LE PASSIF A LIQUIDER
Un malaise general dominait le pays. Les plaintes et les doleances se faisaient entendre, venant de tous les points de I'horizon. Le commerce serieux, qui ne speculait pas, se plaignait de ne pouvoir etablir ses prix de revient et ses prix de vente sur une base fixe . Les sautes continuelles et brusques de la valeur de Tor Tobligeaient a d''enormes marges, pour se garantir centre les eventualite s, d'oii le rencherissement des marchandises et la restriction du marche consommateur.
Les prix d'achat ne pouvaient baisser, non seulement parce que le discredit du Bresil a Tetranger alourdissait les conditions de vente a ce pa)'s, mais surtout parce que les oscillations du change empechaient de facon absolue d'immobiliser de grands capitaux en achats, qui du jour au lendemain pourraient causer la ruine de leur detenteurs par une hausse subite, un effondrement inespere des cours.
Le commerce importateur etait done force a vivre et a s'approvisionner au jour le jour. Cette transformation des places bresiliennes,de grands centres diitributeurs de commodites en simples intermediaires pour les transactions a faible portee entre le producteur etranger et le consommateur na^ tional, fut peut-etre, au point de vue de Techange des richesses, la marque caractiiristique de la periode que nous etudions. II est facile de deduire la gene qui en resultait pour tout le pays, de rimpoitateur du littoral jusqu'au dernier acheteur au detail dans les parties reculees du centre.
Les industriels se trouvaient, plus que tous, dans un etat d'angoisse perpetuelle. La megalomanie de la speculation avait fait tailler de facon grandiose, et les environs des grands centres de population montraient de superbes ruines d'entreprises d'une ampleur seulement egalee par la chimere qui leur avait donne naissance. Ces capitaux etaient perdus, quoique parfois un lent et sourd travail reparateur permit de racheter a vil prix les testes, les epaves de ces naufrages, pour en faire des essais industriels plus modestes, par consequent plus viables.
D'autres plans, tout aussi vastes peut-eire, niais avec plus de chances de reussite, muris plus longuement, sMtaient transformes en de presque realites, et les fabriques travaillaient peniblement, produisant tres cher le cinquieme ou le dixieme de la capacite de production pour laquelle elles avaient ete projetees.
Les produits ne pouvaient lutter avec avantage contre I'importation, car leur cycle economique n'etait pas normal : production insuffisante au point de vue de Toutillage ; chere comme main dVeuvre, surtout la main d'reuvre speciale ; marche consommateur reduit par la diminution de la puissance d'achat, reduit encore par le rencherissement du a la production trop restreinte vis-a-vis de I'importation des marchandiscs similaires, a mpilleur compte ; impossibilite de retablir I'equillbre, par la disparition presque complete du credit industriel, la crise grandissante du marche interieur, I'inutilite de tenter des debouches a I'exterieur dans les pays voisins soumis a un regime douanier soit entierement libra, soit fort modere.
Ce fut la un des principaux elements de la campagne protectionniste. Jusqu'alors le tarif, preponderamment fiscal, du regime politique dechu avait subi des surtaxes avec le but principal d'augmenter les recettes et de faire face aux depenses a I'exterieur, la surtaxe prenant la place de I'impot en or aboli en
un moment malencontreux. La preoccupation fiscale dominait done encore.
Mais maintenant, I'angoisse des industriels, leur penurie, la crise des produits et du marche, les erreurs commises, le mirage decevant d'un avenir non conforme aux realites, le desir fort comprehensible de sauver les capitaux et les personnes, a la derive d'un cataclysme sans egal dans Phistoire economique du pays, la proximite des plaignants et I'eloignement des masses plus considerables des consommateurs et des contribuables, tout se reunissait^ se combinait pour creer dans le Gouvernement et les Chambres une formidable poussee d'interets, capable d'etoulfer, sous les plaintes, les cris et la misere generale des industriels de la nouvelle couche, le raisonnement calme et froid des legislateurs et des executeurs de la loi.
D'ailleurs, pour des assemblees deliberantes d'origine latine, plus que toutes autres sujettes a ces grands couraots sentimentaux qui balayent les resistances individuelles, les doleances des fabricants, les appels pour sauver un avenir manufacturier en passe de sombrer, la necessite d'empecher la ruine complete des capitaux engages, a vaient plus de chances d'etre ecoutes que la protestation muette, presque seulement theorique, des consommateurs, qui ne menaient pas la campagne en sens oppose .
