STOCK VISIBLE 1 F.\- MILLIONS DE SACS
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Ces chiffres donnent la clef de toute revolution suivie par le commerce du cafe, et par son intervention dans la politique monetaire .
Les agriculteurs, sourds en 1897 aux avis qui leur ctaient prodigucs sur les perils de la surproduction, commencerent a s'alarmer, quand les stocks passerent de 0 millions a n et I'i millions de sacs, les prix tombant des environs de 10$ les 1 5 kilos, a la moitie de eette somme, pour la meme unite.
L'Etat de Sao Paulo vota une loi restrictive du dcveloppemerit des cultures: un impot de 2:000$ par alqueire (2'"',44) frapperait toute nouvelle extension. La duree de cinq ans fut stipulee pour I'application de cette loi, de 1902 a 1907 par consequent. Mais elle fut prorogee pour un nouveau delai egal, devant prendre fin en 191 2.
L'idee directrice de cette mesure, critiquable peut-etre au point de vue constitutionnel, ne put etre entierement observee. Lenombre de pieds de cafe, de 685 millions en I90i-i902,pas8a a 690 millions a I'heure actuelle, ce qui prouve que peu de plantations nouvelles furent faites ; mais les anciennes cultures furent mieux soignees ; les arbres morts substitues avec plus de zele ; les exigences culturales plus completement satisfaites . En un mot : la culture intensive prit la place de la culture extensive, les rendements s'ameliorerent etle nombre de plantes en phase productive augmenta. II est certain, toutefois, que la vitesse de la croissance des recoltes, par extension territoriale, fut enrayee par la loi de restriction .
Meme si le niveau des arrivages de cafes aux ports d'embarquement s'etait maintenu constant, ce niveau etait assez d le ve pour causer des apprehensions sur la chute progressive des prix. Aussi, au lendemain de la recolte de 1901-1902, de plus de 1 5 millions de sacs pour le Bresil, vit-on suggerer de nombreux plans de valorisation d'une denree, produite en exces et sans elasticite illimitee de consommation .
Chose curieuse : le commerce du cafe alimentait une serie importante d'industries corollaires — les transports, les fabriques de sacs, les machines agricoles de toutessortes,les manipulations intermediaires. Toutes gagnaient de I'argent et permetr taient la formation de grandes fortunes. Le protectionnisme douanier empechait les importations d'elements accessoires, moins chers que ceux qui se fabriquaient dans le pays. Les chemins de fer payaient 1 3 ° '„ de dividendes, accumulaient des reserves importantes, amelioraient leurs services. Les interme-
diaires ne baissaient pas les grosses commissions touchees sur les transactions et les avances. L'Etat exigeait presque les memes impots des temps de prosperite . Malgre tout cela, et avec tant de marge pour intervenir dans le sens de reduire le prix de revient du produit, Peffort developpe par Sao Paulo s'exerca en vue de maintenir tous les benefices de la situation acquise, en rejettant sur la coUectivite le poids de charges qui n'existeraient pas sans I'orientation politique et economique adoptee par cet Etat.
En cela consistait I'immoralite des solutions proposees, car il etait injustifiable de demander a autrui des sacrifices, quand les benefices excessifs, dus a I'organisation defectueuse de I'activite correspondante, oneraient de 3o a 40 le prix de revient du cafe sur les marches consommateurs.
Toute exageration de depenses, toute superfluite mise de cote, alors la demande de collaboration devenaitlicite et morale, et c'esi en ce sens que le Jornal do Commercio, de Rio de Janeiro, rappelait que tant que le possible n'est pas fait, le devoir n'est pas rempli .
En igoS, un projet fut presente aux Chambres, ayant pour base fixer un prix minimum de vente par la regularisation de I'ofFre, les operations en ce sens etant garanties par le credit du Gouvernement Federal et par des surtaxes d'exportation, percues par les Etats producteurs, avec application predeterminee des fonds obtenus de la sorte.
