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La dynastie des Hohenzollern et les rois de Prusse

La Prusse est essentiellement l'œuvre de sa dynastie. Au commencement de la guerre de Trente ans, l'électorat de Saxe était plus important que celui de Brandebourg, et le duché de Prusse était encore le vassal de la Pologne. Le grand électeur Frédéric- Guillaume (1640 à 1688) affranchit ce dernier, introduisit un gouvernement uniforme pour la Prusse et le Brandebourg, et lit de sa principauté l'Etat le plus puissant de l'Allemagne du Nord. Un siècle plus tard, son arrière-petit-fils, Frédéric II (1740 à 1786), élevait la Prusse au rang de puissance européenne. Le premier n'avait eu qu'un duché de 2,073 milles carrés, avec une population de 1,500,000 habitants. Le second laissait en mourant un royaume de 3,540 milles carrés et de 5,400,000 habitants. La Prusse actuelle compte 6,171 milles carrés et 24,339,706 habitants ; et elle est, de plus, la puissance prépondérante de l'Empire allemand, qui compte 9,610 milles carrés a), et plus de 41 millions d'habitants.

Les princes prussiens du xvii"^ et du xviii® siècle étaient absolus, comme tous ceux du continent. Mais leur conception de la souveraineté du prince, « ce rocher de bronze, » suivant l'expression du roi Frédéric-Guillaume P"", était dès lors radicalement différente de celle des autres cours. La plupart des dynasties considéraient le pouvoir du prince à la manière du moyen âge, comme une propriété donnée par Dieu, une riche jouissance de famille. Les Hohenzollern eurent au contraire de bonne heure le sentiment du devoir envers la nation et l'Etat. « Sic gesturus sum principatus, » disait déjà le Grand Electeur, •« ut sciam rem esse populi, non privatam. » Le prince est le premier serviteur de l'Etat, s'écriait Frédéric II, formule tranchée qui

' Ileinrich v. Treitschke, Das constitulionnelleKoniglhum in Dcutscliland. Hist. und pol. Auniiize, vol. II, p. 747 et ss. — Hud. Gneist, Die Eigenarl des preufzischen Stals, Berlin, 1873.— Hermann-Schuhe, Das preuszisclie Slataisrechi, vol. I. Leipsig, 1872.

a) 544,450 kilona. c. d'après la géographie milllaire de Lavallée. Le mille [russien est de 7,532 mètres.

EFFETS ET DEVOinS DE LA MONARCHIE. 2''2o

engendra un principe nouveau. C'est dans cet esprit que les princes de Hohenzollern sont élevés, et l'empereur actuel en est rempli. Aussi l'Etat prussien fut-il dès le début une monarchie publique moderne (fm modernes Volkskôniglhum).

Par une rare faveur du sort, la I*russe naissante eut le bonheur de posséder successivement deux grands princes, généraux et hommes d'État de premier ordre, séparés par le règne intermédiaire d'un prince doux, modeste, économe, attaché à ses devoirs. Nous voulons parler du Grand-Électeur, du père de Frédéric II, et de Frédéric II lui-même. De même, dans notre siècle, la Prusse puissante doit ses énormes progrès à deux rois consciencieux qui ont su choisir et trouver des ministres de génie : à* Frédéric-Guillaume III^ qui eut Steïn et Hardenberg ; à Guillaume, qui a Bismarck. Ce gouvernement ministériel des nouveaux rois, remplaçant le gouvernement autocratique des anciens, est également un progrès en harmonie avec la marche de l'esprit moderne.

2. L'arwiee a dans l'Etat prussien une importance considérable. Elle y fut dès l'origine, l'objet de la plus grande sollicitude, et elle s'y est toujours distinguée par la perfection de l'armement, les connaissances techniques et les vertus guerrières. L'esprit militaire donne aux Prussiens une attitude virile, énergique, souvent roide. Le Grand-Electeur n'avait que 20,000 hommes d'armée permanente, et cette petite troupe était célèbre dans toute l'Europe. L'armée de Frédéric II, déjà de 200,000 hommes, était la meilleure de l'Europe, et résista à la coalition des puissances. Sous Frédéric-Guillaume III, le général Scharnohst imagina et introduisit le système national de la Landwehr, qui longtemps n'exista qu'en Prusse, et qui est en harmonie avec le régime constitutionnel, comme l'armée permanente professionnelle avec la monarchie absolue. Enfin, le roi Gui7/aumc éleva l'armée au faîte de sa force, et inscrivit à son front les campagnes glorieuses de 1 866 et de 1 870-71 .

Celte puissante organisation militaire donne à la Prusse un caractère guerrier, qui engendre à la fois autorité, ordre, courage, respect du devoir, mais aussi parfois arrogance et dureté, action violente et sans scrupule.

3. Le corps des foncUoiinaircs prussiens, sorti d'une école sévère, est rigoureusement discipliné, savant, rompu aux affaires, incorruptible. Ses traitements sont faibles dans les emplois moyens ou inférieurs, peu considérables dans les degrés élevés. Le fonctionnaire prussien doit travailler beaucoup, et sous un contrôle permanent. Son activité est réglée, son zèle continuellement excité. Cependant ses vertus civiques sont parfois obscurcies par des vues étroites, une intelligence médiocre des mœurs et des institutions étrangères, des formes roides ou peu sympathiques.

//. V. Treilschke {Histor. undpoL Aufsàize, II, p. 799) demande ici une triple réforme : 1) qu'on impose aux candidats une étude approfondie des sciences politiques (et non pas simplement du droit civil et criminel) ; 2) des lois qui limitent la compétence de l'administration et l'influence des passions de parti; 3) un système de self administration complétant l'administration professionnelle bureaucratique. Ces trois vœux paraissent fondés ; mais il faudra se garder d'exagérer des réglementations légales, et de trop espérer de la selfadministration allemande, plus bourgeoise qu'aristocratique. L'on pourrait demander, en quatrième lieu, que des rapports plus directs, plus vivants et plus libres, et par suite essentiellement oraux, entre les fonctionnaires et les administrés, vinssent remplacer l'écrivasserie formaliste et l'orgueil bureaucratique.

4. Les finances prussiennes ont toujours été bien ordonnées, sévèrement contrôlées, même sous le régime absolu, et administrées avec une économie toute bourgeoise. Le Habsbourg vivait largement, en grand seigneur, mais tombait parfois dans des peines d'argent. Le Ilolienzollern, au contraire, gérait en hommes d'affaires, augmentant son capital, toujours prêt à saisir une bonne occasion. Cette administration parcimonieuse, maintient excellemment l'ordre. Cependant un grand empire demande plus de largeur, des formes publiques plus brillantes et plus nobles. La puissance de l'Etat, la dignité de la nation, la majesté de l'empereur, doivent aussi se manifester grandement, au dehors.

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