Encore vit-on, sous peu, comme directeur des revendications protectionnistes, le propre vice-president de la Republique, le principal inspirateur de I'Exposition Nationale de Novembre iSgS, Mr. Manoel Victorino Pereira, esprit brillant et volonte tenace, qu'une maladie grave du president Prudente de Moraes allait amener au pouvoir pendant quatre mois, et qui exerca ses fonctions avec intelligence, dans le sens de ses idees. II en resulta le tarif surcharge, vote en 1895 pour Texercice suivant.
La population campagnarde, a son tour, se trouvait dans une situation financiere assez difficile, moins peut-etre que le
commerce et I'industrie, mais encore assez embarrassee pour la region cafeiere de Sao Paulo.
L'augmentation factice de la richesse par les emissions s'etait traduite, pour les fa\endeiros^ par une hausse de la valeur de leurs terres ; cela coincidait avec une periode de developpement de la consommation du cafe, une diminution des stocks, et des recoltes deficitaires.
II en etait resulte un rush vers les regions nouvelles, propres acette culture, et la surface plantee de la rubiacee s'etendit chaque fois plus. Or, le cafeier est une culture a long terme, qui n'emre en plein rapport qu'a partir de cinq ans . Pendant toute cette periode presque inactive, il n'est qu'objet de depenses.
Pour ne pas perdre les capitaux engages dans les nouvelles fermes, il fallut trouver des ressources que Phypotheque put procurer, mais a un taux et representant une surcharge pour les frais d'exploitations, seulement tolerable si la periode de hausse s'etait maintenue pendant toute la duree des contrats hypothecaire? . Or, comme nous le verrons plus tard, des 1896 le president de I'Etat de Sao Paulo, Mr. Bernardino de Campos,, poussait le cri d'alarme, prevo3'ant la surproduction de cette denree de luxe a consommation restreinte, et appelant I'attention sur la dette hj'pothecaire de I'Etat, estimee a cette occasion a plus de 400.000 contos.
II eut ete plus sage d'agirsans tant crier sur les toits la devalorisation prochaine de I'article, precede assez naif pour qui voulait garantir les marches consommateurs, surtout a cause de la coincidence de ces previsions pessimistes avec la campagne de baisse qui se preparait en ce meme moment en Europe et aux foats Unis sur les cafes du Bresil.
La politique du Gouvernement Imperial, suivie avec modifications par la Republique, avait ete de venir en aide aux agriculteurs moyennant le pret hypothecaire a echeance eloignee, et cela ne correspondait certes pas aux necessites des
faiendas en exploitation qui n'avaient basoin que des fonds indispensables au roulement de Tannee, remboursables a la recolte, le pret agricole proprement dit. II s'en etait effectue fort peu, et l'h3'poth^que grevait lourdement le budget individuel du proprietaire terrien en franche production, et preparait un avenir difficile a ceux qu'allait atteindre huit ou dix ans plus tard la arise de surproduction cafeiere. Les difficultes, comme de juste, etaient proportion nees au developpement des hypotheques, plus fortes a Sao Paulo que partout ailleurs, puisque cet Etat etait le principal producteur, celui ou les nouveaux champs de culture avaient ete ouverts avec le plus d'audace.
Les mo3fens de transport, debordes par insuffisance d'outillage pour les uns, par incompetence administrative pour les autres, o\x les consequences de la revoke du 6 Septembre se manifesterent par I'abandon des voies aux agents naturels de destruction et oii les wagons au lieu de transporter les marchandises s'etaient transformes en dep6ts des colis le long des garages ; les moyens de transport en pleine crise forcaicnt les producteurs du Centre a des depenses inouies pour permertre a leurs exporlations d'arriver aux ports d'embarquement.
Au Nord du Bresil, le sucre importe en franchise en grandes masses par les Etats Unis sous le regime de la convention speciale du 3i Janvier 1891, venait d'etre soumis a un droit d'entree de 40% i^d valorem par le nou\'eau tarif americain du 28 Aout 1894. Le bouleversement que cela representait pour les Etats du Nord, Bahia, Sergipe, Alagoas, Pernambuco et Parahyba, ainsi que pour quelques uns de ceux du Sud, tels que Rio.de Janeiro et un peu Sao Paulo, est facile a comprendre, pour les premiers surtout, ou la canne a Sucre est la culture dominante.
La gene causee par ces facteurs economiques rendait plus difficile la tache du Gouvernement. Mais, comme nous I'avons deja fait remarquer, la souffrance des individus ne fai.sait pas
pericliter la production dans son ensemble, et celui-ci continuait a grandir lentement, surement, sans a-coups, dans une proportion rendue plus evidente par la baisse des achats du pays a I'etranger. Ceci, nous I'avons aussi souligne, etait exact comme chiffres absolus de la valeur des importations, en monnaie courante du pays, etdoublement veritable en comparant ces memes valeurs, reduites en monnaie metallique, a un change chaque fois plus deprecie .