Tout ce qu'il y avait d'econonjistes au Parlement s'insurgerent contre la malencontreuse proposition, qui ne fut pas de I'avant. Le principal motif de cet arret se trouvait dans les recoltes deficitaires de 1903-1904 et de 1904-1905, prevues avec grande anticipation, et dans la hausse correspondante des cours du cafe. Pendant deux ans, les tentatives valorisatrices cesserent.
Des la fin dei904, cependant, la prevision des resultats de la production en 1906-1907, qui devait etre tres grande, d'apres le
rythme qui fait succeder une grande recolte a deux au trois campagnes faibles, cette prevision faisait croire a la resurrection des projets interventionistes . En effet, une agitation habilement maintenue dans les centres producteurs et dans la presse provinciale, ainsi que dans quelques joumaux inspires par le commerce d'intermediaires, produisit un fort courant d'opinion favorable a Pimmixtion du Gouvernement dans le jeu naturel des elements formateurs des prix.
Le Gouvernement Federal, il faut le dire a son honneur, combattit toujours cette tendance ; les rapports du ministere des finances, les messages presidentiels, les communications aux Chambres sont pleines de demonstrations de I'inanite d'une telle politique, et d'avertissements de ce que, en I'adoptant, le pays irait au devant de deceptions et de graves deboires.
Cette resistance, ces avis de prudence prevoyante, toujours combattus par la maree montante des interventionistes, forme nouvelle et desastreuse de I'etatisme intensif de certaines ecoles politiques bresiliennes, ne furent pas mis en pratique avec une fermete suffisante par le president Rodrigues Alves.
Au lieu de maintenir avec intransigeance son point de vue liberal, de laisser au libre jeu des facteurs economiques la solution du probleme du cafe, il crut devoir ceder devant ce qui lui paraissait une manifestation nationale, et n'etait, cependant, que le fruit d'une campagne savamment organisee par un seul Etat, au detriment de tout le Bresil.
Get acte de faiblesse gouvernementale, surprenant chez un homme d'Etat de la valeur du president Rodrigues Alves, He indissolublement sa co-responsabilite a tous les embarras causes par les plans de valorisation et aux troubles monetaires qui s'ensui\'irent.
La capitulation eut lieu au moment du vote du budget pour 1906. La loi du 3o Dccembre igoS, en son article 2,X, mentionna I'autorisation concedee au Pouvoir Executif pour:
« se mettre d'accord avec les gouvernements des Etats « producteurs de cafe, afin de :
t a ) regulariser le commerce de cafe ; « b ) provoquer sa valorisation ;
t c ) organiser et maintenir un service regulier et per- « manent de propagande du cafe, afin d'en elargir la con- « sommation.
a Le Gouvernement Federal pourrait endosser les ope- « rations de credit faites, dans ce but, par les Etats intei resses, pourvu qu'ils observassent les stipulations suivantes :
« a ) les Etats assureront a I'Union une garantie-or, suffia sante pour le paiement des interets et de I'amortissement de « I'emprunt ;
n b) cette garantie aura caractere definitifpour route la « duree de I'emprunt et ne dependra pas de lois annuelles, t revocables d'annee en annee par le Pouvoir Legislatif des a fitats ;
« c ) le produit de I'operation de credit ne pourra ctre « applique qu'a maintenir un prix minimum au cafe d'ex- 5 portation, aucune parcelle ne pouvant etre distraite a n'imd porte quel pret ou avance aux agriculteurs, commissaires, « exportateurs, ou autres, ni detournee par les Etats pour applid cation autre que celle de la fixation du minimum des prix ;
t d) It produit de I'emprunt sera depose au Tresor Na- I tional, ou aux bureaux centraux de perception dans les « feats et sera paye au fur et a mesure des necessites ; les « operations liquidees, le produit net sera verse au dep6t respectif ;
I e ) tons les benefices realises sur les operations de valot risation seront appUquees a I'amortissement de I'emprunt. i
Les Etats interesses se mirent immediatement en campagne et, le a5 Fevrier 1906, leurs presidents signerent a Taubate, petite ville de I'Etat de Sao Paulo, I'accord connu sous le nom de Convenio de TaubaU .
