‹ La politique monétaire du BrésilChapitre 6 sur 86 · CHAPITRE Hi · texte numérisé non relu

CHAPITRE Hi

LA PREMIERE BANQUE DU BRfiSIL

L'acte gouvernemental qui institua la circulation liduciaire fut la loi du 12 Octobre 1808, creant la premiere Banque du Bresil. L'idee, ardemment soutenue parD. Rodrigo de Sousa Coutinho, etait jusie et s'appliquait avec exactitude a un paj's neuf, ignorant tout du commerce et venant de le creer par I'ouverture des ports, ne possedant qu''une circulation insuffisante et force a avoir recours au credit. La nouvelle institution fut couverte de faveurs ; tout fut fait pour I'accrediter. Par contre, premiere tentative de ce genre, et faite par un gouvernement absolu, trop de prelextes y furent laisses pour I'immixtion officielle ; cette erreur fut la cause de grands deboires .

L'etablissement ainsi cree etait une banque de depots, d'escompte et d'emission. EUe allait faire les operations communes a ce genre d'activite, mais le Regent lui concedait supplementairement : la faculteexclusive.de servir de depot public pour toute sorte d'objets precieux; le privilege de \ ente des produits constituant les monopoles royaux, tels que diamants, ivoire, bois du Bresil et orseille ; Pemprunt a 5 des sommes produites par les biens des orphelins et des corporations de main-morte; la prerogative d'etre les seuls intermediaires du Tresor pour ses operations financieres ; Tinsaississabilite des actions, et la responsabilite des actionnaires limitee au montant de leurs versements ; ses billets seraientrecus partout comme monnaie.

Le droit d'emission n'etait pas limite ; aux termes de la loi elle avait lieu « avec les precautions necessaires, afin que a jamais ces traites ou billets ne restent impayes a presentation, « la plus petite coupure devant etre de 3o$ooo». La Banque ne pourrail fonctionner que lornqu'elle aurait realise loo conlos de son capital de 1.200; sa duree serait de 20 ans a partir du jour ou elle commencerait ses operations.

La notion du commerce de I'argent etait tellement rudimentaire a Rio, en 1808, que les habitants de la ville et les immigres portugais prirentun an pour souscrire les cent actions initiales. Ce ne fut que le 11 Decembre i8oq que ces cent premiers contos dc rcis fureut reunis et que la banque commenca a travailler. Le Gouvernement, interesse a la reussite de I'aflaire, multiplia les elibrts et les concessions pourrendre florissante I'institution de credit qui allait lui preter les services les plus signales. Use fit agent placeur de ses actions (i) ; des impots speciaux furent crees en faveur de la banque, sur les voitures, magasins, navires et transactions sur navires •, le produit de ces taxes, percues pendant 10 ans, devait etre remis a la banque en prestations annuelles de 100 conlos \ pendant les cinq premieres annies, ce versement ne produrait aucun benefice pour le Gouvernement, qui le cedait aux actionnaires, er ne viendrait a recevoir sa part de gain, comme actionnaire lui-meme, que sur les sommes versees de la sixieme a la dixieme annee de duree des nouveaux impots (2). Les creances de la banque obtinrent le privilege du recouvrement executif, tout comme les creances d'Etat (3). La fondation de succursales fut permise, etil s'en etablit deux, une a Bahia (1818), I'autre a S. Paulo (1820) (4), et le privilege du recouvremeni executif leur fut aussi concede.

(1) Ordre Royal du Aoiit 1S13, et communication du ij Octobrc 181;. (;) Alvard du in Octobrc i3ia.

{3) Alvard du 2-\ Septembre 1814.

(.|) Loi du i6 Fevrier iliiO.

Da telles faveurs indiqaaient clairement les vues du Gouvernement sur I'atiUte et la necessite d'un appareil commercial regalateur de la circulatioa ; de nombreux textes de lois et de decisions en fonifoide maniere absolue. Mais, d'un autre cote, le Tresor avait le plus grand interet au succes de I'instit^ution, car c'etait elle qui lui fournissait le papier-monnaie necessaire p(5ur faire face au\ depenses croissantes de la Cour et de I'Administration .

Certes, le s\-stc'me etait deplorable, et la critique de ses inconvenients facile ii faire. U est peut-itre plus malaist d'indiquer le precede financier que le Gouvernement de Rio eut pu suivre a cette epoque, pour remplir ses coliires et faire honneur a sa signature et a ses engagements.

La preuve n'en est pas difficile. II n'existait pour ainsi dire presque pas de metaux precieux en circulation. Le Jeveloppement commercial se faisaitde facon progressive, mais sans bonds exageres, et le surplus des exportations, en entrant dans le pavs sous forme d'argent, ne beneficiait directement que les interesses et non le Tresor.

