LA GUERRE CIVILE. EMISSIONS CLANDESTINES. UILAN DE LA SITUATION
On discernait mal la gravite du cas, immediatement apres la divulgation du decret du 17 Decembre; mais des lors les critiques et les reserves formulees quant a la methode suivie permettaient de prevoir quelques uns des aspects de la crise qui se dechaina plus tard, rendue bien plus dangereuse, toutefois, par I'exacerbation des luttes politiques qui allaient passer de la tribune des Chambres et de la discussion de presse au\ champs de baiaille et a la guerre civile.
Des le coup d'Etat du 3 Novembre 1891 et la restauration de la legalite avec ses effets de repercussion dans les Etats, une periode de fermentation latente s'etait etablie un peu partout, rettetant dans ses paroxj'smes ou dans ses accalmies le temperament caracteristique des differentes zones du pays.
Le Rio Grande do Sul etait depuis longtemps un champ clos oil se debattaient deux partis disciplines, avec des alternatives de succes et de revers. Cette agitation generale, plus intense en de certaines regions, etait a la fois cause et effet du flux et du reflux des courants politiques de la capitale de la Republique. Des troubles, qui ne degenererent pas en emeute, avaient eu pour theatre la ville de Rio, aux mois de Mars et Avril 1893. L'explosion revolutionnaire du Rio Grande commenca en cette meme annee.
Le Gouvernement federal crut devoir intervenir en ce dernier Etat, quoiqu'il ne s'agit au commencement que d'une querelle locale. Les evenements se grefFerent les uns sur les
autres, prirent un aspect de revoke generalisee du Sud.
Le soulevement de presque toute Tescadre dans le port du Rio, le 6 Septembre i8y3, vint donner la direction et I'apparence d'unite, qui firent de ces sombres niois une phase de veritable guerre civile .
II ne rentre pas dans notre cadre de faire I'examen des causes de cette lamentable lutte fratricide, ni d'en analyser les tendances et les episodes. Le coup d'Etat du 3 Novembre 1891 avait eu des causes immediates, presque predominantes, dans la politique du Gouvemement vis-a-vis des bauques. La revoke du Sud et celle de Pescadre eurent certainement dans le malaise general de la situation economique un des elements recruteurs de leurs troupes, militaires et civiles, belliqueuses ou politiques.
On escomptait aussi, peut-etre plus que de raison, les changements d'orientation financiere que devraient imposer les principaux chefs civils ayant adhere au mouvement revolutionnaire. En ce sens, il est possible de dire que ces troubles deriverent historiquement de Porgie inflationniste et de la lutte commencee centre son developpement . Mais il serait peu conforme a • la verite de soutenir la version officielle du temps, que ula revoke du 6 Septembre repre- « sentait les interets inavouables contraries par la politique « de tenacite et de vigilance inauguree le 23 Novembre « iSgi*. Le resume qui nous est fait de cette politique financiere demontre assez facilement que ni la tenacite, ni la resistance clairvoyante ne la caracterisaient.
L'influence de la revoke et de la guerre civile du Sud sur la politique monetaire du Gouvernement fut paralysatrice .
Le rachat du papier-monnaie officiel, qui avait attaint 5 . 327 contos au 3 Aout, operation faite avec les ressources fournies par les dep&ts de garanties des anciennes banques d'emission selon les termes du decret du 17 Decembre 1892,
ce rachat fut interrompu, et le solde de 21.348 co:;ios en apolices 4 °/'„, or, et des 7.066 amlns en apolices 5 »/„ papier, fut employe aux besoins de la lutte.
Les emissions du Tresor recommencerent, et un decret du 23 Decembre 1893 autorisa la mise en circulation de 100.000 contos pour faire face aux depenses de la lutte ; il n'en fut emis effect! vement que pres de 83.000.
Toujours dans le meme but, 8 . 200 apolices, a interets de 4 "/o, payables en or, furent vendues en Bourse, de celles que le Banco Unido de Sao Paulo avait deposees pour garantir sa circulation.
Les cours du papier descendaient toujours, pour se fixer aux environs de 10 pence a la fin de I'annee i8y3.
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La vie normale du pays c'tait arretee. Dans le port de Rio, tous les services etaient bouleverses par la revoke, le mouvement commercial ayant presque cesse.
On se limitait a vivre, dans I'attente de jours meilleurs. Quand la fin de cette triste periode arriva, le i3 Mars 1894 pour le port de Rio, les degats de toute espece, I'heritage de difficultes a liquider, eurent encore la surcharge des operations militaires dans les trois Etats envah's par I'insurrection, Rio Grande, Santa Catharina et Parana.
