‹ La politique monétaire du BrésilChapitre 8 sur 86 · LA CIRCULATION DU BILLON · texte numérisé non relu

LA CIRCULATION DU BILLON

L'histoire de la circulation ne se limitepas aux emissions de la Banque da Bresil ; les mesures relatives a la monnaie metallique s'entrelacent a la premiere de facon inseparable, non seulement dans leur origine, comme dans les consequences iinales at les remedes employes pour combattre les maux causes par le S3'steme en vigueur.

II convient done de surseoir a Pexpose des methodes suivies pour liquider la situation extremement compliquee leguee par la Banque, pour narrer les embarras de meme nature crees par les vices de la circulation metallique, lesquels vinrent aggraver les difdcultes existantes et peser sur les decisions prises en dernier lieu pour le changement d'etalon monetaire.

Les billets de la Banque ne circulaient qu'a Ria, et, en tres petites quantites, aBahia et a S. Paulo (i). La capitale, en peu de tempi, se trouva reduite a n'avoir que du billon, les metaux precieux ayant ete rapidement chasses. Dans les provinces, on pouvait encore trouver quelques pieces d'or et d'argent, et cette situation aurait pu durer quelque temps si la monnaie de cuivre n'etait venu deloger ses concurrents plus nobles. Sous peu, et malgre I'habitude prise dans I'interieur de garder et cacher les especes monnayees, les seules pieces a3'ant cours

(i) En 1B35, par suite de la iiquidalion Je la Banque, sur un total dc 18.911 :867$ substitues par du papier-monnaic officic-l, a peine i.r/x}:8^'i} le furcnt a Baliia et 294:440$ a S. Paulo.

furent les jetons de 80 reis, 75 reis, 40 reis, '/j reis, 20 reis, I o reis et 5 reis. Examinons-en les motifs et le mecanisme.

Le billon, frappe anciennement a raison de 5 reis Voiiapa de cuivre, I'etait, a partir de 1799 a Lisbonne et de i8o5, a Rio, ;i raison de 10 reis la meme unite. Ces pieces, plus legeres et originairement destinees a circuler dans les mines, furent mises en cours a Rio memedes i8o5. La concurrence qu'elles faisaient aux anciennes frappes, plus lourdes du double, motiva VAlvard du 18 Avril 1809, qui etablit le poinconnage et la contremarque des monnaies anciennes. Deux ans plus tard, une piece de 80 reis fut frappee a Rio sur cette meme base.

II n'y avait pas d'uniformite dans le poids des pieces, et de certaines Capitaineries lointaines en recevaient de plus legeres que d'autres, sous pretexte que les frais de transport pour ces regions distantes augmentaient la valeur du metal. Ainsi Matto Grosso et Goyaz, recurent en 181 8 (2) du billon frappe sur la base de 20 reis Voitava de cuivre. La meme annee (3), et aussi pour la circulation locale, Minas Geraes recut du billon frappe sur la base de 1 8 Y4 reis pour les pieces de 75 et de 37 7s reis, et sur celle de 20 pour les autres jetons de 20 reis.

Ainsi, a la proclalnation de I'Independance, outre les pieces citees anterieurement, la circulation comptait encore les suivantes :

Oitava k 187* r6is| Oitava h 20 r^is |

Les moulins a frappe travaillaient sans reUkhe, et plus le drainage de metaux precieux s'accentuait, plus les reclamations

(2) Ordre administratif du ii Avril 1818.

(3) Ordrc administratif du 6 AoQl i8i8.

$075 ^ a Circulation reg-ionale

$037i5 ' (Minas Geraes)

^ \ a circulation regionale

. I (Matto Grosso et Goyaz)

se faisaient eotendre afin d'obtenir du cuivre en substitution, car la loi de 1699, qui limitait a 100 reis son pouvoir liberatoire, etait tombee en desuetude.

