‹ La politique monétaire du BrésilChapitre 44 sur 86 · AV · texte numérisé non relu

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En Mars 1894, le minimum de 9 ''/jj pence ava't ete atteint. Quoiqu'ils, se fussent monires plus feimes, peu apres le triomphe du pou voir legal, malgre qu'ils eussent touche 9 Vaa en Avril, ce ne fut qu'cn Septembre que la hausse se prononca insistante, fre'netique, desordonnee, resultat du jeu, du pari, pluiotque de la speculation licite. Les transaciions faites du 20 au 24 Septembre monterent a £ 2. 585 .G82 ; les traites des deux mois de Septembre et d'Octobre s'eleverent au chilTre formidable de £ 8. 793.757, le papier particulier qui Icurservait de base atteignant dans ce meme laps de temps £ 6.014.724, quand les necessites normales de la place de Rio ne depassaient pas £ 1.800.000 par mois.

De pareilles folies n^etaient possibles que gr;\ce a la mauvaise legislation cn vigueur sur les courtiers et agents de change. Le relikhcm.ent fiscal provoque par les emissions, et surtout apres le decret de fusion d'oii sortit le Banco da Republica do Brasil, avait tolere la multiplication, voire le foisonnement de ces intermediaires .

Les abus s'etaient si bien ancres dans les habitudes commerdales, que ces agents ne servaient plus seulement a mettre en rapport acheteurs et vendeurs, mais speculaient pour leur propre compte et sur une tres vaste echelle. Peu a peu, tout le monde s'y etait mis, etles operations de ce genre, un veritable pari sur I'or, donnaient les moyens d'existence a une foule de gens desceuvres, que les crises successives avaient jetes sur le pave et auxquels les mauvaises habitudes, prises pendant I'epoque des richesses des Mille et Une Nuits de 1889-1891, ne permettaient plus d'aller gagner honnetement leur vie en travaillant au lieudejouer.

Les banques, de leur c6te, n'ayant plus devant soi des agents ofticiellement charges de ce genre de transactions, etaient bien obligees de recevoir leurs oiDres, car comment distinguera premiere vue, surtout dans la periode d'anarchie financiere que Ton traversait alors, une operation legitime d'une simple offre d'agiotage ?

La technique de ce jeu etait simple : il s'agissait seulemetit de vendre ou d'acheter des traites sur I'etranger, sans se soucier de la couverture, en comptanl sur les arrivages de marchandises a exporter qui fourniraient les ressources necessaires aux periodes d'echeance. Le desarroi etait monte a un tel degre, faisait remarquer dans son rapport sur I'annee 1894 le syndic des courtiers, que I'on n'examinait plus la solvabilite des interesses : on achetait et on vendait, voila tout. II ne s'agissait done que de gagner ou de perdre des differences de cours.

Les haussiers avaient eu I'avantage a la liquidation d'Aout et des premiers jours de Septembre. lis se lancerent done sans frein dans la meme speculation au courant de ce mois. La premiere liquidation de fin Novembre fut dure (car les contrats de livraison etaient a 90 jours) ; les couvertures etaient difBciles, surtout a cause de la crise de transports du Chemin de Fer Central qui empechait les arrivages de cafes de

I'interieur. En rcportant la liquidation au mois suivant, les haussiers continuerent a jouer dans le meme sens, mais a leurs offres de vente correspondaient des demandes d'achat, cette fois-ci avec des exigences de garanties, moyennant depot d'argent ou livraison immediate des traites ; les ressources des haussiers s'epuisant, ils durent s'executer a la fin, et liquideraux conditions imposees par les baissiers. Une nouvelle periode de reports se fit en Decembre pour le gros des haussiers, mais en Janvier ce fut le krach et la debandade de leur speculation soi-disant patriotique. lis n'avaicnt reuisi qu'a fausser momentanement les cours, a forcer la baisse au dessous de son niveau normal, a cause du grand nombre de faillites qui s'ensuivirent a la liquidation du commencement de 1895.

Une gene tres grande en fut la consequence, augmentee par I'etat de congestion des elements de transport de la grande voie ferree qui amene aux marches de Rio la production du Centre, paralysee dans ses envois de la fki Decembre 1894 au 27 Aout 1S95, ne recevant plus de charges de provenance ou a destination de I'mterieur du Bresil que par un precede d'inscriptions prefereniielles.

A ces causes decourageanies, s'ajoutait une epidemic de cholera qui fit son apparition a Rio et envahit la zone parcourue par le Chemin de Fer Central dans des trois Etats de Rio, Sao Paulo et Minas .

Les plainies des vaincus se tournerent vers le ministre des finances, accuse a tort de ne pas permettre de tirer franchement contre les disponibilites du Tresor en Europe, afin de garantir la hausse !