En pareille crise, il n'y eut ni politique monetaire a suivre, ni regies observees pour attenuer les consequences funestes des mesures prises. On se limita a parer au plus presse, a faire de I'argent de n'importe quelle facon, et sans examiner de trop pres la nature et la legalite des expedients employe en ttichant de lutter contre la pression financiere et politique.
Quand le resserrement de I'etau cessa, et la defense du regime legal reprit le dessus, le theatre des evenements etait couvert de ruines. Mais il fut impossible de deblayer de suite le terrain encore fumant. La guerre civile devait encore durer un an, quoique moins intense et localisee dans une seule des anciennes provinces en vahies. Dans presque tout le Bresil, a Rio surtout, regnaient toujours la stupeur causee par ce sanglant episode de notre histoire et I'atmosphere de lutte violenie que la victoire de Tautorite avaitimposee.
Ce fut la periode de mutisme de toute critique, de tout essor intellectuel, I'epoque du silence de la presse independante, de la floraison des entrepreneurs de pseudo-patriotisme, de la haine et de la delation. L'histoire bresilienne ne connait pas de jours plus sombres que ceux-la.
La guerre avait detruit une graade partie du materiel de la defense nationale ; ainsi, aux autres causes de depreciation des valeurs venait par surcroit s'ajouter la necessite ineluctable de la reconstitution des stoc'cs de munitions, de navires, d'armes et d'uniformes, car les achats faits pendant la duree des hostilites avaient ete hors de prix et de tres mauvaise qualite, comme il arrive presque toujours en pareilles occasions.
Ce fut cette situation quasi-desesperee que le nouveau president de la Republique, Mr. Prudente Jose de Moraes Barros, fut appele a regulariser et ;\ liquider le 1 5 Novembre
Essayons d'en donner une idee, d'accord a\'ec les documents officiels de Tepoque, attenues par le devoir de maintenir la solidarite entre deux Gouvernements dent I'un succedait a Pautre, issus tous deux d'une meme orientation politique.
Le lendemain de la remise des pouvoirs, le nouveau ministre des finances, Mr. Rodrigues Alves, a la haute competence duquel il avait ete demande de collaborer a la tache, lourde au dela de toute prevision, du premier president civil, dut s'enquerir de I'etatdes credits budgetaires et des ressources du Tresor a I'etranger.
Les disponibilites chez les agents financiers du Bresil a Londres permettaient de faire face aux depenses jusqu'au mois de Janvier, et I'on etait deja a la mi-Novembre. Un contrat de construction de garde-cotes cuirasses, ordonne par depeche du 14 Novembre, a la veille de la cessation des pouvoirs du Gouvernement precedent, engageait des debours s'elevant a pres de deux millions sterling, le premier versement de v Soo.ooo devant a.voir lieu les premiers jours de Decembre .
II fallut de suite negocier pour prolonger les delais de construction et de paiement, afin de ne pas eire arrete des Pabord par des difficultes superieures aux ressources disponibles.
Ce resultat obtenu, il fallut sonder I'opinion quant au credit officiel, tres affaibli par les exces et les troubles de la periode presidentielle anterieure. Une operation financiere assez vaste pour remetire a Hot la situation du Tresor n'etait pas faisable de suite, sans un travail preparatoire de persuasion. La pacification du pays, des arrhes de la ferme intention des gouvernants de retablir Tordre materiel et politique, de
restaurer, dans les finances et I'adminisiration, la loi et le droit, s'imposaient.
D'un autre cote, les exigencf s admlnistratives s'elevaient a de tres fortes sommes, que le Tresor ne possedaitpas. Un expedient de tresorerie etait done indispensable pour pouvoir vivre. Le Banco da Repiiblica etait deja creancier de pres de 40.000 conlos, et les recettes percues etaient trop faibles pour permettre de compter sur elles. La seule solution etait done emettre des obligations du Tresor a court terme, quoique I'exercice se trouvdt presque termine : il en fut mis 6.000 contos en circulation a 4 '/j % ^ mois d'echeance .
Outre les depenses ordinaires, toute une serie de responsabilites extraordinaires pesaient suf les finances publiques. Le Congres fonctionnait en session prorogee ; la Commission de I'Uruguay, venue pour celebrer la remise de medailles de la guerre du Paraguay, etait Pobjet de deferences speciales qu'il fallait continuer ; les operations de guerre au Rio Grande absorbaient des sommes folks ; I'echeance des apolices se rapprochait, et les reclamations financieres pouractes pratiques pendant la revoke du 6 Septembre, deja en souffrance, allaient devenir plus pressantes. •
Pour parer a toutes ces echeances inevitables, et a celles que nous aliens encore enumerer, les 6.000 coviios de traites emis en Decembre (le 1 3 et le 24) n'etaient pas suflisants ; le 8 et le 10 Janvier iSgS il fallut faire une operation identique a 4 %» portant sur 5oo co«/os a quatre mois et i.ooo coiitos a trois mois .