La demande etait telle, que, le 6 Septembre 1S22, ordre etait donne a la Monnaie de Rio de fabriquer du billon sans limitation de somme et aussi rapidement que possible. Dans toute la region ou circulait le papier de la Banque, la monnaie divisionnaire faisait prime, et etait gardee comme si sa valeur intrinseque correspondaita sa valeur nominale. La demande en etait continuelle.

Le S3rsteme des emissions regionales, tant pour le papier comme pour le billon, s'il avait pu se maintenir, eut eu comme consequence conserver les metaux precieux la ou le mo3'en d'echange deprecie n'existait pas. Mais, s'il etait possible, a la rigueur, de retenir a Rio le pjpier-monnaie, le billon etait exporte par contrebande d'une province a I'autre, et meme, et surtout, ii en venait de I'etranger, des Etats-Unis et de la Plata principalement. Les avantages commerciaux de cette operation etaient evidents . Admettant que I'argent valut une quarantaine de fois le cuivre aux cours de i82o-i835, tout achat de monnaie blanche avec du billon laissait la marge suivante : a 128 reis I'oilava d'argent et a 10 reis celle de cuivre, 12,8 pieces de billon achetaient une o/'toa de metal blanc ; a 20 reis le cuivre, 12,8 pieces en achetaient un poids double ; la valeur reelle du cuivre etant de 3,2 reis le benefice etait de 6,8 reis par oitava de billon dans un cas et de 16,8 reis dans I'autre. La proportion'vis-a-vis de I'or etait encore plus forte a cause des rapports entre celui-ci et I'argent, inferieurs a ceux que fixaient le libre jeu des agents economiques contemporains.

Le Cabinet de Rio le sentait bien, et defendait de routes ses forces I'exportation interprovinciale du cuivre (4), et multipliait I'envo; aux provinces de presses a monnayer et de barres de metal afin de maintenir le cours local limite. La de-

(4\ Decrcts du 20 Novenibro 1818 ct du 20 JuiniiBao.

fense d'exporter le billon d'une province a I'autre n'avait pas grande influence, car le cuivre affluait sur les marches du Nord du Bresil apporte par les navires etrangers, ce qui decida le Gouvernement a rapporter les decrets d'interdiction (5), d'autant plus que le traite franco-bresilien du 6 Juin 1 826, en voie de realisation, le permettait.

La mesure prise en cette occasion causa une serieuse disette de billon a Rio, car on I'exportait pour profiler de la speculation sur les metaux precieux a Bahia et Pernambuco. Le Gouvernement decida nouvellement de prohiber la mobilisation du numeraire entre les provinces (6), avec quelques exceptions fort rares, 1 000 contos pour Bahia en 1 828 (7) et 3oo contos pour S. Paulo en 1829 (8).

C'etait une veritable circulation de billon qui s'etait etablie, qui faisait prime, jusqu'a 40% en 1829, sur le papier-monnaie, et que toutes les mesures restrictives quant au mou\'ement interprovincial des jetons ne pouvaient entraver, car les navires etrangers en faisaient debarquer par contrebande ou par fraude dans les douanes. La capacite d'absorption des marches du Nord paraissait illimitee : tant qu'il y eul de la monnaie de bon aloi, I'operation etait, commercialement, des plus fructueuses ; quand I'exode des metaux precieux linit, les habitants de I'interieur, animes d'une invincible mefiance contre le papier-monnaie, thesaurisaient et enfouissaient dans des cachettes le billon dont ils croyaient la valeur venale egale aux chiffres inscrits sur les jetons. La legislation contem.poraine presente une foule de decrets, d'ordres administratifs, qui le prouvent (9) .

(5) Decret du 12 Janvier el ordre du 20 Mars 1826.

(6^ Decret du 3 Mar< 1827, decret du 29 Fevrier 1828, decisions du 18 Fevrier -et du 17 Novembre 1B30.

(7) Decret du 17 JuiJlet 1828.

(8) Decret du 24 Novembre 1829.

(9) Decisions du 28^uillet 1826, du 8 Decembre 1827, du 28 Janvier 1830, du 3 Janvier 1831, d'i3oMars 1832, du 4. 12, 19, 21, Fevrier, 1833, Tous ces textcs se rapportenta riraportation par contrebande de billon, venant surlout des Etats-Unis et de la Plata.

