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La démocratie aime et dé- 5. L'aristocratie aime surtout

fend énergiquement la liberté Isl liberté et l'honneur particuliers

commune, égale pour tous, et des hautes classes. Mais s'exa-

Vhonneur national. Par contre, gérant sa supériorité, elle en

elle est hostile à l'honneur et arrive à mépriser les masses. aux libertés particulières des classes ou des individus.

L'idée démocratique demande ici encore à être complétée par son opposée. La liberté commune est une condition essentielle d'un État libre et avancé, et l'honneur national est la base principale de l'honneur particulier; c'est leur puissance qui donne le plus souvent la mesure de la valeur d'un peuple.

Mais faut-il s'arrêter à cette exclusive uniformité? Le sol le mieux uni ne produit-il pas des plantes de toutes grandeurs? La haine envieuse des démocrates contre toute distinction est un vice méprisable qui méconnaît ou entrave les plus nobles biens. Les foules elles-mêmes tombent et se dégradent, si elles ne reçoivent perpétuellement l'impulsion des fortes individualités.

Les démocrates réclament justement la liberté et l'honneur de tous, en se fondant sur la nature humaine, créée à l'imnge de Dieu. Mais sur cette base générale s'élèvent des degrés et des différences plus délicates, qui peuvent échapper aux masses, non au tact plus exercé des classes élevées (aristocratiques). L'originalité indépendante de l'esprit, le haut sentiment de l'honneur des héros et des sages, ont toujours eu une influence puissante sur les progrès de l'humanité. On ne saurait les étouffer ni les opprimer sans péril.

a) Comp. Théorie générale, p. 458, cli. ix, I. f.

6. Le droit démocratique s'appuie de préférence sur la volonté nationale; la loi, expression de cette volonté, en est la source la plus abondante. La démocratie ne nie pas l'autorité de la tradition, mais elle veut pouvoir innover sans en tenir compte.

Aussi prend-elle souvent le caprice et la passion du nombre pour l'expression de la volonté nationale, et s'imagine follement qu'elle peut créer arbitrairement le droit.

6. L'aristocratie honore surtout l'autorité devenue visible, consacrée par le temps. Aussi respecte-t-elle pieusement la tradition et la coutume anciennes. Trop amie de la distinction et de la noblesse de race, elle s'attache autant qu'elle peut à l'hérédité, qui transmet au présent les conquêtes du passé. Mais elle sait comprendre la valeur du droit historique, et se méfie des innovations arbitraires.

L'autorité et la liberté, le repos et le mouvement, l'hérédité et le progrès, la tradition et la loi, loin d'être isolés et séparés, sont au contraire intimement unis dans la vie du droit et de l'Etat. Donc, la liberté progressive doit respecter l'autorité traditionnelle, et celle-ci se garder d'enchaîner le développement utile de la liberté. Le droit, dans son essence, n'est point une création arbitraire, mais une nécessité dérivant de la nature des choses, des besoins même de la vie commune. La loi en est l'expression consciente et publique; elle est donc une forme plus élevée de progrès que la simple coutume. Si c'est ainsi que la démocratie l'entend, elle a raison sans doute. Mais ce qui prouve que cette conception n'est point étrangère aux aristocraties, c'est que les anciens Romains et les Anglais modernes ont fait faire, soit au droit privé, soit au droit public, des progrès enregistrés par l'histoire du monde.

7. La démocratie aime les joyeuses fêtes nationales et populaires (fête des chanteurs, des tireurs, des écoles etc.) et les œuvres d'utilité publique (routes, chemins de fer, écoles publiques).

Elle préfère les vêtements simples et bourgeois aux costumes d'apparat. La grande pompe et le luxe lui sont antipathiques.

7. L'aristocratie aime et honore les formes fines et distinguées, la dignité et l'éclat des manifestations extérieures. Elle ne déteste pas la différence et la pompe des costumes. Elle sait estimer une parure artistique ou même luxueuse.

Le mieux est toujours de compléter les deux tendances l'une par l'autre. Ainsi, le modeste costume bourgeois convient à tous dans la vie ordinaire. Mais les manifestations plus brillantes de la vie, qui ornent et éclairent noblement l'uniformité quotidienne, ont également leurs droits ; elles donnent satisfaction à notre amour du beau et du grand.

Les talents artistiques ont toujours quelque chose d'aristocratique, parce qu'ils élèvent au-dessus du vulgaire et créent le noble et le rare. Les arts ne fleurissent guère dans un milieu jaloux où chacun doit craindre de se distinguer. Sans doute, Athènes, Florence, Nûrenberg et Anvers nous montrent qu^ils peuvent aussi prospérer dans les démocraties. Ces villes soutiennent la comparaison de Rome, de Venise, des cours allemandes ou françaises; elles l'emportent même sur la riche et aristocratique Angleterre. Mais l'on ne doit pas oublier que les idées des Athéniens dans les arts étaient hautement aristocratiques, qu'ils se considéraient comme bien supérieurs aux barbares, et même comme les premiers d'entre les Grecs (arisloï) ; et que ce furent à Florence les princes Médicis, à Nûrenberg et Anvers de riches négociants et des patriciens distingués, qui donnèrent aux arts un si remarquable essor.

Une œuvre est parfaite lorsqu'elle réunit harmonieusement l'utilité ou la conformité avec le but, et l'agrément ou la beauté des formes. L'absence de l'une de ces qualités est toujours un défaut. L'utilité seule donne le grossier et le commun ; la forma sans but est une vaine apparence.

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