Ce document, reellement extraordinaire au point de vue economique, merite d'etre resume.
Les Etats contractants s'engageaient a maintenir, tant que cela serait avantageux et pendant la premiere annee, sur le marche national, le prix minimum de 55 a 65 francs, en or ou en monnaie courante, par sac de 60 kilogrammes de cafe du tj'pe 7, de New York. Ce prix pourrait etre eleve a 70 francs selon les convenances du marche. Les autres qualites auraient des prix proportionnels a I'echelle adoptee par la classification americaine .
Les Gouvernements contractants s'engageaient a embarrasser I'exportation des qualites inferieures et a developper autant que possible leur consommation au Bresil .
Un service de propagande en commun etait cree, pour le double but d'elargir les marches consommateurs et de combattre les fraudes et les succedanes du cafe.
La creation de types nationaux de cette denree etait prevue, ainsi que celle de Bourses et de Chambres Syndicales de Cafe.
L'amelioration des qualites produites serait provoquee par I'etablissement d'installations speciales pour traiter les recoltes.
Une surtaxe d'exportation de 3 francs par sac serait creee, et pourrait etre augmentee ou diminuee ; la limitation des cultures existantes serait maintenue pendant deux ans, prorogeables par accord .
La surtaxe serait percue par I'Union, et son produit applique aux arrerages des capitaux necessaires pour I'execution de I'accord ; I'excedent sur ces arrerages ferait retour aux fitats qui I'emploieraient a pa yer les depenses resultant de I'accord. Les capitaux seraient fournis par un empr.unt de i5 millions sterling que I'Etat de Sao Paulo etait charge de negocier, donnant comme gage le produit de la surtaxe de 3 francs par sac, et la responsabilite solidaire des trois Etats contractants.
Pour eviter les oscillations en papier de la valeur de cet emprunt-or les 15 millions formeraient le depot d'une Caisse d'emission et de conversion a creer par voie legislative federale, afin de fixer la valeur de la monnaie . Le produit de remission serait employe a regulariser le commerce de cafe et a valoriser la denree, concurremment avec telles autres ressouroes que les lois pussent creer. L'emprunt ne serait dcfinitivement conclu qu'apres approbation de ses termes par I'Union . et les foats contractants. Au cas ou la garantie federale serait necessaire, elle serait demandee d'accord avec les stipulations de la loi de 1905.
Le mecanisme administratif pour la direction des mesures etablies par le Convenio fut organise, sous la haute inspection de TEtat de Sao Paulo, le principal interesse . Le president de la Republique etait accepte comme arbitre de toutes mesintelligences survenant entre les Etats. Le Convenio n'entrerait en vigueur qu'apres son approbation par le Gouvernement Federal.
-Ainsi que le montre ce resume, les trois presidents ne s'etaient pas limites a se mettre d'accord sur les mesures ayant trait au cafe. Avec uhe desinvolture sans egale, ils avaient stipule des choses, sur lesquelles leurautorite constitutionnelle etait nulle : telle la nouvelle legislation monetaire, dont le Congres Federal etait le seal juge.
Cet abus de pouvoLr fat encore souligne par la facon cavaliere avec laquelle le porte-parole du Convenio, le president de Sao Paulo, communiquant le resultat de cette entrevue, porta a la connaissance du president de la Republique que « la solu- « tion de la question monetaire, mesure jugee de la plus grande « urgence, reclamait de S. Exce., aux termes du n. 10, art. 48 « de la Constitution Federale, la convocation extraordinaire d du Congres Federal pour le vote des lois necessaires ».
La reclamation ainsi faite s'appliquait a une des prerogatives du Pouvoir Executif, dont celui-ci etait le seuljuge!...