Oscillations des prix d'achat, variabilite des salaires, surproduction imminente, abandon des autres cultures, indiscipline croissante des entreprises preposees aux transports, par mer et par terre, changements brusques des prix de vente, tout cela n'etait que la repercussion du desarroi cause par les emissions excessives, Tabus du credit et ses consequences : le detournement des activites du travail sain, et createur de reserves, vers les voies perilleuses du jeu, du pari ; Pabandon des methodes sures mais peu lucratives du labeur a longue portee, pour le mirage fatal des speculations de Bourse, des fortunes faites a I'improviste . Au fond, c'etait un probleme de politique monetaire a resoudre .
Ces memes causes -:- exces du papier en circulation, pari sur I'or, troubles dus a la pluralite des banques d'emission, politique, desavantageuse pour tous, des subventions a Pagriculture — ces memes causes donnaient lieu aux plus graves difficultes dans la gestion financiere proprement dite des budgets federaux el de ceux des Etats. Seulement ces embarras se manifestaient de facons ditferentes, a cause de la double premisse de I'organisation budgetaire et de la distribution constitutionnelle des reccttes entre I'Union et les anciennes provinces, devenues des Etats autonomes.
Les impots sur I'exportation, dont une partie appartenait deja aux provinces pendant I'Empire, avaient ete attribues en totalite aux nouvelles circonscriptions . Les droits sur les importations etaient testes a PUnion.
II en resultait que, les depenses ne croissant pas en raison inverse de la rapidite de la depreciation monetaire, tandis que les recettes percues ad valorem lui etaient proportion nelles, les Etats se virent a la tete de ressources qu'ils n'avaient jamais pense posseder, et commencerent a entreprendre des travaux publics et des ameliorations, en avance sur leur situation financiere reelle. Us le comprirent plus tard, a leurs depens, quand, le rythme retabli entre le niveau des depenses et des prix avec celui de Pagio sur I'or, il leur arriva de s'apercevoir qu'ils avaient table sur le transitoire comme si c'eut ete le definitif.
En attendant, le developpement apparent de leurs budgets donnait naissance a I'opinion, erronnce comme on le vit par la suite, qu'il fallait reviser le Statut Constitutionnel, qui avait depouille les recettes federales au profit des revenus des Etats . Ces grossissements des responsabilites provinciales, entrainant de nouveaux engagements, furent le point de depart de tres serieuses complications d'argent, que le Tresor Federal eut plusieurs fois a resoudre avec ses proppes ressources, malgre que, les exportations croissant, les imp6ts provinciaux qui les frappaient eussent du croitre dans le meme rapport.
Le Gouvernement central, par contre, puisant le plus clair de ses rentes dans les droits de douane a I'importation , se trouvaii en une periode de resserrement de recettes, puisque les achats a I'etranger baissaient tons les jours. Cela aidait a fortifier le courant revisioniste de la distribution constitutionelle des impots, puisqu'en face de la plethore des caisses locales se montrait la disette du Tresor National.
Insuffisance d'observation pendant un laps de temps trop court pour permettre de conclure ; generalisation trop hative d'une periode de crise et d'adaptation pour en deduire une loi pour I'existence normale ei le fonctionnement regulier des organes tributaires, sur lesquels le Code du 24 Fcvrier 1S91 avait statue. Le temps se chargea, d'ailleurs, de rectifier le
point de vue et de ramener les avis a une plus exacte appreciation des realites.
Toujours est-il que, en phase d'importations decroissantes, la productivite fiscale des douanes baissait aussi. Or, les depenses a I'etranger s'etaient considerablement accrues, et les revenus speciaux en metal avaient ete abolis par le successeur de Mr. Ruy Barbosa, et jamais retablis par le Congres . Un succedane avait ete propose et mis en vigueur par les surtaxes au tarif, mais les inconvenients en etaient nombreux.
