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B. — LA PRESSE

La presse, c'est l'œuvre littéraire, l'écrit, la gravure, l'image, rais à la portée de tous par l'impression ; et c'est en ce sens que nous devons parler ici de la presse politique.

Celle-ci prend elle-même des formes multiples : livres, mémoires et protocoles, brochures, pamphlets, revues périodiques, journaux.

La plupart de ces formes n'agissent que sur un cercle restreint de lecteurs. Les livres et les revues ne sont guère lus que par les esprits cultivés; les mémoires et protocoles, parles fonctionnaires respectifs ou les gens du métier. Les brochures trouvent aussi des lecteurs dans les classes moyennes. Mais les pamphlets et les journaux s'adressent à tous; et c'est par eux que la presse est une puissance. En la proclamant libre, l'Etat exprime sa confiance dans la force de la vérité ; il compte voir de vaillants champions entrer dans la lice pour la défendre et en assurer le triomphe, et il a raison dans une certaine mesure.

Mais, pour être dans la loi, la liberté de la presse n'est pas toujours dans les mœurs. L'Eglise catholique la rejette en principe, et la mine ou l'entrave en défendant à la foule croyante et soumise de lire les journaux libéraux. Fût-elle même dans les

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mœurs, elle est loin de mettre le lecteur à l'abri de toute surprise. La presse contribue aussi à répandre et à enraciner des préjugés, à exciter des passions, à égarer les masses. Sa liberté n'existe plus qu'en apparence dans les temps de crise violente. L'idée dominante règne alors par la terreur, et toute critique, toute opposition est étouffée, même contre la loi, brutalement. L'opinion du gouvernement peut s'exprimer par la presse sous trois formes différentes :

a) Dans un journal spécial, une feuille officielle, comme l'ancien Moniteur français, le Statsanzeiger prussien.

Cette feuille n'appartient point à la presse politique quand elle se borne à publier les lois, les ordonnances, les nominations, les jugements, les assignations, etc. Elle n'est alors que la publication des actes de Y autorité ou du pouvoir. Pour devenir un journal politique, il faut qu'elle prenne part à la discussion des affaires, qu'elle dise et motive l'opinion du gouvernement.

Mais ce mélange a des inconvénients nombreux. En entrant dans l'arène de la discussion, l'autorité se compromet facilement; elle donne à des opinions le cachet d'actes publics ; elle trouble l'impartialité de l'examen. La polémique de son journal devient un manifeste ou une note officielle.

Pour que la discussion soit libre, il faut une certaine égalité entre ceux qui discutent, et la feuille du pouvoir, avec son ton magistral, l'entame ou la détruit. Elle semble vouloir dominer ses lecteurs, et les contradictions qu'elle soulève sont d'autant plus vives.

b) Dans un journal semi-officiel. Ce système est peut-être plus mauvais encore. Le caractère équivoque de la feuille nuit à son crédit. Elle trouve difficilement de bons rédacteurs, un journaliste de talent ne voulant pas être placé entre les susceptibilités du gouvernement, qui le désavouera peut-être, et la méfiance du public. Elle est facilement terne, incertaine et inquiète.

c) Mieux vaut distinguer nettement, comme l'a fait l'Angleterre, entre la feuille purement officielle, qui ne publie que des actes publics, et la presse libre, dans laquelle les ministres euxmêmes peuvent écrire ou faire écrire à l'occasion, mais comme particuliers seulement. La liberté et l'égalité, qui sont la loi des

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discussions, sont ainsi respectées, et les hommes dirigeants sont écoutés avec d'autant plus de bienveillance. Un minstre pourra même très bien se choisir ou se créer un organe spécial, qui attirera l'attention du public sans compromettre le pouvoir et le forcer à des désaveux. L'Etat conserve de la sorte une indépendance parfaite à l'égard de tous les journaux ; et le ministre peut, au besoin, écrire incognito dans la feuille qu'il a choisie, et regarder passer l'orage que son article a soulevé : il n'a exprimé qu'une opinion privée.

Ministres et gouvernants doivent se tenir au courant des discussions de la presse. Mais ils n'ont pas le temps de lire tous les journaux ; il leur faut donc des aides qui fassent pour eux le triage de l'utile. Ceci n'est pas sans danger. Le crayon rouge d'un secrétaire intrigant a souvent trompé son chef, en mettant eu évidence, en dissimulant certains passages. On ne saurait trop recommander aux hommes dirigeants de lire par eux-mêmes une couple de feuilles principales.

Les rédacteurs d'un grand journal sont des politiques de profession, qui servent librement l'opinion publique et influent sur la vie de l'Etat. Une vocation aussi importante demande des qualités remarquables, une éducation libérale, des connaissances étendues. Il faut au journaliste un œil toujours ouvert qui perçoive tous les courants du jour, une intelligence pénétrante qui découvre les plans, les motifs, les intentions. Chaque lecteur demande à son journal de fournir immédiatement une opinion, sur des questions qui intéressent parfois le monde entier, et lui pardonne plus volontiers l'erreur que l'hésitation ou l'incertitude. L'activité du journaliste ne connaît pas de trêve; son attention doit être toujours en éveil, son avis toujours prêt. On veut qu'il expose avec talent et dans un bon style, qu'il soit clair, convaincant, jamais ennuyeux. Et cependant ses meilleurs articles ne vivent qu'un jour, et les flots toujours nouveaux du lendemain ensevelissent à chaque instant les efl'orts de la veille.

Cette carrière attire volontiers les natures politiques qui ne peuvent arriver au pouvoir. Mais elle n'est guère très honorable que dans les pays libres.

Les grands centres, les capitales où se réunissent le gouver-

iieraent, les cliambres, les chefs de parti, où les nouvelles abondent de toutes parts, où les abonnements se multiplient, sont sans doute le siège naturel des grands journaux. Cependant l'expérience montre qu'ils peuvent réussir aussi, et avec plus d'indépendance peut-être, dans des villes moins importantes.

Une civilisation très avancée amène parfois un phénomène dangereux : c'est le journalisme habile et professionnel, qui, sans vrai talent, sans amour du pays est très indifférent à tout, ne songe qu'à exploiter les passions du public.

Les partis doivent avoir leurs organes; mais le public se méfie volontiers de la presse de parli. Il doute de la sincérité ou de la justesse de ses jugements, de la pureté de ses intentions. Les journaux qui ne se donnent que la mission d'exprimer l'opinion publique, acquièrent plus facilement un cercle étendu de lecteurs. Ils perdeçt peut-être en énergie et en esprit dé suite; mais le sentiment général est heureux de se retrouver en eux comme dans un miroir.

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