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PRÉFACE DU TRADUCTEUR. IX

la situation qui les constituent, ou qui du moins les font présumer. Les secondes au contraire ont besoin de se révéler pour être connues ; elles sont ignorées tant que l'individu n'a pas prouvé sa valeur personnelle dans les actes. Les qualités de race forment donc des présomptions de capacité, dont le sage politique se gardera de méconnaître la valeur.

Mais c'est surtout dans la fondation et le maintien des États que la volonté de race joue un rôle capital. En effet, qu'est-ce que la volonté générale qui fonde ou garde l'État, sinon la volonté de la race humaine, volonté innée et nécessaire, et qu'on peut assimiler à la sociabilité en tant qu'elle force l'homme à vivre, non pas dans tel État, mais dans l'État? De même, la volonté générale qui fonde ou maintient l'État français ou l'État angolais, est-elle autre chose que la volonté naturelle (non pas nécessaire) de la race anglaise ou française ? Celle-ci s'identifie en quelque sorte avec ]e patriotisme . Elle se transmet naturellement avec le sang ou par l'habitude et l'éducation ; mais elle peut s'acquérir par toute autre voie, et se rencontrer même chez un étranger, un naturalisé par exemple. Enfin, et d'une manière plus large, la communauté de l'espèce n'est-elle pas la source, la condition indispensable de toute w/o?ife^cnera/e et de l'expression suprême qu'elle reçoit dans l'État? Que cet élément central, ce lien commun, vienne à disparaître, que nous soyons en face de volontés purement individuelles et divergentes, et c'en est fait de l'unité et de l'existence de l'État.

Mais comment reconnaître cette volonté générale? Ici le problème est plus complexe, et peut-être la solution donnée par l'auteur n'est-elle pas entièrement satisfaisante. « Nous la reconnaissons, dit-il, par la contradiction même qui est en nous, toutes les fois que nous voulons égoïstement une chose qui viole la nature commune (p. 73) ». Suffira-t-il donc que ma volonté soit entièrement désintéressée pour constituer une volonté générale? L'absence de toute contradiction dans mon for intérieur me sera-t-elle un sûr garant de l'excellence de mes intentions? Oui, sans doute, s'il s'agit des principes les plus simples du droit naturel, par exemple : tu ne voleras point, tu respecteras ton père, tu est né sociable. Ceux-là sont les mêmes chez tous. Non,

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évidemment, dès que la question se complique de circonstances accidentelles d'utilité ou d'opportunité, comme c'est le cas pour la plupart des questions politiques. Aussi nous est-il difficile de suivre notre auteur dans l'exemple qu'il cite: « César, dit-il, veut régner dans Rome, et Brutus veut le tuer. Il se peut que ces deux volontés ne soient qu'individuelles. Mais, si l'une est la volonté générale de Rome, c'est-à-dire de la nation romaine, il est impossible que l'autre le soit également. » D'accord, dironsnous; et même ici, c'est l'esprit humain, donc de race, qui, de déduction en déduction, formulera la conclusion. Mais cette conclusion raisonnée peut-elle être simplement rapportée « à la conscience par qui Dieu parle à l'homme, à la nature humaine qui manifeste sa moralité » (p. 73)? Nous en doutons fort. C'est là une question de politique pratique à résoudre par l'étude et la réflexion, suivant les circonstances, bien plus que par l'interrogation désintéressée delà conscience. Brutus peut se tromper de la meilleure foi du monde, et César encore davantage.

Nos grandes constitutions représentatives sont une des plus belles conquêtes de notre histoire contemporaine. L'imagination s'exalte quand elle considère toute la fécondité des résultats qui découlent de leur principe. L'édifice politique peut maintenant croître et se développer indéfiniment sans cesser d'être un. Plus même il grandira, plus ses lignes seront majestueuses et harmoniques. Un grand État représentatif devient de plus en plus l'expression de la conscience humaine dans ce qu'elle a de plus élevé, et ne peut poursuivre qu'un idéal de justice et de vérité a).

Mais ces grandes constructions ont une base commune, le suffrage; et l'organisation du suiîrage est ainsi redevenue de nos

o) Une principauté minuscule connine Monaco peut seule demeurer une maison de jeu, — Est-il un seul État moderne qui osât encore faire de la fausse monnaie ?

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