Les echeances a date fixe des coupons de la Dette forcaient le Gouvernement a intervenir periodiquement sur le marche, alourdissant les cours et portant tort a tous, a commencer par le Tresor. D'un autre c6te, le budget etait vote en papier, les versements en metal etant calcules au pair, et, comme la depreciation de la monnaie forcait a en debourser des sommes de plus en plus fortes, un chapitre special des etats de depenses etait affecte a ce service sous le nom de — differences de change. Le Tresor n'ayant pas encore trouve le moyen de se defendre contre le jeu sur For, et de se reserver des sources de revenus lui garantissant les versements a faire en Europe, sans passer sous les fourches caudines de la speculation a Rio, les differences de change avaient beau jeu pour s'enfler progressivement d'uneanneea I'autre, au fur et a mesure de I'augmentation de I'agio sur I'or. EUes atteignirent a pres du tiers de la totalite du budget des depenses, et furent I'une des causes du contrat du funding-loan de 1898.
Les craintes inspirees par I'etat des finances publiques etaient par consequent le reflet des vices de la circulation, des methodes fautives suivies dans Porganisation des budgets, des perspectives de charges nouvelles imposees par la necessite de liquider sans perte de temps les responsabilites leguees par la revoke, par le retablissement de I'unite d'emis-
sion et par les retards dans les remboursements des avarices faites aux banques pour subventionner les agriculteurs .
La tache etait ardue, et I'urgence des solutions imposait une rapidite de decision qui aggravait les consequences possibles de toute erreur commise.
II fjllait commencer par retablir I'ordre dans la circulation, en liquidant les pretentions exagcrees des banques, ayant perdu le droit d'emettre ; il fallait unifier les billets et en reduire la masse ; il fallait calculer remission A''apolices qui allaient substituer les depots de garanties disparus ; des ressources devaient etre trouvees pour subvenir aux depenses en or, sans peser sur le marche, car les deux millions sterling de traltes negociees a Londres etaient un expedient de tresorerie et non une solution permanente.
Pour y arriver, Mr. Rodrigues Alves, reprenant les propositions de la Commission d'Enquete parlementaire de i885, sur la situation de I'agriculture, en partie realisees par Mr. Ruy Barbosa en 1890, demanda le retablissement du paiement en metal d'une fraction des droits de donane, d'accord avec ses propres suggestions faites en 1892. Le Congres, ma- Iheureusement, n'acceda pas a ces vues, et continua a voter un budget toujours menace de desequilibre par le credit elastique des differences de change.
Le ministre obtint plus de succes, quant aux autres mesures. La loi budgetaire de I'exercice de iBqS I'autorisait ^ agir quant a la reduction de la masse du papier-monnaie. Ne voulant pas emprunter a Petranger sans que le pays, avec ses propres ressources, eCit donne au Gouvernement une preuve de confiance dans son oeuvre et ses buts, et assure que le succes d'une operation a I'interieur exercerait une influence bienfaisante sur toute negociation ulterieure en Europe, le ministre delibera d'offrir, en souscription publique, un emprunta5 7o, de 100.000 coMios papier, dont le produit serait employe par moitie au retrait d'ane somme equivaientede pa-
pier-monaie ; en fait, on n'en retira que So.ooo contos. Malgre la crise, les souscriptions momerent a 212.925 apolices, dont une grande partie furent versees, seance tenante. Le prix d'emission fut de ()3 ° 'o, en depit de toutes les difficuites, comparable a ceux d'emprunts anterieurs fails en des circonstances financieres bien plus favorables, gS '/j en 1886, sous, le ministre Belisario, 90 % pour I'emprunt 4°/o or, du vicomte d'Ouro-Preto, en 1 889 .
11 est juste de rappeler ici la collaboration efficace des banques survivantes de la place de Rio, succes de cette operation : le Reptiblka, Nacional Brasileiro, Rural e Hypothecario, Lapoura e Commercio, Commercial et Cbmmercio, les deux premiers surtout, aiderent de tout leur pouvoir la realisation des plans du Gouvernement.
Ce n'etait qu'un palliatif, neanmoins, car les causes profondes de la crise, le desordre generalise dans tout I'organisme producteur et les moyens d'echange, n'etaient pas atteints par de simples expedients de tresorerie et ne pouvait I'etre que par une lente action reparatrice des degdts multiplies par les abus de credit et les troubles politiques.
La pacification du pays s'imposait done comme mesure preliminaire. Le Gouvernement la fit, sourd aux clameurs du parti dominant et de tous les pecheurs d'eaux troubles. En Aout 1895 la paix fut celebree a Bage dans I'Etat de Rio Grande do Sul. La periode de liquidation des folies de toute espece faites jusqu'alors allait atteindre son apogee.
Le premier probleme a aborder etait certainement les indemnites a verser aux banques regionales, privees du droit d'emettre par le decret de 1892 et la loi du 23 Septembre 1893. II s'agissait de determiner la valeur des droits et des avantages qui leur avaient ete supprimes, et des les premiers pourparlers I'impossibilite d''un accord se manifesta.
