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XIV PIIÉFACE DU TRADUCTEUR

semer le germe fécond, qu'elle laisse aux temps le soin de le mûrir.

M. Bluntschli cependant croit cette transformation générale peu probable, eii\ en donne sobrement les raisons (1. VIII, ch. iv). Mais pourquoi, dans l'étude de cette question, ne signale-t-il même pas l'importance de la nouvelle république? Est-ce qu'il ignore la puissante action des idéals français sur les formations politiques de l'Europe? Est-ce qu'il ne voit pas quels ardents rayons un foyer républicain comme la France répand forcément autour de lui? Non certes, car il a lui-même souvent placé la France au premier rang des nations civilisatrices. Son silence ne peut donc s'expliquer que par une certaine défiance contre la stabilité de nos institutions actuelles. Aussi ne s'en occupe-t-il que pour réserver son jugement (1. VIII, ch. ii).

Sans doute, la jeune République française s'est maintenant affirmée par huit années de tranquillité relative. Elle a libéré le territoire, et elle vient d'inaugurer avec dignité la neuvième année de son règne en nommant sans encombre son troisième président. La sécurité semble parfaite. Nos fonds publics n'ont jamais été plus fermes. Rien de pareil dans l'histoire depuis des siècles.

Et cependant les esprits réfléchis, même sympathiques à la forme républicaine, n'osent encore saluer son avènement. C'est qu'elle est en réalité bien plus menacée par l'effervescence du dedans que par l'hostilité du deliors. Elle n'a point encore su rallier autour d'elle un grand parti conservateur de gouvernement, et le suffrage universel égal, source unique de toutes ses autorités, peut faire craindre tous les excès.

Reconnaissons du moins combien son rôle pourrait être beau, si, par sa forte sagesse et sa modération, elle devenait lentement et organiquement le gouvernement initiateur des Etats de l'Europe vers un idéal nouveau, fondé sur la paix !

PRÉFACE DU TRADUCTEUR. xv

Rien de plus intéressant que l'étude de M. Bluntschli sur les partis politiques. Comme il renverse avec vigueur la savante théorie et les habiles formules du célèbre Stahl; comme il raille finement les enfantillages des radicaux, les manies de l'absolutiste ; comme il sait mettre en relief les brillantes qualités du type libéral, la grandeur d'àme et la solide raison du type conservateur! La théorie de /?o/i.mernous paraît profondément saine et vraie, et tout homme politique peut en faire son profit. Elle n'était guère connue en France que par une succincte analyse insérée au dictionnaire politique de M. Block. Je la regarde comme le joyau de ce livre, et je suis heureux de la reproduire, je crois, pour la première fois en français a).

Jetterons-nous un coup d'œil, à la lumière de ses principes, sur nos partis politiques actuels. Trois partis sont puissants en France : les radicaux, les absolutistes et les libéraux. A eux le pouvoir, les organes de la presse, l'opinion. Quant au vrai parti conservateur, à ce type sévère de raison virile et sagement progressive, de respect sans préjugé des traditions et du droit, de grande diplomatie, tel que nous le présente le sénat romain ou les tories anglais, on est frappé du petit nombre de ses adhérents, de la faiblesse de ses organes et de ses chefs : on dirait une lacune. Qui n'est pas dans le camp des libéraux et des radicaux passe, presque sans transition, dans celui des absolutistes. Où faut-il en chercher la cause? Est-ce dans la mobilité du caractère français, porté aux extrêmes? Est-ce dans la raideur du ''atholicisme, qui n'admet pas de terme moyen et pousse nos meilleurs esprits vers le libéralisme? Est-ce dans nos révolutions, qui ont mis en présence trois dynasties rivales, et rejeté

a) La Bibliothèque nationale ne possède pas l'ouvrage de Rolimfr, ni dans le texte ni dans la traduction.

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