La reponse du president Rodrigues Alves fut simple et digne : le Convenio serail transmis au Congres pour que celui-ciput en prendre connaissance, surtout sur les points oh sa competence privative devait s'exercer ; quant a la convocation extraordinaire, le president n'acceptait pas de la provoquer, vu I'imminence de la reunion ordinaire du Congres, et la necessite primordiale du depoulUement du vote pour la presidence de la Republique, pendant la nouvelle periode 1906-1 g 10.
Or, tout se faisait a rebours de la loi de igoS. Celleci avait etabli la necessite d'un accord entre le president de la Republique et les Etats, et le Convenio etait une stipulation contractuelle entre les Etats, le Gouvernement Federal en etant exclu. La loi de igoS prevoj'ait I'endossement de I'Union a I'emprunt indispensable ; le nouveau document prevoyait plutot la possibilite de s'en passer. Le contrat signe a Taubate exorbitait des pouvoirs constitutionnels des parties contractantes. L'emprunt pouvant se faire sans la collaboration federale, a quoi bon alors la Caisse de Conversion, puisque I'emprunt fournirait les ressources pour les operations, et il serait absurde de demander une emission convertible a un Gouvernement oppose a une telle politique ?
Les trois Etats signataires du Convenio, devant la reponse negative du Gouvernement Fede'ral, et presses par I'urgence du moment, firent une modification a I'accord primitif.
Le 4 Juillct igo6, le document complementaire etait signe a Bello-Horisonte .
L'article i"' du Convenio etait substitue comme suit. Les Etats contractants s'engageaient a maintenir, durant le delai convenable, pendant la premiere annee, sur le marche national, le prix minimum de 3-2 a 36$ par sac de 60 kilogrammes de cafe t3'pe 7, de New- York ; ce minimum pourrait etre eleve plus tard a 40$, selon les convenances du marche. Les qualites superieures, selon la classification
americaine, varieraient de prix d'accord avec I'echelle adoptee en ce pays.
II etait encore stipule que, si les operations de credit necessaires se faisaient directement par les trois Etats, sans endossement ou garantie de PUnion, la surtaxe serait percue par les Etats, et le produit depose pour la fin de garantir les arrerages de I'emprunt. Cette perception commencerait quand les Etats le determineraient.
Tant que la Caisse de Conversion ne fonctionnerait pas ou ne serait pas creee, les Etats pourraient appliquer I'emprunt directement aux exigences de la valorisation.
Le Gouvernement de Sao Paulo, avant de fermer I'operation de credit, aurait a soumettre ses stipulations a la connaissance et a I'approbation des Etats interesses, ainsi qu'a celles du Gouvernement Federal, au cas ou celui-ci aurait donne son endossement ou sa garantie, les responsabilites de chacun devant etre fixees par cette approbation.
Le Congres Federal, saisi de deux textes , contractuels, donna son approbation par loi du 6 Aout igo6. Particle relatif a la Caisse de - Conversion etant reserve pour une discussion speciale. Ici, encore, la responsabilite du president Rodrigues Alves est engagee, car il n'opposa pas son veto a une proposition dont il connaissait, mieux que personne, Pinfluence pernicieuse.
Quoique ne rentrant pas tout a fait dans le cadre de notre etude, il n'est pas entierement deplace de donner une idee approximative de Pevolution suivie par la mise en train des mesures valorisatrices .
Parfaitenient averti le Jornal do Commercio de Rio de Janeiro resuma les operations dans Papercu annuel public sur la situation commerciale. Nous lui empruntons ici la plupart des renseignements.
La base du mecanisme propose etait Pemprunt destine a retire r du marche, pendant un delai indetermine, I'exces
de la production sur la demande . Or, le Convenio approuve et la possibilite d'un accord avec I'Union pour obtenir sa collaboration ayant disparu, les Etats ne pouvaient compter que sur leur propre credit. II leur fut possible de verifier de suite que, de ce point de vue, ils avaient trop legerement donne leur confiance a des intermediaires sans surface, et que les millions promis etaient problematiques. Les producteurs, d'un autre cote, escomptant les prix de Taubate, retenaient leurs recoltes jusqu'au fonctionnement integral de cet accord.
