IIEPUÉSENTATION NATIONALE ET LÉGISLATION
pour les mêmes raisons, rexclusion des serviteurs à gage, qui volent d'ailleurs presque toujours comme leurs maîtres.
Un signe externe, caractéristique de la capacité, manque donc jusqu'à ce jour. Comment reconnaître si tel bon paysan n'obéira pas aveuglément à son curé, même en politique, si tel ouvrier est un communard ou un bon citoyen?
Et cependant il y a urgence pour l'État et la société de parer aux dangereuxabus du suffrage universel. Pour qu'il puisse être maintenu, il faut nécessairement que le jugement et l'instruction des masses soient élevés. Sans une bonne éducation polilique, point de liberté ni de voles politiques possibles. Il appartient à la science de signaler cette condition , et de chercher les moyens d'y satisfaire.
L'école, et spécialement les écoles populaires, ne peuvent que préparer cette éducation. L'enfant sait difficilement comprendre l'État; c'est en vain qu'on a tenté de lui faire apprendre les principes de la constitution politique. Toutefois, on pourrait mettre davantage à sa portée, dans les hautes classes populaires elles-mêmes, certains principes élémentaires de droit, d'économie générale, d'ordre publique, de vertu civique.
Mais la grande lacune qu'il faut combler, c'est le temps qui s'écoule entre la sortie des écoles et la majorité politique.
L'éducaliun militaire des jeunes hommes y pourvoit en partie. L'esprit de corps s'éveille, la discipline sévère apprend la subordination, les mâles vertus se développent.
Mais ce secours est insuffisant ; il faut le compléter par une éducation civile. C'est la paix qui est l'état normal, non la guerre. Autres sont les vertus du citoyen, autres celles du soldat. Le règne exclusif d'une roide discipline empêcherait un peuple cultivé de remplir ses fins.
L'État moderne aurait ici beaucoup à apprendre de l'Église. C'est avec une profonde habileté que l'Église sait remplir l'esprit de la jeunesse de ses dogmes et de ses commandements, et lui enseigner Dieu et les hommes, Jésus et les Apôtres, le péché et le châtiment, avant de l'admettre aux sacrements, ù la communion, à la confirmation. Cette instruction donnée vers l'âge de puberté se grave dans les jeunes cœurs en tr.iits ineffaçable.;, tt
lorme souvent le point de départ de tout le développement intellectuel ultérieur. On peut le voir partout chez les peuples chrétiens. Les liens internes des paroisses, l'autorité des ccclé» siastiques, les mœurs religieuses, la communauté de l'Eglise elle-même, reposent en grande partie sur cette première éducation, que termine l'initiation du néophyte par la première communion,
L'État moderne aurait besoin d'un système' correspondant d'éducation. Son devoir et son intérêt lui commandent de veiller à ce que les jeunes citoyensqui vont voter pour la première fois, soient instruits des notions fondamentales de l'ordre et du droit publics.
Cet enseignement politique pourrait être donné cinq ou six ans après la confirmation chrétienne. 11 demande en effet un âge plus mûr. La foi s'adresse aux âmes tendres encore; l'intelligence de l'État demande un esprit plus viril. Là où la majorité politique commence à vingt-cinq ans, cet enseignement ne devrait pas précéder cette époque de plus d'une couple d'années.
Les jeunes citoyens seraient ainsi initiés à l'État, à son histoire, à sa constitution, à ses rapoports avec l'étranger, l'Église, la société, aux droits et aux devoirs civiques.
Pour exercer des droits politiques, il faudrait avoir reçu celle éducation, ou avoir subi un examen correspondant. Le jeune homme qui va voter, serait préalablement confirmé par l'État, et lui prêterait un serment solennel de fidélité. Une fête nationale annuelle remémorerait au besoin cette consécralion civique. L©^ sentiment de l'État grandirait ainsi dans les esprits, et la valeur des électeurs serait plus largement assurée'.
• J'ai développé ceUc idée dans la revue « Die Gegenw.irl » (aoùl 1874).