Les anciens impots avaient une elasticite limitee: la dime — taxe odieuse, vexatoire et coutcuse a percevoir — produisait relativement peu, et ne put disparaitre qu'en 1821 ; les droits de douane, ditferentiels (en faveur de I'Angleterre et du Ponugal) quelques uns, ne rapportaient qu'une partie seulement de ce qu'ils pouvaient donner, et ne furent unifies qu'en 1828; les peages se developpaient, en entravant I'essor economique.

Greer de nouvelle; taxes paraissait hors de propos, vu I'exireme faiblesse des sources productives recemment mises en valeur. D'ailleurs, meme en combinant tous ces moyens, en alterant les formes de perception, en modifiant les textes legaux, I'ensemble ne pourrait pas fournir les frequents coups de collier qu'exigeait la situation politique generale .

Recourir a I'emprunt a Teu-anger, en pleine periode de guerre, eut etc folic ; une operation interieure n'etait pas \-iable,

parce que le pays n^ivait presque pas d'economie, la souscription des actions de la banque en avail ete la demonstration; et, du reste, remission du papier-monnaie en etait une forme, mauvaise certainement, mais une forme qui reportaita Pavenir la soffition des embarras presents.

La faiblesse economique du Bresil n'etait pas en rapport avec la somme de responsabilites du Portugal envers toUte I'Europe, et neanmoins letransfert a Riode la Cour de Lisbonne obligeait le pays a marcher sur les brisees de la metropole, sans en avoir les moyens. Et les difficultes, et les embarras se multipliaient, et il y'fallait parer quelle que fut I'origine des moyens employes dans ce but.

La reorganisation des bureaux adhiinistratifs, les ameliorations de la ville de Rio, les depenses militaires, les tentatives du Regent pour developper de nouveaux elements de richesse, tous ces efforts absorbaient des sommes considerables; les gaspillages etaient nombreux ; le parasitisme de Lisbonne continuait sur la terre Americaine .

La guerre peninsulaire exigeait de constants emplois de fonds . L'invasion francaise et la nouvelle distribution de territoires a la Couronne d'Espagne imposaient au Regent de prendre en Amerique des assurances pour la restitution de son patrimoine europeen, a la fin des hostilites De la, I'expedition et la conquete de la Guyane Francaise en 1809.

La situation interieure du Bresil, agite par des tentatives de separation, obligeait a reprimer severement des revolutions locales comme celle de Pernambuco ( 1 8 1 7) .

La contigiiite territoriale avec des pays troubles, comme le bassin de la Plata, forcait le Gouvernement de Rio a mobiliser des troupes sur la frontiere de I'Uruguay, a y faire campagne et i annexer temporairement la province Cisplatine (181 1-1^12 et 1816-1820).

Le Gouvernement portugais ne pouvait pas s'esquiver a ces devoirs de sa politique, et les fonds necessaires a la realisation

de ses vues ne pouvaient se trouver que pSr le credit: remission immoderee du papier-monnaie en traduisit les exigences.

D'autres causes, accessoires et pen louables, aggraverent la situation : les retraits de metaux precieux a Poccasion du , retourdeD. JoaoAlen Europe (1821), les malversatidfis de quelques uns des directeurs de la Banque.

Le concours de tous ces facteurs n'etaitpas fait pour simplifier le probleme .

Dans les premiers temps, jusqu'en 181 3, les emissions et les annulations de billets se compensereni plus ou moins. Mais des 1814 jusqu'en 1820, remission s'eleva a..8.5G6;45o$ sans que la moindre annulation ne fut faite ; or, pendant cette periode, rien que par ordreatperbaux^ la Banque remit au Tresor, en 1819 et 1820, 2.3i5:958$ooo.

La circulation fiduciaire, en ce moment, etait deja excessive pour les transactions courantes ; non seulement les statistiques du commerce le prouvent, mais encore le cours du change sur Londres, lequel de 67 pence etait tombe aux valeurs suivantes :

Les inquietudes da public etaie'iit tres vives quant a la solvabilite de la Banque . Dans les premieres annees, le nombre de souscripteurs d'actions avait beaucoup augmente et le mouvement continuait, car les dividendes distribues arrivaient presquea ig'/o.en 1816; mais I'une des principales sources de revenus etait la dette du Tresor envers cet institut, car les prets en papier-monnaie portaient un interet de 6 "/o reduit a 4 % en 1827, et, la faculte d'emission etant illimitee, la Banque pensait pouvoir augmenter fructueusement son chifiFre

d'affaires en accedant a toutes les demandes du Gouvernement. Mais la se trouvait justement la gravite de la situation : quelle garantie offrait-on a remission ? De la les inquietudes. Un resume du bilan, presente par I'un des directeurs le 23 Mars 182 1, etablissait les chiifres suivants :

Portefeuille.- 3 . 302 : 73o$ooo

Numeraire (mtitailique) .... i .3i5:439$ooo

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