L'impossibilite pratique de realiser I'emprunt ruinait le Convenio. II fallut done que Sao Paulo agit tout seul.
Le Congres Provincial autorisa le Gouvernement de I'Etat a surtaxer les cafes, m£me avant la valorisation, exactement le contraire de ce qui avait ete resolu entre les trois presidents .
Le meme Gouvernement celebra un accord, non divulgue en toug ses details, avec les principales maisons exportatrices, justement celles contre lesquelles le Convenio avait ete fait, car I'accusation portait sur les gains illicitement grossis de ces intermediaires.
Cette capitulation se fit aux termes suiwants : ces exportateurs avancaient So °/o de la valeur du cafe retenu, sur garantie du propre cafe 5 les 20 "/^ restant seraient paj'es par I'Etat ; sur les 80 °/„ avances par le consortium, les taxes payees par la denree monieraient a 1 5 °/o environ ; la duree du central n'est pas connue au juste.
Ce n'etait plus le mecanisme du Convenio, mais un palliatif pourattendre celui-ci. Les prix devaient done varier. En fait, I'accord de Taubate avait stipule 55 a 65 francs par sac, soit 9$ par arroba (i5 kilogrammes); la modification de Bello-Horizonte avait reduit cela de 32 a 36$, soit 8$ pour la meme unite ; le nouvel accord avec les exportateurs etablissait 7$ooo. Mais, en fait, les exigences de ces interme-
diaires etaient telles, que le prix n'etait pas paye pour le type 7, base de la negociation, mais pour un type plus eleve, le 6, de sorte que la valeur reelle d'achat de la qualite servant de base a I'accord, le type 7, etait reduite a 6$6oo.
II est clair que, tout ceci se faisant en dehors du Convem'o, les Etats de Minas Geraes et de Rio de Janeiro n'y prirent aucune part. Toute I'operation pesait ainsi sur Sao Paulo, d'accord avec ses contrats particuliers celebres avec les cxportateurs Theodor Wille & Cie .
II en resulta une crise serieuse. Les exigences de cette maison forcaient le prix aux cafes du type 6 ; les possesseurs des qualites inferieures, le 7, le 8 et le q, exportees en grande partie par le port de Rio, ne trouvaient pas a qui vendre, leurs anciens commissaires se refusant a avancer sur ces qualites , et exigeant le remboursement des sommes pretees, avant la recolte, pour les depenses courantes des fa'^endas,
Les reclamations arriverent a un tel point que les Gouvernements de Rio et de Minas durent agir, de concert avec celui de rUnion, et prirent les resolutions suivantes : le Banco do Brasil preterait 6.000 contos pour I'achat de cafes des types 8 et 9, par I'entremise d'une maison nationale, agissant de concert avec Theodor Wille & Qe . ; I'Union preterait son concours, desormais repute indispensable, pour obtenir Pemprunt, cheville ouvriere de Poeuvre de Taubate .
Get emprunt fut tente en Janvier 1907 parle Gouvernement Federal directement, ce qui lyi valut de la part de nos agents financiers a Londres la reponse, sincere mais dure, qu'ils ne pouvaient lier leur nom et leur responsabilite a une manoeuvre de speculation aussi hasardee, condamnee par le sens commercial et financier du monde entier. A cette occasion, la presidence n'etait plus entre les mains deMr. Rodrigues Alves, mais entre celles de son successeur, Mr .Alfonso Penna.
Ce que furent ces affaires de cafe, le Retrospecto Commercial de 1907 les qualifie bien : uLes achats faits sur une echelle,
I comparatLvement inferieure au\ entrees, ne benelicierent I que les intermediaires acheteurs, qui payaient les prix du « Convenio aux cafes acquis par des tiers a des prix deri- « soires, recevant encore du Gouvernement, par dessus le I marche, la commission due pour leur travail, n
Les recoltes affluant sur les marches de Santos et de Rio, le Convenio achetait a des prix de favour, distribues preferentiellement a une clientele speciale, tandis que sur le marche Libre les cours baissaient.