La these officielle etait que, selon les termes de la loi, ces indemnites ne pourraient etre payees qu'apres avoir constitue le
fonds de garantie destine a parfaire la difference entre le montant des depots et la circulation (art. 5 de la loi) ; les bases pour calculer les chilTres des dedommagements a verser devaient etre, d'un cole, remission et les interets ou amortissements deja recus, et de I'autre la somme deposee en apolices, les interets integraux de ces litres, depuis la dale du depot jusqu'au 2'} Sepiembre i SgS, et encore ces interets dinninues de deux points la premiere annee, et cumulativement d'undemi-point chaque annee subsequenie jusqu'A extinction de ce service d'arrerages, a partir du 23 Septembre iSgS jusqu'a la sixieme annee d'existence de ces banques. La difference de ces deux sommes donnerait I'indemnite a payer. '
Les banques pensaient differemment. Le Banco • Um'ao de Sao Paulo alignait ses chiiTres, comme suit :
2 % d'interets sur 9.398:7(10$ pendant les 46 ann^es
restantes de sa concession, ou, en adoptant le
change de 23 pence, sur 8.646:804$, soil . io.6ii:.986$727 2 "/<, d'interets sur 266:800$ des apolices de 5 % ^e-
posees au fonds de g'arantie, soil . . . . 3o6:8o2$ooo
io.9i8:8o6$727
Deduction de fonds sp^ciaux en pouvoir de la banque. 998. 102$i30
Solde 9.920:704$597
Sur cette base de discussion, le Banco Um'ao demandait une indemnite de pres de 6.000 cantos.
Le Banco Emissor de Pernambuco avail effectivement depose au Tresor £ 475.077, ou, au change du 3o Septembre 1893, une valeur couranie de . 1 1 . i23:452$878
La banque transformail cette somme em apolices-oT, calculait les interets pendant 47ans, a 5%, ce qui produisait . 26. 1 39:o5o$ooo
Deduisant la valeur de la circulation . 1 5 . 55S;2oo$ooo
II restait un solde de 31 .704:3o2.$878
Mais la banque se contentait des deux tiers de cette somme, soil 14.000 contos.
he Banco Emissor da Baliia avail depose en apolices de ^"loi or, 8.33o:3oo$, et 1.179:700$ en apolices de 5%, papier, soil un total de g.Soo contos. En deduisant de ce total des fonds speciaux en son pouvoir, la banque avait en apolices la somme de 9.3o6:ooo$ooo
2 °/o d'interets pendant 46 ans, pour les titres de 4%, or, au change de 22 pence, soit . 9.296: 14:i.$i8i
lesquels, additionnes aux interets de 2 7j''/o apolices, papier, pen-
dant le meme delai, donnnaient un
total de . io.529:749$i8i
qui semblait etre la base de I'indemnite demandee.
Le Banco Emissor do Norte ne formulait pas sa reclamation en chifFres et se limitait a demander qu'on lui appliquat la loi. En faisant, dans son cas, le meme raisonnement fait par les autres baaques, on arrivait a une valeur de i.03i:44i$4i9, qui servirait de base aux calculs.
Ces evaluations etaient inadmissibles .
D'apres le decret du 17 Janvier 1890, regime sous lequel ces banques s'etaient fondees, les apolices du fonds social etaient greve'es d'inalienabilite, sauf accord avec le Gouvernement ; leur valeur se reconstituerait moyennant prelevement annuel de 10 7oi moins, des benefices bruts, formant ainsi un fonds qui permettrait I'annulation posterieure de ces titres; les interets a servir, diminues de deux points la premiere annee, et d'un demi-pointsupplementaire tous les ans, s'eteindraient a la fin de la sixieme annee. Le decret du 7 Decembre 1890 avait marque un delai de deux ans pour parfaireles emissions, sous peine de decheance. Done, au 1 7 Decembre 1894, le Gouvernement etait dans son droit de les declarer dechues du droit d'emettre. D'apres le mecanisme de ces trois textes, la situation de ces
banques s'etablissait de tout autre facon, et les versements a effectuer ne pouvaient resulter que de la comparaison entre le doit et Vavoir, des charges de I'etablissement et des faveurs recues ou promises. Au debit, figureraient remission et les interets dcja percus ; au credit, la valeur des depots, les iateretspar entier jusqu'au 23 Septembre iSgS, plus les interets pendant six ans, decroissant de 3 "/o a o selon les termes de la loi du 1 7 Janvier 1 890 .