A Tetranger, egalement, tant qu'un emprunt regulier n'etait pas avantageux, il fallut emettre a 97 %, '/^ % de timbre et '/^ '/n de courtage, a neuf, douze et quinze mois, des traites pour la valeur de deux millions sterling.
Cette operation, eloignant le Gouvernement du marche de change, etait un soulagement pour le commerce, en general, qui n'avait pas a craindre I'influence perturbatrice
de ce concurrent, dont la presence sur la place se traduisait regulierement, par la depression des cours.
De I'emprunt, negocie en 1893 par la Companhia Estrada de Ferro Oeste de Mims et achete par le Trcsor, il n'existait plus aucun solde a Londres, mais les versements a faire a la Compagnie a Rio pour les services de construction de ses lignes continuaient toujours. Les banques regionales d'emission devaient ctre indemnisees des pertes causees par le retrait de leur droit d'emettre .
L'Etat deSao Paulo etait creancier de plus de 5.ooo contos d'impSts percus parl'Union. Les indemnites pour frais de guerre allaient commencer. La solde de I'armee avait ete augmentee ; les frais de transports de troupes au Rio Grande allaient etre exiges.
Le Tresor devait effectuer les restitutions de droits de douane indument percus sur les importations des Etats Unis, pendant la dure'e de I'accord douanier du 3i Janvier 1891, denonce parle Bresil le a^Septembre 1894 et devant prendre fin le 3 1 Decembre de la meme annee. Les versements du contrat de construction de cuirasses avec la Societe des Forges et Chantiers de la Mediterranee devaieot commencer en iSgS.
Toutes ces graves responsabilites financieres s'ajoutaient a I'execution normale du budget ordinaire. Or, celui ci, comme ceux qui I'avaient precede, se soldait en deficit, plus grand que ses devanciers,car la revoke avait exige des depenses trc-i fortes: i20.7i7:2io$23o de credits extraordinaires, speciaux et supplementaires avaient ete ouverts pendant Pexercice de 1894, les uns par le vote du Parlement, d'autres sous la responsabilite du vice-president de la Republique, approuvee plus tard par les Chambres.
La circulation s'etait eleve a 7X2.358:652$, y compris remission de 83. 000 contos faite par le Gouvernement pendant la periode insurrectionnelle, et 75.000 contos pretes au Banco
da Republica et a ses antecesseurs. Les bonus, par aiUeurs, s'elevaient a 80.000 contos, produits par les quatre series deja emises. L'or depose en garantie du papier des banques avait completement disparu, depense par le Gouvernement poar la repression de la revoke de I'escadre, et il n'en restait que la partie convertie en litres de Temprunt de 1889, soit 39.857 contos ; des litres deposes par les banques pour le menne but, il ne restait plus au Tresor que 5 1 .487 contos en apolices de 1889, 1 .046:700$ en litres de 4%, 434:800$ en litres de 5 °/o et au Banco da Republica 6.343:900!?; en litres de ces deux especes. En tout, une centaine de mille cantos en litres restaient de ce qui avail ete 93.369:72S$392 en or et 79.461:300$ en apolices des deux tj'pes.
Telle avait ete la dilapidation des ressources par la mauvaise politique monetaire des gouvernements successifs, a I'exception du niinistere de Mr. Rodrigues Alves, et par les troubles continuels qui avaient bouleverse la vie normale du pays.
Comme si lous ces embarras n'eussent pas ete plus que suffisants pour decourager les plus optimistes, Taction du ministre des finances se voyait enrayee par les consequences de I'exces de confiance et I'esperance sans bornes deposees dansle Gouvernement, dontil faisait partie.
Chose singuliere, c'etait de ceux qui se disaient les plus zeles defenseurs de la premiere presidence civile que partaient les difficulles supplemenlaires de la situation . EUes se manifesterent par le redoublement de I'agiotage du change dans le sens de la hausse, « necessaire et fatale avec I'excellent « gouvernement qui avait pris en mains les affaires natio- « nales », disaient les enthousiastes manieurs du pave de Pours .
Vers la fin de la lutte contre I'insurrection, les cours du papier sur Londres avaient encore flechi.
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