L'agitation continuait. Le Gouvernement reitera, avec Ic meme insucces, ses tentatives d'emprunt, en Angleterre et en Belgique. Ce fut encore le Banco do Brasil qui dut donner 12.000 contos pour cette speculation immorale. En Aotit 1906, un emprunt de £ i .000.000 a 1 2 mois d'echeance etait consenti a Sao Paulo par la Disconlo Gesellchaft ; en Decembre, un second emprunt de £ 3.000.000 etait contracte avec J. Henry Schroder & C", de Londres, et un troisieme de £ i .ooo'.ooo avec la National City Baiik, de New- York. Sao Paulo, de son cote, pour se maintenir sur le marche, dut sacrifier le Chemin de Fer Sorocabana, achete au Gouvernement Federal, et I'affermer, en Mai, a un syndicat qui lui permit d'obtenir £ 2.000.000 emis a 90 7o par I'entremise de la Societe Ginerale. Peu de jours apres, la Dresdncr Bank consentit a un autre emprunt, de £ 2.000.000. Finalement, en Juin, FEtat demanda la garantie federale pour une nouvelle operation de £ 3. 000. 000, que le Congres autorisa en Juillet et que nos agents financiers a Londres emirent en Octobre, car, s'ils avaient refuse de s'associer a une speculation sur le cafe, ils etaient toujours prets a aider le credit bresilien, et Sao Paulo etait parvenu k faire de son aventure valorisatrice la base d'un emprunt federal. Au 14 Juillet 1 90S, Sao Paulc avait achete un stock de 8.474.623 sacs de cafes de qualites, en moyenne, au dessus du type 7.
Cette situation artificielle ne pouvait durer. En Mai 190S les cafes du stock appartenant a Sao Paulo commencerent a etre
vendus. La Banque de France annonca, le 14 Mai, qu'elle ne recevrait plus de wajTants calcules a plus de 40 francs, ii terme. Les commercants du Havre declaraient que la valorisation devait renoncer a I'idee de fixer les prix, cette pretention leur ayant deja valu de grosses pertes ; quelquefois les cours pourraient etre accidentellement depasses par une vente ou I'autre, mais rien ne decourageait autant les acheteurs que ces vaines tentatives de lutte contre les cafes, non vendus aux encheres, cedes plus tard clandestinement a vil prix.
La Ghambre de Commerce du Havre, fin Novembre de la meme annee, discutant la question, etait unanime dans la condamnation de cette speculation, attentatoire de la liberie de commerce, et voulait entraver Padmission a la cote du nouvel emprunt, de £ 15. 000.000, tant que des declarations rassurantes n'eussent pas ete faites, de ce que le Gouvernement Bresilien n'interviendrait plus sur le marche pour troubler revolution normale des cours.
Peu auparavant, vers le milieu dePannee, PEtatde Sao Paulo avait nouvellement sollicite Paide du Gouvernement Federal pour contracter, sous sa garantie, un emprunt de liquidation des operations precedentes, jusqu'a concurrence de £15. 000.000.
A ce moment, les engagements de Sao Paulo, exclusion faite de Pemploi des ressources produites par les recettes normales,montaient a £ 12.707.074-9-5. Le stock dtait d'environ 7 millions de sacs : la valeur de Punite etait done, au minimum, de 43 shillings, soit a peu pres 54 francs. Le cours du moment etant de 87 a Sg francs, les 5o kilogrammes, pour le good ave^ rags, le stock de Sao Paulo, compose en partie de qualites superieures, pouvait valoir 40 francs ; le sac de 60 kilogrammes valait done 48 francs. La marge de 6 francs representait done a cette date la perte par unite, due aux manoeuvres de la valorisation, soit 42 millions pour tout le stock.