Tel etait le cas du Banco Uniao de Sao Paulo et du Banco Emissor do Norte. Le Banco Emtssor da Bahia, soumis au meme regime, presentait une circonstance complementaire, qui renforcait la these du Gouvernement: par acte du 22 Fevrier 1892 il avait renonce de son plein gre a son droit d'emission .
Le Banco Emissor de Pernambuco se trouvait dans des termes diiferents, car il s'etait fonde en Octobre d'accord avec les lois du 29 Aout, du 25 Septembre et 18 Octobre 1890, ayant droit d'emettre la moitie de ses billets sur I'or ; mais la facon dont il s'y etait pris avait fausse le sens et le but de la loi, non seulement quant a la succession des mises en cours des bank-notes., mais surtout quant aux depots fictivement eftectues en violation franche des dispositions legales ; la somme a deposer devant etre de£ 875.077, £400.000 ne I'avait pas ete et constituait encore une dette envers le Tresor, la somme de £ 475 . 077 repondant pour plus de i5 .5oo co)7/oi de billets emis, soit, au pair, le triple de- la base adoptee. Quelle indemnite devait-on payer pour une fraude de ce genre, quelle que fiat la faiblesse du Gouvernement, s'etant laisse prendre dans les rets de ces flibustiers de haut-bord ?
La discussion entre le Tresor et les banques interessees n'aboutit pas. Celles-ci presenterent un contre-projet d'accord, selon lequel elles proposaient de deposer progressivement a la Caisse d'Amortissement en billets de toutes provenances le montant de leurs emissions, le Gouvernement leur rendant les apolices des depots en valeur correspondante au\ sommes
remises, et cela jusqu'au retrait total des billets en circulation. Le Ministre ne putaccepterce projetfaute d'autorisation legale, mais, en demandant aux Ctiambres la solution du probleme, il recommanda chaudement le nouveau plan des banques.
La liquidation des depenses de la revoke se faisait lentement ; la tension politique etait toujours tres forte, et la societe bresilienne, profondement bouleversee par les evenements recents, prenait longtemps pour revenir a une periode de calme et d'equilibre.
Les angoisses de naguere rendaient plus vives les exigences et I'expectative d'un present moins sombre que les jours qui veaaient de s'ecouler. On ne voulait, ou on ne pouvait pas comprendre que la convalescence serait plus longue que la propre maladie. Par ailleurs, les sacrifices demandes par le ministere des finances semblaient trop grands a I'esprit insuffisamment clairvoyant des Chambres ; elles preferaient entendre les doleances des interets particularistes plutot que la voix severe des imperieuses necessites nationales .
Etcependant, ce que Mr. Rodrigues Alves demandait en 1895 etait la solution possible de la crise, surement une attenuation des embarras de I'avenir : c'etait I'imp&t en or, le retablissement de I'ordre dans les finances et Tadniinistration, la paix publique, les economies, enquelques mots une paraphrase du vieux programme liberal — peace, reform and retrenchment.
Mais cela plaisait peu : il fallait des panacees a pouvoir miraculeux, capables de resusciter les morts . Et faute de les decouvrir, le Parlement aimait mieux eontinuer les errements precedents el augmenter le tarif douanier.
II en resultait la prolongation de I'etat de malaise de I'annee anterieure, plus accentue peut-etre, et il ne fut pas excessif de dire, comme le fit la revue financiere du Jornal do Commercio de Rio :
<t L'annee de 1895 a cause bien des soucis et des ma- « Iheurs au commerce de la place de Rio, et sans exageration
« nouspouvons aftirmer que le decouragement a envahi I'esprit I des classes, de la prosperite et de la tranquillite desquelles de- « pendent a un tres haut degre les interets vitaux du pays ».
Quelques chiffres sutfiront pour en donner une preuve plus precise.
Voyons les cours des changes sur Londres, en 1895 :
MOIS
COURS EXTREMES
.MOVENNE
HOIS
COURS EXTREMES
MOYENNE
Janvier . .
Juillot . . .
Fevrier . .
AoClt . . .
Mars . . .
Seplembre .
Avril . . .
Octobre . .
Mai. . . .
Novembre .
Juin. . . .
Diicembre. .
1/32— 9 5 It
Le budget a son tour se soldait en deficit. Les recettes de 1895 s'etaient elevees a 37.1 .060: o33$59i, y compris les depots; les depenses monterent a 392.961 :444§6o2. L'excedent de depenses etait done de 18.901 :4i i$oi i.
Les droits de douane se transformaient progressivement, non plus en un tarif de protection, mais en une veritable barriere pronibitive.