Or, le Tresor s'etait intentionnellement eloigne du marche, et accumulait des ressources a Londres, afin de ne pas peser sur les cours a Rio, comme grand acheteur de traites. Son abstention avait done eu pour but ne pas rendre plus grave une liquidation fort difficile ensoi. Quanta faire hon-

neur aux effets tires sans couverture par les speculateurs de Rio, c'eut ete pure folic .

line foi t interessante enquete fut menee par le Jornal do Commercio, de la capitale de la Republique, pour verifier les causes reelles de la crise. NuUc hesitation dans les reponses: les motifs du krach et de la baisse sent la speculation haussiere sans base qui la justifiat, le developpemert des commandes en Europe apres la fin de la revoke, entrainant des envois de fonds, la paralysation des arrivages de marchandises par suite de la crise des transports du Chemin de Fer Central, determinant la disette de disponibilites en Europe et en Amerique pour la couverture des traites.

Les remedes classiques etaient encore et toujours les seuls indiques: economie, reduction des depenses, rachat du papier-monnaie et emprunt en or.

On parlait bien aus^i d''enra}'er la speculation, comme s'il etait possible d'etablir un criterium exterieur discriminatif entre un simple pari et une operation licite, differenties seulement par I'element psj-chologique de I'intention ! . . .

Et pour cela, I'on Tccommandait la reglementation du terme, la prohibition des affaires pour le compte de tiers non denommes [committente)^ la reduction du nombre d'agents de change et leur nomination par le ministre des finances. Mr. Rodrigues Alves, bon financier, ecoutait les opinions sans lei adopter. De tout le debat, il n'en retint qu'une seule : Tavantage et la necessite de modifier la loi sur le nombre illimite des courtiers et leur investiture donnee par le ministre.

II porta au debat une autre suggestion : la necesfite d'une banque nationale, fortcment appuj'ee par le Gouvernement, disposant de credits assures a Tetranger, pouvant devenir le volant du mecanisme economique du commerce international, afin de regler les cours, preparant son stock

metallique pendant la periode d'alflux des iraitcs, le laissant ecouler pendant le semestre de disette, afin de disti'ibuer plus egalement par tous les mois de Pannee rirregularitc des arrivages de marchandises, par consequent des credits sur Petranger.

C'etait la politique monetaire que Pavenir devait sanctloner quelques annees plus tard, mais qui ne put etre adoptee de suite. La place resta done indisputee aux hanqucs etrangeres qui, fort raisonnablement a leur point de vue commercial, speculaient bur I'or contre leurs maisons-meres, sans commissions a payer, avec la couverture assuree, sans limites pour leurs operations, pouvant dieter la loi et la dictant au mieux de leurs interets. Les banques nationales ne pouvaient le faire, quel qu'ea fut leur desir. Une grande lacune dans Porganisation commerciale et monetaire du pa3's etait ainsi mise a vue, sans qu'il fut possible de la combler. Cela ne se fit qu'en igoS.

Une autre observation tres judicieuse se faisait jour dans le rapport ministeriel pour Pannee 1894* la discordance flagrante entre la situation du Tresor, la circulation et la situation economique du pays.

Malgre toutes les folies de la speculation de Bourse, le Bresil continuait a voir croitre sa production et se developper le marche consommateur. Les proprietaires de /a:;eiidas, personnellement, s'appauvrissaient- en speculant et en donnant leurs proprietes en hypotheques, mais la production continuait et la crise des faiendeiros n'etait pas celle des produits. Celle-ci survint plus tard, comme consequence des emissions par une trop considerable expansion donnee a la surface cultivee en une denree' de consommation limitee — le cafe — , mais elle fut un reflexe du developpement inconsidere des plantations, une crise de surplus, d'exces, non une crise de restriction ou de deficit.

Les chiffres du commerce generalle montrent bien.

ANNEES

IMPORTATIONS

EXPORTATIONS

DIFFERENCES

26o.998:ooo>ooo

3i6.256t933>uoo

'l'7-753:8o5*ooo

+ 95.M":330*ooo

Ce tableau, etabli en monnaie courante au Bresil, est instructif: il montre non seulement les excedents des valeurs exportees, cause profonde de la convalescence economique du pays, mais aussi la baisse progressive des importations et cela malgre leur augmentation relative de valeur en papier-monnaie due a la baisse du change. II aide encore a comprendre pourquoi, malgre les difficultes inouies a surmonter, la tendance optimiste anima loujours le ministre dans sa gestion des finances nationales.

En face de ces donnees, comparons les resultats des budgets a partir de la meme date, y compris les depots.

ANNEES

RECETTES

DEI'ENSES

DEFICITS (— )

ou

SUPERAVITS (+)

CHANGE RIOYEN

Et, finalement, etablissons les chiffres de la circulation fiduciaire, soit desbanques, soit du Gouvernement, afin d''avoir le terme qui manquait au tableau general de la situation du pays:

ANNEES

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