La nouvelle intervention federale ne pouvait qu'empirer la situation, d'uti c6te par Paugmentation de valeur des cafes en
consequence des frais d'emmagasinage, de manutention, interets, assurances, surveillance et, autres, et, d'autre part, par la perspective de formation de nouveaux stocks pesant sur les cours par suite du developpement de la production, et de la possibilite, pour ne pas dire plus, du retour d'une nouvelle cueillette semblable a celle de 1906-1907. L'augmentation de valeur pouvait etre calculee a raison de 6f"",6o par sac et par an, d'apres les chiffres de 1909, ou les 7 millions de sacs exigerent une depense totale de £ i .85o.ooo ; la depreciation des cours sous I'influence des grandes recoltes previsibles ne pent pas etre fixee.
Ces deux elements, trop compliques et speciaux pour etre traites ici, figurerent entre les principaux motifs de I'opposition d'une minorite de la Chambre des Deputes, quand le president Penna lui transmit le message du Gouvernement de Sao Paulo, avec son opinion personnelle favorable a lanouvelle operation .
Toutes les objections classiques centre la prolongation d'existence de ce corner officiel du cafe furent portees au debat. On rappela I'inefficacite et la violence de cette intromission gouvernementale dans la fixation naturelle des cours d'une denree, dont le pays ne possedait pas le monopole, dont le marche consommateur se trouvait a I'etranger, qui n'etait pas une utilite de premiere necessite, et possedait de nombreux succedanes prets a occuper le vide cree par la rarefaction consecutive a la hausse des prix . Cette hausse etait contraire aux interets legitimes de la production, dont les benefices se trouvaient en rapport avec I'elargissement de la consommation , inseparable de la baisse du prix de vente ; la hausse ne pouvait done, en derniere analyse, que favoriser les industries de falsification du cafe — la torrefaction des figues, des glands, des cereales, etc. — , les produits de substitution — telle lachicoree — , les propres succedanes naturels — le le cacao, le the. L'Etat, mauvais negociant, puisqu'il lui manque le stimulant
du lucre, ne se trouvait pas en bonne posture pour gerer des entreprises commerciales, surtout de I'ampleur de celle-ci.
11 etait immoral, finalement, d'imposer de nouvelles taxes aux contribuables, d'exiger d'eux de nouveaux sacrifices pour attenuer les difficultes financieres d''une classe speciale, et cela en une phase ou toutes les industries, se rattachant au commerce du cafe, continuaient a avoir les memes benefices, les memes avantages, sans s'imposer la moindre restriction dans leurs gains, pour aider les producteurs qui les faisaient vivre .
Toutes les critiques, les plus fondees, furent impuissantes pour vaincre le courant d'opinion interventionniste, et, le 9 Decembre 1908, Pautorisation devenait loi.
II etait ainsi permis au president de la Republique de ga- * rantir, jusqu'au maximum de 15 millions sterling, I'emprunt que Sao Paulo allait contracter, pour liquider les debours de la valorisation et convertir en dette consolidee la dette flottante creee par ces operations.
Pour y faire face, I'Etat de Sao Paulo s'engageait a deposer, toutes les semaines, en tels etablissements designes par le Gouvernement Federal, le produit de la surtaxe de 5 francs par sac de cafe, creee par loi provinciale du 25 Aout 1908 ; ces sommes seraient affectees aux arrerages de Pemprunt, et ne pourraient sous aucun pretexte avoir une application differente. Au cas ou elles seraient insuffisantes, Sao Paulo s'engageait a parfaire la difference, de sorte a ne jamais laisser en souffrance le service de Pemprunt.
Tout excedent serait conserve pour parfaire des deficits ulterieurs .
Le contrat d'emprunt pourrait stipuler que les 6.994.920 sacs de cafe deposes en Europe et aux Etats Unis seraient donnes en gage aux creanciers ; mais il y devait etre aussi stipule que la vente de ces cafes ne pourrait se faire, que moyennant accord entre le Gouvernement de I'Union et celui de Sao Paulo, et a\'ec Pautorisation du premier.
Le produit de la vente serait applique exclusivement a I'amorcissetnent de I'empruiit.