Les traites du Tresor, montant a deux millions sterling, avaient ete payes, gnlce a Pemprunt de six millions de livres fait en Juillet de cette annee, a Londres, a 85 portant 5 "la d'interet et i "jo d'amortissement. Cette operation, onereuse, il est vrai, etait devenue indispensable a cause des contrats de construction de navires et de refection du materiel de guerre signes par le Gouvernement anterieur du marechal Floriano Peixoto, en consequence des degats produits par la revoke du 6 Septembre.
C'etait encore un de ces malencontreux expedients financiers, malheureusement trop frequents dans I'histoire economique du Bresil, consistant en solder au moyen de I'emprunt les deficits budgetaires, sans que cette operation correspondit a un developpement de I'outillage du pays, ou a ces depenses a longue portee, dont le poids doit retomber sur plus d'une generation.
Au moins, en pat-on tirer I'avantage d'eviter au Tresor d'intervenir sur le marche de change, et ce service fut d'autant plus important que, a la veille du vote d'un nouveau budget portant des surtaxes du tarif, le commerce s'etait empresse de faire des commandes en Europe pour fuir a imposition des nouveaux droits, et cela alourdissait les cours a la fin de I'annee, c'est-a-dire au commencement du semestre de disette de traites sur I'etranger, de faiblesse des taux par consequent.
La recolte de cafe, deficitaire, rendait la situation plus difficile .
Mais par dessus tous ces facteurs economiques, les elements psychologiques exercaient leur influence : le manque de confiance dans le pays, la stupe ur causee par la facon dont la pacification du Sud avait ete recue par le Parlement, les reclamations diplomatiques pour les exces commis pendant la revolte, les indemnites payees pour les violations du droit des gens pratiquees en cette triste periode, la rupture des relations diplomatiques avec le Portugal.
Leretraitde So.ooo contos de papier-monnaie, lorsque le budget se soldait a perle, n'avait pas produit d'effet. Le ministre montrait bien la necessite de regulariser ces rachats, de les faire annuellement avec des soldes verifies, et pour cela recommandait toujours la perception partielle en metal des droits de douane. La methode budgetaire vicieuse toujours adoptee par les Chambres produisait done ses effets, et contribuait a empecher la gestion economique et rationnelle des finances nationales.
Chaque fois plus intense se faisait sentir la necessity de reformer fondamentalement les normes financieres suivies, et de rehabiliter moralement le pnys sur les marches des capitaux. Les esprits, toutefois, etaient encore trop troubles par les remous profonds du Maelstrom financier et politique des emissions et de la revoke, pour distinguer nettement la route a prendre, et les intelligences lucides et clairvoyantes a ce sujet en etaient reduites a precher dans le desert.
Les projets et les plans les plus contradictoires etaient presentes. La question des banques restait en suspens, L'affermage ou la vente des chemins de fer nationaux etaient suggeres, sans resultat. Les graves difticultes diplomatiques entre PAngleterre et les Etats Unis exercaient leur action deprimante sur nos propres interets. En Mai, le conflit du Gouvernement Bresilien avec I'Angleterre, au sujet de I'occupation par celle-ci de Pile de Trindade, rendait chaque fois plus delicat le maniement de nos affaires.
La substitution dans le tarif douanier du change de 12 peitce a celui de 24, adopte jusqu'alors,* combine avec I'abolition des taxes additionnelles de bo et de Go cquivalait a une majoration de 25 "/„ sur les droits anciens ; mais le vote avait ete donne avec tant d'obscurite dans la redaction des * articles, et dans les modes d'application, que les douanes, ainsi que le commerce importateur, eurent a subir une veritable crise qui ne prit fin qu'avec la.publication de circulaires interpretatives depassant parfois I'esprit dominant de la loi.
Les agents de change furent soumisa de nouveaux reglements.
Quelques s)'mptOmes,cependant, indiquaientque I'apogee des difficultes leguees par les erreurs du passe eiait atteint.
Deja quelques liquidations se terminaient, et sur leurs mines de nouveaux edifices s'ebauchaient timidemeni, telle la Companhia Geral das Estradas de Ferro, dont I'actif fut rachete par la Leopoldina Railway C. La crise des transports du
Chetnin de Fer Central cedait peu a peu : dej le mois d'Aout, le trafic en etait retabli. Mais des consequences serieuses en etaient issues : les courants commerciaux vers Rio, endigues pendant la periode de suspension des transports, s'etaient deverses vers le port de Santos, qui commencait maintenant, mieux outille et pourvu de quais accostables, a faire a celui de Rio una concurrence tres vive.
