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CHAPITRE IL

L'imitation française ' et l'imitation suisse

Le peuple français fit d'abord un triple essai de république représentative. Le premier (1792), proclamé au milieu des tempêtes, fut suivi de près par l'exécution de Louis XVI et par la sauvage tyrannie des jacobins et de la plèbe. Puis les partis s'apaisèrent un peu et la forme se modifia : ce fut le gouvernement faible et modéré du Directoire. Enfin, l'heureux et ambitieux Bonaparte établit le consulat (18 brumaire 1799), préparant ainsi le retour de la monarchie, mais dans la forme de l'impératorat. En mai 1804, on le proclamait empernir.

Les tentatives se renouvelèrent en 1848, après la chute de la mo. narchie constitutionnelle. Cavaignac triompha de la démocratie rouge dans une lutte sanglante. Mais la société émue s'adressa presque aussitôt au prince Louis-Napoléon^ ouvrant de nouveau la porte à la monarchie. Le coup d'Etat du 2 décembre 1851 restaura Vempire.

Les masses turbulentes proclamèrent une dernière fois la république à Paris et à Lyon (4 septembre 1870), ensuite des victoires des Allemands et de la catastrophe de Sedan. Le gouver-

* Ed. LàhovXaye, Paris en Amérique, 1865.

2 Cherhuliez, De la Démocratie on Suisse, Paris, 1843; Bluntschli, Gescliiclile des schweizerischen Bundesrechts, 2« édit., 1875; Hilly, Folilik dcr Eidgenossengcliaft.

DEVOIRS m LA RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE. 2i3

nement pro\ isoire de la Défense nationale fit de vains efforts pour combattre l'invasion, et dut accepter une paix douloureuse (26 février 1871). La populace de Paris proclama la Commune (28 mars 1871). Mais le reste de la France ne suivit pas ce sauvage mouvement, et les armées républicaines ! 'emparèrent de Paris incendié par la rage et le délire. Puis h France oscilla entre les monarchistes (légitimistes, orléanistes , bonapartistes) et les républicains, et accepta provisoirement une république modérée, avec un maréchal pour président septennal (novembre 1873).

Ce dernier essai sera-t-il plus heureux? On peut alléguer pour l'affirmative :

o) La lutte des trois partis monarchiques et des trois dynasties en présence. Le comte de Chambord est le véritable chef des légitimistes, qui attendent du retour à l'absolutisme la fin des révolutions, la renaissance politique et religieuse, et la guérison de tous les maux. Les princes d'Orléans sont les représentants de la royauté constitutionnelle, et sont portés aux transactions libérales. Le jeune Napoléon personnifie l'empire moderne s'élevant hautement sur une base démocratique.

b) Le sentiment général et énergique de Végalité et de la liberté, qui réveille perpétuellement l'esprit républicain.

c) Les idées politiques des Français, qui sont principalement démocratiques et républicaines. Depuis Rousseau, ils confondent habituellement la société et l'Etat; ils font du contrat social la base de l'Etat, et de la volonté des majorités la volonté générale ils conçoivent tout l'Etat de bas en haut; ils aiment à proclamer la souveraineté des assemblées nationales.

d) La force persistante des idées républfcaines, démontrée par la violence des révolutions successives qui ont rétabli la république.

Ce qui menace cette forme, c'est :

a) L'existence de grands partis monarchiques, ayant des chefs puissants, ne se soumettant qu'à regret, épiant l'occasion d'une restauration. Trop faibles chacun pour faire triompher le prince de son choix, ils sont asssez forts pour tenir la républi |ue en échec.

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b) Les traditions monarchiques, les brillants souvenirs de la puissance des rois et des empereurs, de leurs triomphes diplomatiques ou militaires, du luxe de leurs cours, de leur amour des arts.

c) La concentration toujours grandissante des pouvoirs dans Paris et dans une seule main disposant de l'armée et des fonctionnaires, et le défaut d'aptitude et d'habitude des départements et des communes à se gouverner eux-mêmes. La pleine centralisation individualise le pouvoir et mène logiquement à la monarchie. Les idées politiques des Français sont républicaines, mais leur caractère et leurs mœurs les portent volontiers à invoquer le bras du prince.

d) La crainte du retour de la Commune, qui fait désirer un gouvernement fort.

e) L'influence du clergé catholique dans les campagnes, qui espère davantage de la monarchie, et qui répand des méfiances contre le régime républicain. La légitimité et la hiérarchie s'unissent pour le combattre.

— La république représentative devait trouver en Suisse un terrain mieux préparé. Les idées républicaines y étaient intelligibles à tous ; des institutions républicaines et un sage selfgouvernement s'y étaient établis depuis des siècles.

Sans doute, les formes traditionnelles des cantons suisses étaient fort différentes des formes américaines. Dans les petits cantons, le pouvoir appartenait à l'assemblée générale de tous les citoyens (Landsgemeindc) ; dans les cantons urbains, à l'aristocratie, c'est-à-dire soit à la bourgeoisie du chef-lieu, comme à Bàle et à Zurich, soit à un patriciat urbain, comme à Lucerne et à Berne.

Mais ces aristocraties elles-mêmes ne pouvaient oublier que la Suisse s'était affranchie en se soulevant contre l'Autriche et sa noblesse, et que l'esprit de liberté commune remplissait toute l'histoire de son développement.

La démocratie représentative fut inaugurée en Suisse en 1798, par l'intermédiaire de la France, dans des formes plus françaises qu'américaines. La République helvétique (1798 à 1803) était un Etat unitaire, à la fois protégé et tenu en tutelle par sa puissante

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