CHAPITRE VI
Les dynasties de l'Europe.
L'élude des dynasties facilite rintelligence de la politique et des luttes constitutionnelles; car, à côté de la politi(iue nationale, qui puise surtout ses forces dans l'esprit public et dans la nation, il y a la politique dynastique, qui s'inspire surtout do l'esprit de la maison régnante.
La plupart des dynasties actuelles remontent au moyen âge; c'est alors notamment que les nombreux princes de l'Allemagne ont conquis leur haute situation héréditaire. Mais plusieurs d'entre elles sont aujourd'hui sur leur déclin; d'autres sont définitivement tombées et se confondent avec la haute noblesse sujette. Les dynasties qui doivent aux temps modernes leur naissance ou leur essor sont plus rares.
il n'est donc pas étonnant que les souvenirs de puissance et de grandeur féodale soient encore si vivaces dans les cours, d'autant plus que la noblesse a des traditions et des souvenirs, semblables, et qu'elle forme l'entourage habituel des souverains.
Mais ces réminiscences ont le double inconvénient d'entraver le progrès et d'affaiblir l'autorité royale, en la mettant en lutte avec l'esprit du temps et les besoins actuels.
Les Hapsbourfj-Lorraine cl les Bourbons étaient, aux siècles pré-
cédents, les deux maisons rivales les plus puissantes de l'Europe. La première régnait héréditairement sur nombre de pays sudallemands, sur l'Autriche, la Bohême, la Hongrie, la Belgique, sur certaines principautés italiennes, pendant un temps même sur l'Espagne. La double couronne de roi allemand et d'empereur romain lui donnait en Europe le titre et le rang le plus élevé. Mais, depuis la guerre de Trente ans, sa grande rivale avait pris un rapide essor; elle était parvenue à la remplacer en Espagne et même en Italie : Louis XIV était plus puissant que l'Empereur.
L'amour de l'absolutisme traditionnel et la résistance aux flots de la vie moderne, dont elles auraient dû être les guides, leur ont fait perdre le gouvernement du monde. L'une vit successivement lui échapper l'Espagne, la Belgique, l'Italie, enfin l'Allemagne elle-même; elle est ajourd'hui réduite à son royaume austro-hongrois. L'autre, plus malheureuse encore, a perdu la France, Naples, Parme, l'Espagne elle-même un instant, et n'a plus guère nulle part, pas même en Espagne, une base assurée de puissance.
Au contraire, les dynasties qui ont su prêter l'oreille aux revendications modernes et marcher avec le temps, ont vu les plus brillants succès couronner leurs efforts. Ainsi des Hohenzollern en Prusse et en Roumanie, des Holslein-Gotlorp en Russie, des Cobourg-Gotha en Angleterre, en Belgique et en Portugal, des Holstein-Sonderburg-Glûcksburg en Danemark et en Grèce, des Carignans en Italie.
L'Allemagne est la grande pépinière des dynasties européennes; la plupart d'entre elles sont d'origine allemande; les Bourbons, les Carignans, les BcrnadoUes et les Napoléons sont à peu près les seules exceptions. Mais les familles allemandes . montées sur des trônes étrangers, ont su prendre la nationalité de leurs sujets, et sont devenues anglaise, russe, hollandaise, portugaise, etc.
Les dynasties ont entre elles de nombreuses alliances. La fécondité de l'Allemagne en familles princières a encore aujourd'hui son importance sous ce rapport. Ces alliances engendrent une sorte de large parenté, qui, sans détruire toutes les vieilles
rivalités, réveille chez les peuples le sentiment de leur communauté.
Une politique spécifiquement dynastique ne peut plus être pratiquée aujourd'hui ; elle serait en contradiction avec l'État moderne, car elle subordonnerait l'intérêt public à l'intérêt de tamille, la conduite politique aux haines et aux sympathies des princes.
Mais une dynastie qui s'appuie sur la nation , l'esprit public et le sentiment national, peut invoquer aussi les sentiments de famille et de parenté, et les employer admirablement pour le bien de l'État et de l'humanité, f.a parenté des dynasties a empêché plus d'une guerre, avancé plus d'une paix.