Le cafe se maintenait a des prix favorables, mais une campagne de baisse le fit faiblir, au cours de Pannee, reduisant de 4o°/oSa valeur marchande. Les conditions locales donnerent naissance a deux elements serieux qui commencerenta causer de certains troubles sur le marche . Les maisons exportatrices avaient initie un nouveau systeme d'achats directs au producteur, sans passer par la filiere des anciens intermediaires, le commissario et Vensacador. Le mode de perception des imp6ts de sortie du cafe, et le desir de percevoir les sommes dues par la totalite de l'exportation,inclusivement les cafes consommes a Rio, avaient etabli une guia ou oonnaissement, accompagnant les envois et certifiant le paiement de la fraction de Pimpot payee au moment de charger les sacs sur les wagons du chemin de fer ; sur presentation aux bureaux des Etats le complement de I'imp&t etait paye
Or, comme une fraction du cafe etait consommee aux ports • d'embarquement, les guias se trouvaient en circulation en quantite excedente aux exportations realisees.
11 en resultait une speculation sur la valeur d'achat de ces documents afin d'en faire partieliement beneficier les producteurs au moment de la liquidation des comptes entre eux et les vendeurs de leurs cafes a Rio ou a Santos. L'Etat, aussi, y etait interesse a cause des troubles qui i-esultaient de ce commerce de guias dans les impots d'exportation .
Ces deux nouveaux facteurs causaient de grande oscillations sur le marche : les giiias disparurent bientot, apres I'accord entre les Etats interesses ; quant aux achats directs, ilsse-deve-
loppereni sans arret jusquW nos jours et ce n'est que recetnment qu'une nouvelle formule fut mise a I'essai, la vente directe des cooperatives de production, comme moyeii de iutter contre les commissions exagerees des intermediaires, }' compris les exportateurs achetant directement le cafe au producteur.
Les efforts officiels se multipliaient pour regulariser les transports, encore desorganises par les consequences des luttes civiles. Les rapports du ministere des finances, rajspelant toujours la necessite de faire des economies, attiraient I'aitention sur les desordres des chemins de fer du Gouvernenient, leurs depenses excessives, leur exploitation bureaucratique, plutot que commerciale.
Les prix du cafe avaient detourne de toute autre culture Tactivite rurale ; ^importation de cereales, naguere produites en quantites amplement suffisantes pour la consommation du marche interieur, se developpait de facon a inspirer des craintes sur I'endettement croissant qu'elles representaient vis-a-vis de I'etranger, influencant les cours du change par de nouvelles exigences de disponibilitcs sur le marche producteur. Le riz, par exemple, passait de 866.588 sacs en 1S91, a 1.914.015 en 1894 et 1. 198.430 I'annee suivante ; le mais, de 58.47t) sacs importes, en 1891, passait a 859.833 sacs, en 1894, et 919. 706 I'annee immediate.
Les desordres de la circulation ne cessaient pas, et le Gouvernement demandait des moyens d'agirque le Congres ne se resolvaitpasalui donner. L'anticipation des achats en Europe et en Amerique pour eviter les surtaxes douanieres du nou veau tarif, le manque de traites pendant le premier semestre de Tannce, les transports defectueux par voles ferrees dans la zone du centre de I'Etat de Rio de Janeiro; tous ces facteurs avaieat deja produit la chute des cours du change a 8 '/s pence vers la fin Fc\'ner 1890.
Le ministre des finances ne pouvait fournir la couverture pour les' traites de change emises a guichet ouvert par les ban-
ques de Rio, simplenient pour ne pas permettie la baisse des cours; la loi ne pouvait enrayer le pari sur I'or et d'ailleurs ceiui-ci teadait plutot a aider toute hausse reelle et permaneote qu'a peser daas le sens contraire ; le refus des banques etrangeres, d'employer leurs disponibilites ii des transactions commerciales, laissaii entrevoir leur preference d'obtenir des benefices plus faciles et plus grands, en jouant sur le change avec leurs propres ressources et celles de leurs maisons-meres ; les banques nationales etaient trop faibles pour dieter la loi, et le mecanisme tributaire ne fournissait au Gouvernement aucune arme de defense, tel I'impot en or que Mr. Rodrigues Alves reclamait toujours avec grande insistance et esprit de prevision.
Malgre tous les avertissements, les economies demandees par le Gouvernement et tous ceux qui etudiaient les affaires financieres du pays n'etaient pas inscrites au budget, et les exhortations du Tresor etaient fort peu entendues par les autres ministeres. Les differences de change allaient toujours leur train, et, chaque fois plus pressante, se faisait seniir la necessite de normaliser la circulation .