Si Sao Paulo, pour n'importe quel motif, reduisait ses impots d'exportation, la surtaxe continuerait sans ' alteration . L'Etat s'engageait encore a maintenir les mesures de la loi provinciale de 25 Aout 1908 jusquW la liquidation de I'emprunt, sauf nouvel accord avec le Gouvernement Federal pour substituer la limitation d'exportation des cafes, menttonnee dans ce document legislatif .
Cette restriction consistait en un impot additioniiel de 20 °/o ad valorem sur les cafes exportes excedant i ) millions de sacs pour les piriodes igoS-iyoQ, g '/a millions pour cello de iqog-igio et 10 millions pour les campagnes suivantes, periodes comptees du i" Juillet au 3o Juin.
Le president de la Republique etait encore autorise a adopter les mesures et a exiger toutes les garanties .necessaires pour le succes de Poperation et pour eviter des risques au Tresor National.
Ainsi, le plan de valorisation terminait par la vente de huit millions et demi de sacs, appartenant a d'heureux privilegies, a des prix fort au dessus des cours, sur une production totale cinq fois plus grande, 41 millions de sacs (1906-1909). Les prix n'avaient pas subi de hausse appreciable due a cette intervention, et avaient varie sous Tinfluence preponderante du marche libre ; le slock de la valorisation n'avait contribue qu'a alourdir les cours. Les producteurs s'en tiraient avec une surtaxe de trois francs par sac, bient6t elevee a cinq francs. Tel etait le bilan de cette aventure pour \e. faiendaro.
Pour la liquidation du stock officiel, il fallait creer un organisme, donnant entiere securite quant a la facon dont seraient vendus les cafes donnes en garantie . Ce fut le Comiti de gestioH des cafes du Gouvernement de Sao Paulo, plus couramment appele Com/VcrfMMH/ei, compose de six membres, designes par les deux consortiums de banquiers (J . Henry
Schroder & C'°, et la Societe Generale de Paris), et d'un , delegue du Gouvernement de Sao Paulo, avec droit de veto sur les decisions du comite ; en ce cas, la Banque d'Angleterre, prise comme arbitre, deciderait en derniere instance.
Jusqu'en ce moment (Mai 1910), les ventes n'ont eu lieu que le 5 Fevrier igio en Europe (So.ooo sacs au Havre, So.ooo a Hambourg et 25. 000 a Anvers) et le 7 Fevrier a New York (125.000 sacs). II manque encore 25o.ooo sacs pour parfaire le total fixe par le Comite pour I'annee courante. Les prix obtenus sont de 53"", 50 par So kgs. a Anvers, 53"' ,68 au Havre et bo" pi a Hambourg ; cela represente par sac respectivement 64"',20, 64'"",4i et 6o'''",75. II n'est pas avere que ces prix laissent une marge de benefices sur la ^ valeur actuelle du cafe entrepose par Sao Paulo, car, d'apres les chiffres deja cites, le sac de 60 kilogrammes coutant au moins 54 francs en Juin 1908, devrait valoir environ 64 francs en Decembre 1909, a cause de I'accumulation des depenses imposees par Pemmagasinage, interets, etc., a raison de .6f'',6o par sac et par an.
II en est de meme pour la vente faite a New York. II ne faut pas oublier, en outre, que ces operations ont porte sur 25o . 000 sacs a peine, et ont eu lieu en une periode de hausse, due a I'afFaiblissement relatif des stocks visibles. Les resultals definitifs sont done a la merci du developpement des recoltes au Bresil.
L'echec du plan de valorisation a done ete complet,selon les previsions de tons les economistes serieux qui I'avaient etudie et combattu. Le resultat final etait I'alourdissement des cours, leur variation faussee par les stocks, mais non dans le sens de la hausse, la liquidation ruineuse des operations pour I'Etat de Sao Paulo, les surcharges fiscales retombant sur les producteurs.
U leguait au Bresil, par dessus le marche, la Caisse de Conversion .