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Id., id., Lamare à Cbampagny, 1 1 janvier

Driault. — Napoléon. 17

Danube. Prosorovitch demandait de l’argent aux divans de Moldavie et de Yalacbie pour construire des hôpitaux, « ce qui n’annonce pas, remarquait le consul, l’intention d’évacuer ». Et, peut-être pour occuper les loisirs que lui faisait la suspension des opérations militaires dans ces régions, le même agent se laissait aller à des considérations inattendues sur l'occupation de Lisbonne par Junot, qu’il venait d’apprendre. « Voilà enfin brisé, s’éci iai l -il , le lien du Portugal et de l’Angleterre, ce fameux traité de commerce de Metuen, conclu ou plutôt exigé par Cromwell en 1708 ( sic ), et dont l 'effet a été de faire couler vers Londres, depuis cette époque, tout l’or du Brésil... Mais on peut craindre que cet or n’aille maintenant droit à Londres. Il faudrait, pour écarter les Anglais du Brésil, employer utilement les Espagnols du côté de Buénos-Ayres et nous du côté de notre Guyane !... Mais, li ajonte-t-il aussitôt, voilà une digression qui peut paraître 1 déplacée, surtout sous la plume d’un vice-consul en Yala- jf chie. »

Les opérations étaient aussi interrompues en Serbie. Mais I les Serbes comptaient sur le renouvellement de la guerre au printemps et s’y préparaient. Un firman de la Porte invitait les pachas du Danube à cesser leurs discordes et à reprendre les armes. Les Serbes paraissaient vouloir combiner leurs j mouvements avec ceux des Russes. Ils avaient à Uchitza i 1 2 000 fantassins et 6000 cavaliers, et menaçaient Yovibazar et Yichegrad, cantons peuplés de chrétiens grecs ; ils avaient deux autres corps sur la Drina, pour les porter sur Bellina. Le pacha de Traunik réunissait des troupes sur la Bosna pour les contenir '.

Mériage, toujours établi à Widdin, bien placé pour connaître les rapports entre les Serbes et les Busses, donnait un peu plus tard des renseignements circonstanciés sur le rôle de l’agent russe Rodophinikin, qui avait été envoyé en Ser- ■ bie au moment de l’armistice de Slobodzié. Il avait aussitôt paru tout diriger au nom de la Russie, et s’était occupé de donner à la Serbie une constitution et une force militaire

1. Aff. ctr. Corr. de Turquie, Dépêche de Da>id, 19 janvier 1808.

LES RISSES EN MOLDAVIE

régulière. Le synode ou comité dirigeant d’insurrection fut remplacé par un sénat, dont Kara-Georges fut le président. La Serbie fut divisée en districts et des chefs réguliers en eurent l’administration provisoire. Des efforts furent faits pour transformer les bandes en régiments réguliers. La masse des forces serbes était la population entière organisée par paroisses et districts, sous divers chefs plus ou moins réputés ; il y avait aussi dans ces bandes beaucoup d’aventuriers, Arnautes, Albanais, Grecs, Pandours, jadis au service d’Ypsilanti, et qui, n’ayant point été incorporés parmi les Cosaques, étaient passés en Serbie parordre des Russes, dont ils étaient comme une avant-garde.

Quatre points principaux étaient occupés par les chefs serbes avec 5 h 600 volontaires autour desquels se groupaient les habitants de la région : l’un était établi sur les montagnes parallèles au Danube, entre Orsova et Widdin, sous Melenco, leur meilleur chef, chargé d’établir les communications avec le général Issaëv à Craïowa ; le second était devant Nisch ; les deux autres vers la Bosnie. Ces volontaires, non compris les milices des paroisses, n’étaient pas plus de 10000 ; mais ils suffisaient à tenir tête aux pachas qui ne se souciaient pas de sortir de leurs gouvernements. Il est facile, remarque Mériage, de comprendre comment les Serbes pouvaient résister aux forces de l’empire ottoman, quand on réfléchit qu’un chef de voleurs, Deli Cadri, avec environ 1 200 bandits, avait l’année précédente mis la Roumélie à contribution jusqu’aux portes de Constantinople, et qu’il n’avait pas paru au divan de meilleur moyen d’arrêter ses ravages que de le nommer capidji-bachi et gouverneur de Bourgas. Les insurgés tiraient une autre force des milices de la frontière autrichienne qui les soutenaient quand il était nécessaire et leur fournissaient des soldats.

