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CHAPITRE PREMIER

Puissance, puissance du gouvernement, puissance de la nation.

Tous les moyens qu'emploie l'État peuvent se résumer en un mot : \si puissance. L'État est puissance; et il lui faut la puissance. C'est par elle seulement qu'il peut remplir ses fins. Un État constamment impuissant n'a qu'une vie apparente; il n'a pas le droit de subsister.

La religion, qui s'adresse à l'âme, peut se passer d'une puissance externe. Le droit ne le peut pas; il faut au besoin qu'il s'affirme par la force.

La mort de Jésus sur la croix est la plus haute expression religieuse de l'amour de l'humanité et de la soumission à la volonté de Dieu. Mais c'est en luttant contre les obstacles et en fai sant triompher sa politique que l'homme d'État montre son génie

La puissance est pour nous la force générale (Gcsammlhrafiy s'exerçant au dehors et trouvant ou contraignant l'obéissance ;

LES MOYENS DE L ÉTAT. i\{

et nous opposons ici la puissance du gouvernement à la puissance de la nation {stricto sensu) ou des gouvernés.

La puissance de la société rentre en partie dans celle-ci, sans se confondre avec elle. Ainsi, les armées de milice sont un élément de la puissance de la nation, et non de la société; réciproquement, la puissance des mœurs et des usages de la société appartient, pour la plus grande part, à la vie privée seulement. On se trompe en s'imaginant que la puissance du gouvernement et celle de la nation sont en lutte constante et qu'elles augmentent aux dépens l'une de l'autre. Celte erreur conduite deux fautes politiques contraires :

1) L'exagération du pouvoir au détriment des forces de la nation. C'est la faute commune des despoties orientales. Elles craignent que leurs sujets ne s'enrichissent, et font affluer toutes les ressources du pays vers le gouffre de leur trésor , gorgé d'or en face de la misère générale. Redoutant encore plus la valeur guerrière des masses, elles les désarment, et s'entourent de gardes et de troupes permanentes dévouées à leurs caprices.

L'histoire a cent fois montré la faiblesse de cette politique. La puissance du maître ou du sultan était réputée incommensurable et divine; mais au premier choc violent du dehors, elle se rompait de toutes parts, et la nation tombait impuissante aux pieds du vainqueur.

2) L'antipathie, l'hostilité même contre tout pouvoir fort, et la confiance illimitée dans les forces tumultueuses des individus. C'est là ce qui poussait les ordres aristocratiques du moyen âge à résister à toute organisation centrale énergique; c'est ce qui égare encore nos démocrates et nos socialistes modernes d'Europe et d'Amérique.

La puissance du gouvernement n'est au fond que la puissance concentrée de la nation en vue du bien public, le mode qui lui donne toute sa portée. Loin de les considérer comme rivales, une saine politique s'efforcera de les unir harmoniquement et do les développer concurremment.

Un gouvernement inteUigent veillera donc à la conservation cl au progrès des forces des gouvernés.

Ln puissance financière d'un Étal repose moins sur l'accumu-

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lation stérile d'un trésor public énorme que sur le sage ordonnancement de l'économie générale et sur l'aisance de tous. Celte extension de la surface imposable permet au pouvoir de puiser largement dès que le besoin s'en fait sentir. (Test ce qui a permis à l'Angleterre de résister aussi opiniâtrement à Napoléon I".

La valeur et l'éducation guerrières des gouvernés donnent à l'Etat une réserve nombreuse, qui peut réparer les plus graves échecs. Les guerres de la Prusse contre Napoléon I" et les campagnes de 1866 et de 1870 ont prouvé la bonté du système. L'Etatqui s'appuie sur une armée permanente seulement, est mis hors de combat par sa défaite, et le soulèvement des populations, désaccoutumées des armes, ne peut arrêter les corp^ disciplinés de l'ennemi.

Mais une simple aroiée de milices ne donnerait point assez d'énergie à la puissance militaire d'un Etat appelé à une politique active. Une armée permanente exercée semble un complément nécessaire. Les Américains l'ont éprouvé dans la guerre civile de 1861 à 1865 : un noyau plus fort de troupes disciplinées leur eût épargné bien des désastres.

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