Get en\'ahissement des marches par le billon avait pour cause, nous Tavons vu, les grands benefices fails par le Gouvernement, qui soldait ses engagements avec un moyen d''echange ne valant que du tiers au sixieme de sa valeur nominale liberatoire. Mais cette situation n'existait que pour les emissions legales. Elle etait, a I'origine, entierement differente pour les emissions clandestinement introduites dans la circulation. Gette fausse-monnaie, comma on I'appellait couramment, soit qu'elle provint d'importations faites d'autres provinces contre les ordres ministeriels, soit qu'elle fut le fruit de la contrebande etrangere, se destina d'abord a la speculation sur les metaux precieux ; plus tard, elle fut appliquee pour les memes fins que le Gouvernement, mais de sorte a ce que la marge de benefice fut percue par le metteur en circulation .

Le terrain le plus propice a ce genre de negociations illicites etait celui ou, le papier-monnaie regional de Rio' n'y circulant pas, la monnaie de bon aloi servait couramment aux transactions, tres intenses pour de certains ports — Bahia, Pernambuco et Maranhao.

Ge fut surtout la premiere de ces provinces qui causa les plus grandes et les plus graves difficultes de la crise du billon, crise du Xen-.xem, selon le nom anciennement donne au Bresil aux jetons frauduleusement emis par les speculateurs particuliers. Tout, d'ailleurs, aidait cette operation de fraude contre le fisc.

La premiere phase de la circulation du billon, apres VAlvard da i8 Avril i8og, comprenait des pieces emises sur la base de lo leis Poitam de cuivre et des pieces emises sur la base de 5 reis, poinconnees au double de leur valeur primitive. L'achat de ces dernieres pieces se developpa, le poinconnage etant fait par les particuliers et a leur benefice, tenement lei precautions contre la fraude avaient ete negligees. On crut eviter le mal en faisant substituer les jetons poinconnes

par d'autres frappes directement, selon les regies legales (lo) ; non seulement la depense elaittres eleve, mais le resultat final n'encourageait guere a suivre le systeme. Les frappes etaient tellement irregulieres, defectueuses, inegales que toutes les imitations, meme les plus imparfaites, egalaient les emissions oflicielles, quand elles n'etaient pas superieurcs aces dernieres,

II arriva sou vent que, dans les expertises faites sur des pieces suspectes, I'on reconnut qu'il s'agissait de monnaies parfaitement authentiques .

Par contre, les ordres ministeriels aux percepteurs d'impots demontrent a I'evidence que les jetons de fausse-monnaie entraient et sortaient couramment des caisses gouvernementales (i i). La confusion etait facile, car la seule difference entre la monnaie legale et Pautre etait la legitimite de remission: titre, poids, devises, tout le reste etait identique. Le benefice intrinseque etait trop grand, d'ailleurs, pour que I'on lesinat sur la purete du metal ou I'exactitude du travail d'imitation. Meme cette caracteristique differentielle — I'autorite legale — disparut bientSt, quand commencerent les operations de retrait (12), et par ^acceptation indistincte de tous les jetons par le fisc.

Arrives a ce degre de sursaturation des marches locaux— soil par le papier-monnaie, soit par le billon, soit par les deux — vu le manque de communications faciles et normales entre eux, empechant de la sorte I'etablissement du niveau ceonomique des changes, la consequence etait revolution presque independante des marches du littoral, quant a leurs rapports monetairei avec I'elranger. Voici, comme element probant, les cours extremes, par annee, des places de Rio, Bahia, Pernambuco et Maranhao, calcules sur Londres, la parite du mil'Veis etant 67 '/^pence':

(10} Decret da 27 Noverabre 1827, pour Bihia. (n) Decisions du 31 Juillct 1826, du 10 Octobre 1826, du 3 Mars 1828. (12) A cause de la recmission des pieces de toute origine rachctccs par le nouvernemcnt.

ANNIES

RIO

EAHIA

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