Ils occupaient ainsi au printemps de 1808 presque toute l’ancienne Serbie, sauf Nisch, Lescovitza et quelques petites ■places au pied des montagnes vers la Macédoine et l’Albanie. La Serbie paraissait dès lors totalement sous la protection et 'a direction du gouvernement de Pétersbourg. Les étatsnajors russes en Valachie, notamment à Craïowa, disaient

hautement que leur destination était de soutenir la Serbie si elle était attaquée par les Turcs ; il y avait des députés serbes près des généraux russes, des agents russes près des chefs serbes. Des convois d’armes et de munitions passaient sans cesse de Yalachie en Serbie. Ainsi les Russes, depuis l’armistice, n’inquiétaient plus les places turques du Danube, mais à condition que les Turcs n’agiraient pas contre l’insurrection maîtresse de presque toute la Serbie1. En fait, l’influence russe était puissante en Moldavie, Yalachie, Serbie ; elle enlevait déjà au sultan les provinces septentrio- 1 nales de son empire. Elle poursuivait le démembrement, elle continuait l’œuvre de Catherine II ; un traité de paix eut compromis tous ces avantages et les promesses qu’ils paraissaient réserver.

Aussi attendait-on la fin de l’armistice et la guerre pour le printemps. Les pachas turcs et les généraux russes prenaient leurs positions. Mériage dressait au premier avril un état approximatif des forces turques : dans l’île d’Orsova, quelques palissades, 3oo hommes ; ce poste important était facile à prendre par les ennemis ; le chef turc qui y commandait, Rigab-aga, lié avec les Autrichiens, les Serbes et les Russes, les laissait passer autant qu’ils voulaient : on ne pouvait compter sur lui. — Dans le gouvernement de YYiddin, le pacha commandait d’Orsova jusqu’au Lom ; mais il n’avait que 3 000 hommes et ne pourrait que défendre les approches de sa capitale. Les communications de Y\ iddin avec Orsova seraient rompues dès le premier moment par la jonction des Russes et des Serbes. • — Le pacha de Routchouk était le maître du pays jusqu’à la mer Noire ; il avait 8 000 hommes à son service; avec les bandes asiatiques envoyées par la Porte, il pouvait réunir un total de 20 000 guerriers, qu’il avait répartis entre les diverses forteresses du fleuve. —

A Braïla, 1 200 hommes, dont le chef était une créature du prince Morousi. • — A Isatcha, 1 5oo hommes sous Kirsaly- Ali, un excellent chef, considéré comme très sûr. - — A Ismaïl enfin, 4 000 hommes sous Pelivan-aga. — Au total, 3oooo

1. Aff. étr. Corr. de Turquie, Dépêche de Mériage, 20 avril 1808.

LES RUSSES EN MOLDAVIE

hommes qui pourraient être utiles si on pouvait les réunir; mais les chefs agissaient séparément et se tenaient sur la défensive ; d’ailleurs la majeure partie de ces hommes était faite de janissaires, fixés dans le pays, propriétaires laboureurs, difficiles à déplacer, oublieux depuis longtemps de leurs devoirs militaires1.

Le 8 avril, Mériage annonçait l’arrivée à Craïowa d’un renfort de 3 000 Russes; ils préparaient des bateaux pour franchir le Danube ; on les disait destinés à assurer la jonction avec les insurgés de Serbie2. L’officier français, fidèle à sa consigne, écrivait alors au général Issaëv, pour le prier, conformément aux instructions de son gouvernement, d’empècher toute hostilité entre ses troupes et les Turcs. Et le général Issaëv répondait par des assurances pacifiques, mais se plaignait de la conduite des Turcs ; 1 5oo Turcs avaient franchi la Drina, occupé la place de Sakol cl les anciennes fortifications construites par les Serbes; deux Serbes, cpii s’étaient approchés pour voir ce que faisaient les Turcs, avaient été tués. Mériage écrivait encore au général russe que, selon les Turcs, Sakol n’avait jamais été aux Serbes, que du reste ils s’étaient contentés d’y faire entrer des provisions ; il promettait néanmoins d’en informer aussitôt l’ambassadeur de France à Constantinople. Ainsi les Russes affirmaient la prétention de garantir l'indépendance de la Serbie et d’interdire aux Turcs toute action contre elle.

Selon la politique inaugurée par Catherine II, ils infiltraient leur influence même parmi les Turcs, jusqu’à Constantinople ; la situation de l’empire ottoman et les intrigues des pachas y étaient particulièrement favorables. Widdin, depuis Pasvan-Oglou, était devenu a un sujet d’épouvante », dit Mériage3. Le successeur de Pasvan venait de tomber malade et ne trouvait pas de médecin ; car chacun redoutait des cruautés comme celles qui étaient familières au défunt pacha : Pasvan faisait décapiter les médecins qui ne le gué-

1. AIT. étr. Corr. de Turquie, Mériage: Etat approximatif des forces turques sur le Danube, Ier avril 1808.

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