peuples par leurs armements. Ils semblent incapables de coopérer à un grand but commun, de s'émouvoir pour une grande idée. Le moyen âge avait été plus généreux. Une question de prépondérance dynastique ou militaire peut encore mettre l'Europe en feu. Mais que les dynasties y prennent garde ! On ne méconnaît pas impunément ses grands devoirs! Les intérêts évidents de la civilisation peuvent seuls aujourd'hui légitimer la guerre.
Les oppositions ingénieuses des qualités de race et des qualités individuelles (chap. i, 1. III), sont peut-être la partie la plus originale de ce volume. Elles appartiennent à ce cercle d'idées psychologiques appliquées aux sciences politiques, qui a enfanté l'œuvre un peu étrange des Études psychologiques sur l'Église el l'Élata). Mais elles évitent les écarts de celles-ci, et mettent en relief plusieurs vérités fécondes. C'est ainsi qu'elles montrent parfaitement l'importance des qualités de race en face des qualités individuelles. Les premières sont visibles, facilement reconnaissables; car c'est la famille, la naissance, le rang,
ticles dans une lettre adressée à YAlhany Law journal (13 avril 1378), dit à ce sujet : « Ceux qui connaissent les rapports de Biuntsctili avec l'empire allemand et le grand chancelier seront probablement d'avis qu'un problème dont il est ainsi parit* n'est pas loin d'entrer dans la sphère des négociations diplomatiques. »
[Quatre ans se sont écoulés depuis notre première édition, elle problème n'a pas avancé d'un pas, et l'horizon de l'Europe s'est plutôt rembruni. Nous n'avons rien voulu changer au texte de cette page, qui peut paraître aujourd'hui trop optimiste.]
o) « Cette suprême folie d'un homme intelligent » suivant l'expression de R. v. Mohl, 0. c. I, 259. Comp. Théor. génér.p. 64.