II. Quant au chef de VEtat (monarque et ministres
La monarchie constitutionnellediffèredela monarchie absolue, non par une puissance et une majesté moindres, mais par les formes préservatrices qu'elle impose à l'action du prince. En réalité, le prince constitutionnel est plus puissant que le princej|l absolu, car il s'appuie sur les puissantes ressources d'une nation ' libre, sur un gouvernement intelligent et clairvoyant. Une force
exactement mesurée produit plus de résultat utile qu'une l'orce disproportionnée.
S'il est rare néanmoins de voir un prince absolu devenir volonlairement constitutionnel, c'est sans doute par suite de la tendance opiniâtre qui nous attache à ce que nous possédons, et aussi de l'ignorance des limitations utiles, tant que les forces qui doivent les constituer n'ont pas encore éprouvé leur valeur.
Il est très difficile à tout prince d'apprécier sainement les hommes et les choses : la cour est un mauvais miroir. Mais le roi constitutionnel rencontre plus facilement des esprits indépendants; la publicité des débats parlementaires et la liberté de la presse peuvent ouvrir les yeux h quiconque veut se donner la peine de voir. Si la constitution peut parfois entraver le génie, elle lui permettra toujours de triompher à la longue dans la poursuite du bien public. Ce régime appuie le prince ordinaire, porte secours au prince faible, enchaîne la funeste influence du prince mauvais.
Comparé à la république, il reste monarchique par son chet permanent, placé au-dessus des partis, au centre et au sommet de la vie publique, maintenant l'équilibre général, opposant une barrière aux ambitions effrénées et aux oscillations violentes, assurant l'unité de la volonté, la dignité, l'éclat, la majesté de l'Etat, Le roi constitutionnel n'est point condamné à l'inaction. S'il n'a pas l'arbitraire, il a toutes les sages initiatives.
Comparée à la monarchie absolue, cette même forme prend un certain caractère républicain : le prince lui-même y semble un service public; c'est la uo/on/é de l'Etat qu'il doit faire prévaloir, et non la sienne; les droits politiques sont garantis; les ministres sont responsables, et leur concours est indispensable; les chambres contrôlent le gouvernement.