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l’armistice de slobodzié

des stipulations préalables nécessaires pour arriver à un si grand but » ; il paraissait demander seulement que « l’intérêt réciproque des deux Etats soit combiné et balancé». Mais il renvoyait toute solution à une entrevue nouvelle entre le tsar et lui, et nous verrons qu'il retarda cette entrevue autant qu’il put.

En sorte que ces bonnes dispositions semblent n’avoir été destinées qu’à lui faire gagner du temps. Elles avaient du moins cet avantage immédiat de faire plaisir au tsar, de le retenir dans l’alliance française. Le tsar voulut lire, entre les lignes, l’intention où était Napoléon de consentir au partage de la Turquie ; il faut avouer qu’il y mit beaucoup de complaisance ou d’imagination. 11 avait la tète toute remplie des paroles de Tilsit ; il ne rêvait que de Constantinople ; il donna tout de suite aux vagues indications de Napoléon un sens formel ; il y lut ce qu’il y voulait lire. Ou bien il lit semblant d’admettre celte interprétation, pour engager l’Empereur dans ce sujet de conversation.

Cela s’accorde d’ailleurs avec le caractère qu’on lui connaît. Petit fils de Catherine II, il désirait avec passion achever la réalisation du projet grec. Fils de Paul Ier, il était aisément la proie des fantaisies chimériques, des rêveries d’imagination. 11 tenait de l’éducation de La Ilarpe le goût de l’idéologie. Il était jeune, peut être encore un peu naïf: Napoléon écrivait de lui à Joséphine, après leur première rencontre sur le radeau de Tilsit : « Je viens de voir l’empereur Alexandre; j’ai été fort content de lui. C’est un fort beau, bon et jeune empereur ; il a de l’esprit plus qu’on ne pense communément ; » d’où il faut sans doute traduire que le tsar avait l’esprit dont Napoléon avait lieu d’être le plus content. Plus âgé, Alexandre fut le rédacteur du traité de la Sain te- Alliance ; il fut le créateur de la constitution polonaise ; il crut toujours être sur le trône un « parlait républicain ». 11 n’est pas tout à fait surprenant qu’il ail encore ajouter quelque foi aux brillantes promesses de la lettre du a février.

Napoléon atteignit son but ; il garda l’amitié du tsar quelque temps, le temps qu’il en eut besoin. De là à admettre

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qu’il ail dès ce jour-là consenti à partager l’empire ottoman -entre la France et la Russie, il y a un abîme. Il n’y a rien dans cette lettre qui permette de le penser ; tout, dans les faits qui l'ont suivie, empêche de le croire. Aussi bien suffit-il, poulie moment, de rechercher les circonstances contemporaines pour fixer les intentions de l’Empereur.

Il laisse ses troupes en Prusse, ce qui lui permettra de -contenir la Russie si elle se presse trop vers le sud. Il pousse la Russie sur la Suède, l’y décide en lui promettant le concours de « tous ses moyens » ; il l’y retiendra longtemps en ne tenant pas celte promesse, en la laissant seule en face des Suédois. Champagny écrilet répète à Sébastiani que les hostilités sur le Danube ne reprendront pas au printemps, que, si l’armistice de Slobodzié n’a pas été officiellement ratifié, en fait il continuera indéfiniment. Pendant quelque temps, il laisse la Porte dans l’ignorance ; car il a besoin qu’elle soit inquiète pour qu’elle demeure fidèle à l’alliance française ; il ne faut pas qu’elle se croie à l’abri de tout danger sur le Danube. Mais, dès le i5 mars, au moment même des conférences entre Caulaincourt et Roumiantzov, il déclare que l’Empereur « lient à assurer la paix sur le continent et emploiera ses efforts à empêcher le renouvellement des hostilités entre la Porte et la Russie1 ». En fait, les Russes ne firent vers le Danube aucun mouvement pendant toute l’année

Il semble même que l’Empereur était disposé à pousser l’Autriche vers les Balkans, bien plutôt que la Russie. Au moment où il préparait la lettre du 2 février, il avait avec Metternich à Paris des entretiens prolongés que Metternich rapporte en détail dans ses Mémoires et qui permettent de mettre au point la pensée politique de Napoléon2.

Le 18 janvier 1808, Metternich eut un entretien avec Talleyrand : « Il faut, dit celui-ci, vous immiscer dans les • affaires qui se préparent. Toute illusion de votre part serait plus que dangereuse ; elle vous perdrait. L’Empereur nourrit

1. AIT. étr. Corr. de Turquie, Champagnyà Sébastiani, io mars 1808.

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