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REPRÉSENTATION NATIONALE ET LÉGISLATION. '■US

démocratiques du siècle. Au rebours des idées du moyen âge, les peuples modernes aiment à construire l'Etat d'en bas, en l'appuyant sur le large fondement des masses. Le suffrage accordé à tous semble une conséquence nécessaire de la qualité générale de citoyen de l'Etal, qui a remplacé les distinctions d'ordres et de classes, et un complément naturel du service militaire, de Vimpôt, de Vinstruclion primaire, obligatoire pour tous.

Et cependant, le droit de suffrage n'est point un droit naturel de l'individu, comme le prétend le Contrat social, mais un droit public dérivé de l'Etat, n'existant que dans l'Etat, ne pouvant exister contre lui. C'est comme citoyen et non comme liomme que l'électeur vote ; il ne tire pas son droit de lui-même, des nécessités de son existence ou de son développement personnels, mais de la constitution, et pour le bien de l'Etat.

De même, la représentation nationale est une institution de VÈtat, destinée à élaborer et à formuler sa volonté. Les députés ne sont pas les mandataires des électeurs, mais les représentants de la nation. C'est uniquement pour avoir une représentation capable de celle-ci que le vote est donné aux citoyens. Ce droit ne va point de soi, comme au profit d'associés. Si le suffrage universel doit évidemment amener une représentation incapable, il doit être aboli. L'indigénat et le sexe masculin ne donnent point a eux seuls une action sur les affaires publiques. Pour avoir le droit de prendre part à l'élection d'une chambre qui doit être l'expression de la nation, il faut avoir la conscience vivante de la valeur de l'Etat.

La capacité de choisir est donc la condition indispensable du suffrage. C'est un suicide que de le donner à des classes évidemment incapables ou ineptes. L'extension du droit de vote doit être en proportion de la capacité et de la bonne volonté de bien choisir. Plus celles-ci sont générales, plus la nation est apte à se gouverner elle-même. Le suffrage universel n'est donc réellement possible que chez un peuple libre, cultivé, au caractère indépendant, au sentiment énergique de l'Etat. Les peuples incultes et les peuples à l'obéissance passive y sont impropres. Un homme d'Etat oserait-il proposer de l'introduire à l'instant dans la Russie ou dans les Indes? L'aristocratie anglaise recule pour

l'Angleterre elle-même devant ce saut dans l'inconnu. En France, les élections communardes des grandes villes et les élections cléricales des campagnes prouvent que cette grande extension n'est pas sans danger. En Italie, le suffrage unLversel mettrait en danger, encore aujourd'hui, l'existence elle-même de la jeune nation. En Allemagne enfin, il a donné d'assez médiocres résultats dans plusieurs circonscriptions rurales dociles à la hiérarchie.

Quoiqu'il reconnaisse et protège la liberté et la puissance du démos, il est loin d'être toujours favorable aux formations démo- Jl cratiques. Sans doute, il les assure en Suisse et aux États-Unis.^" Mais en France, il a servi de base à l'autocratie césarienne de Napoléon III; en Allemagne, s'il a été favorable à la fondation de l'empire, il l'a été encore davantage, dans plusieurs cercles, au clergé et aux grands seigneurs fonciers.

En général, et dans les temps ordinaires, le suffrage universel fortifie l'aulorilè déjà 'prépondérante. Républicain dans la république, il sera monarchique, impérialiste, ou aristocratique ailleurs. Mais dans les crises, il change parfois brusquement de direction, et perd le gouvernement qui comptait sur lui. Tel qu'il est aujourd'hui pratiqué, il dissout les masses dans leurs éléments atomiques, entasse arbitrairement ces atomes dans de vastes circonscriptions, les livre à tous les vents, et les voix*des|j électeurs s'élèvent en tourbillons de poussière suivant la direction de la tourmente. On en a fait l'expérience en Amérique, en, France, en Suisse.

Certaines oscillations sont sans doute inévitables, môme né-

cessaires à la vie; les violents soubresauts sont toujours dan- ■ gereux, et ruinent toute politique suivie. Une meilleure organisation des divisions électorales pourrait en partie parer au mal.i Ce qui est plus difficile, c'est de réagir contre l'incapacité oui l'ineptie des électeurs.

Le rétablissement du cens mécontenterait gravement les classes qu'il dépouillerait du suffrage, et mesurerait d'ailleurs à tort la vertu civique à l'argent possédé. Des fils de famille encore sans patrimoine, ou même des pauvres diables, peuvent faire d'excellents citoyens. On ne peut guère recommander non plusJ

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